Les États-Unis découvrent un gisement qui pourrait dépasser les 129 milliards d’euros rien que pour ce métal actuellement importé de Chine : le tungstène

Date:

Encore une découverte qui rebat les cartes de la grande partie stratégique en cours entre l’Occident et la Chine sur les métaux critiques.

L’entreprise américaine 3 Proton Lithium (3PL) a confirmé le 5 août 2026 avoir identifié le plus grand gisement de tungstène des États-Unis dans son projet Railroad Valley Minerals, situé dans le désert oriental du Nevada.

Le gisement pourrait approcher le 1,78 million de tonnes de tungstène inféré, cinq fois plus important que le plus gros gisement américain recensé à ce jour, et valorisé à environ 152 milliards de dollars (soit environ 129 milliards d’euros) au prix actuel du marché !

Une nouvelle qui tombe à pic pour Washington, alors que Pékin serre la vis sur ses exportations de ce métal ultra-stratégique. Décryptage d’un dossier passionnant qui parle de défense, de semi-conducteurs et… d’un léger conflit d’intérêts avec la NASA !

Lire aussi :

Le tungstène, ce métal qui manque cruellement à l’Amérique

Le champion mondial des métaux durs

Petit passage pédagogique pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler du tungstène. Ce métal, dont le symbole chimique est W (pour « Wolfram », son nom historique en allemand), fait partie des grandes stars discrètes du tableau périodique. Son point de fusion atteint 3 422 °C, tout simplement le plus élevé de tous les métaux connus. Sa densité approche 19,3 grammes par centimètre cube, soit près de deux fois et demie celle de l’acier ordinaire, ce qui en fait l’un des matériaux les plus lourds accessibles à l’industrie humaine (à peu près l’équivalent de l’uranium ou de l’or, sans la radioactivité pour l’un et sans le prix vertigineux pour l’autre). Sa dureté est exceptionnelle, sa résistance à la corrosion remarquable, et sa conductivité électrique très correcte.

De ces propriétés physiques hors du commun découle une panoplie d’usages sans équivalent. Environ 30 % de la demande mondiale de tungstène part directement dans l’industrie de la défense, où le métal sert à fabriquer les projectiles anti-blindage (les fameux pénétrateurs à énergie cinétique utilisés par les chars et l’aviation), les ogives balistiques, les fusées et de nombreux composants de missiles. Aucun autre métal courant ne combine aussi bien la densité extrême nécessaire pour percer un blindage et la résistance mécanique pour tenir le choc à l’impact. Le reste de la production alimente l’outillage industriel (carbure de tungstène pour les perceuses, forets, mèches et lames de scie), l’électronique et les semi-conducteurs (contacts et interconnexions dans les puces avancées, dont la demande explose avec l’IA), l’aéronautique (contrepoids, aubes de turbines, éléments de moteurs), l’imagerie médicale (blindage radiologique, écrans de scanners), et un panorama d’autres usages high-tech en pleine croissance (fusion nucléaire, ampoules à filament, verres spéciaux).

Ce métal aurait pu détrôner l’argent et le cuivre comme métal conducteur de chaleur mais il a un énorme défaut : il est inapplicable à échelle industrielle

Autant dire que sans tungstène, ni la défense, ni la semi-conducterie moderne, ni l’aéronautique de pointe ne fonctionneraient !

Une dépendance chinoise devenue insoutenable

Le problème pour les États-Unis, comme pour l’Europe d’ailleurs, c’est que la Chine contrôle environ 80 % de la production mondiale de tungstène et plus de 85 % de son raffinage, selon les dernières données du service géologique américain (USGS). Un quasi-monopole qui date de plusieurs décennies et qui explique pourquoi la dernière mine américaine en activité, Pine Creek en Californie, a mis la clé sous la porte en 2015 après avoir été laminée par le dumping des concentrateurs chinois. Depuis onze ans, les États-Unis ne produisent donc plus le moindre kilo de tungstène sur leur sol et couvrent l’intégralité de leurs besoins par importation et recyclage.

La situation est devenue franchement critique depuis un an et demi. Le 4 février 2025, Pékin a placé le tungstène (ainsi que le tellure, le bismuth, l’indium et le molybdène) sous régime de licences d’exportation, en pointant explicitement la sécurité nationale chinoise. En décembre 2025, la Chine a annoncé qu’elle limiterait à seulement 15 exportateurs autorisés le commerce international du métal pour la période 2026-2027. Résultat sur les prix : le tungstène a connu une flambée spectaculaire, avec une hausse d’environ 600 % entre début 2025 et l’été 2026 selon le Financial Times, provoquant des tensions considérables chez les industriels américains et européens de la défense. Cerise sur le gâteau, Washington a fait savoir que dès le 1er janvier 2027, tout tungstène d’origine chinoise, russe, iranienne ou nord-coréenne sera banni pour les applications de défense sur le sol américain. Bref, il fallait absolument trouver du tungstène occidental, et vite.

Railroad Valley, l’eldorado surprise du désert du Nevada

Une belle carte à jouer se dessine désormais du côté de Railroad Valley, dans le comté de Nye au cœur du désert oriental du Nevada. Le projet, développé par la société américaine 3 Proton Lithium (dite 3PL), s’étend sur environ 158 kilomètres carrés au-dessus d’un bassin salin sodique extrêmement riche. À l’origine, 3PL cherchait surtout du lithium (d’où son nom) et de la potasse, deux minéraux critiques dont les USA veulent réduire leur dépendance à la Chine. La grosse surprise du dernier rapport géologique publié le 5 août 2026 est venue par la bande : au fil du forage exploratoire, les équipes ont mis en évidence une réserve inférée de 1,78 million de tonnes de tungstène, cinq fois plus importante que le plus gros gisement américain recensé à ce jour. Valeur estimée au prix actuel du marché : 152 milliards de dollars (environ 129 milliards d’euros) rien que pour le tungstène !

« Nous avons désormais mesuré un gisement de classe mondiale contenant plusieurs minéraux critiques dans un seul bassin, et la surprise qui nous a nous-mêmes étonnés, c’est le tungstène », a résumé Kevin Moore, directeur financier et président de 3PL, dans le communiqué de l’entreprise. « Ce métal, l’Amérique a cessé de le produire il y a dix ans, alors qu’elle continue d’en importer massivement pendant que la Chine contrôle et manipule le marché mondial. » La formule qui a fait mouche dans la presse américaine tient en une phrase : « Ce n’est pas une histoire minière. C’est une histoire de sécurité nationale. »

La fiche technique du gisement de tous les records

Caractéristique Valeur
Nom du projet Railroad Valley Minerals Project
Opérateur 3 Proton Lithium (3PL), États-Unis
Localisation Comté de Nye, Nevada oriental (États-Unis)
Superficie totale Environ 39 000 acres (soit environ 158 km²)
Réserves de tungstène inférées 1,78 million de tonnes
Valeur estimée du tungstène Environ 152 milliards de dollars (soit environ 129 milliards d’euros)
Réserves de lithium mesurées 31 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium
Réserves de potasse mesurées 533 millions de tonnes
Réserves de borates mesurées 87 millions de tonnes
Valeur totale in-ground du gisement Environ 3 500 milliards de dollars (soit environ 2 975 milliards d’euros)
Profondeur des minéraux Entre 365 et 855 mètres sous la surface
Méthode d’extraction envisagée Solution mining (injection de fluides dissolvants, sans mine à ciel ouvert)
Installations de surface Environ 80 acres (soit environ 32 hectares)
Statut réglementaire Désignation FAST-41 (procédure fédérale accélérée pour infrastructures nationales)
Couches géologiques évaluées 10 sur 37 identifiées (des ressources supplémentaires possibles)
Chiffres à long terme Approvisionnement des USA en tungstène pour plusieurs centaines d’années

En un seul gisement, 3PL détiendrait de quoi couvrir les besoins en tungstène du pays pendant plusieurs centaines d’années, plus des réserves colossales de lithium (pour les batteries), de potasse (pour les engrais) et de bore (pour l’industrie et l’électronique). L’ensemble représente une valeur théorique totale de plus de 3 500 milliards de dollars au prix actuel du marché, l’équivalent d’à peu près la valeur boursière cumulée d’Apple et d’Amazon.

L’extraction envisagée se veut d’ailleurs beaucoup plus légère qu’une mine traditionnelle. Plutôt que de creuser d’énormes fosses à ciel ouvert, 3PL prévoit d’utiliser une technique appelée « solution mining » : on injecte des fluides sous pression dans les couches minéralisées entre 365 et 855 mètres de profondeur, les minéraux se dissolvent, puis on remonte la saumure enrichie en surface pour extraire les métaux. Résultat : des installations de surface limitées à 80 acres (environ 32 hectares), pas de résidus rocheux à stocker, pas d’usine chimique d’acidification massive. Une approche moderne qui devrait faciliter les autorisations environnementales, d’autant que le projet bénéficie déjà d’une désignation fédérale FAST-41 qui accélère l’obtention des permis pour les infrastructures d’intérêt national.

Le petit hic : la NASA n’est pas d’accord

Restent quand même deux petits contretemps qui pourraient bien retarder l’exploitation. Le premier est directement lié à un tiers américain, et pas des moindres : la NASA. L’agence spatiale exploite en effet, depuis des décennies, une zone d’environ 17 miles carrés (environ 44 kilomètres carrés) au cœur même de la vallée de Railroad Valley, précisément pour y calibrer les instruments embarqués à bord de ses satellites d’observation de la Terre. La surface plane, homogène et stable du désert du Nevada offre une référence géophysique idéale pour ajuster les capteurs radiométriques et spectroscopiques des satellites Landsat, MODIS et bien d’autres. En 2023, la NASA a obtenu de l’administration Biden un « land withdrawal » (retrait de terres), qui interdit à toute activité minière ou d’exploration de venir troubler cette zone, sous peine de perturber les calibrations et de compromettre des dizaines d’années de mesures scientifiques.

3PL demande aujourd’hui l’annulation de cette restriction, en arguant que l’ampleur du gisement de tungstène n’était pas connue en 2023 et que la sécurité nationale doit désormais primer sur les considérations scientifiques. « Trouver ici plus de tungstène que partout ailleurs aux États-Unis, aux côtés de réserves considérables de lithium, potasse et bore de qualité mondiale, ce n’est pas une histoire de mine, c’est une histoire de sécurité nationale », martèle Kevin Moore. Un arbitrage politique délicat en perspective pour l’administration Trump, qui devra choisir entre son affiché soutien à la reconquête minérale et les besoins tout aussi stratégiques de son agence spatiale. À noter d’ailleurs que ce paradoxe illustre parfaitement la difficulté d’un État moderne à concilier toutes ses priorités stratégiques quand elles se chevauchent au même endroit géographique.

Les États-Unis attaquent (enfin) l’exploitation de leur plus grand gisement de pétrole inauguré depuis plus de 30 ans à Pikka en Alaska

Le Nevada n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste

La découverte du Nevada n’est pas isolée. Depuis dix-huit mois, les États-Unis mettent en place méthodiquement une chaîne complète de production de tungstène occidental, en s’appuyant sur trois piliers principaux. Le premier, ce sont les nouveaux projets miniers domestiques : Railroad Valley au Nevada donc, mais également plusieurs projets en cours dans l’Idaho, où la société IMC Resources travaille à réactiver d’anciennes mines mises en sommeil dans les années 1980. Le deuxième pilier, c’est un stockage stratégique massif organisé par le Pentagone, avec une enveloppe qui pourrait atteindre 1 milliard de dollars (environ 850 millions d’euros) selon les récents témoignages recueillis par le média spécialisé Fastmarkets. Le troisième pilier, c’est l’importation depuis des alliés stratégiques non chinois.

Sur ce dernier point, un événement majeur a eu lieu en Corée du Sud le 16 mars 2026. La société canado-américaine Almonty Industries (aujourd’hui basée à Dillon dans le Montana après avoir déménagé son siège pour se rapprocher des marchés américains) a mis en production la mine de Sangdong, dans la province de Gangwon. Historiquement l’un des plus gros gisements de tungstène au monde, arrêté en 1993 pour cause de dumping chinois, Sangdong redémarre après trente ans de sommeil avec une capacité de traitement de 640 000 tonnes de minerai par an, soit environ 2 300 tonnes de concentré de tungstène. Une phase 2 est prévue pour 2027 avec un doublement de la production. À plein régime, Sangdong pourrait couvrir 40 % de la demande mondiale de tungstène hors Chine. Cerise sur le gâteau, Almonty s’est engagée à ce que son minerai réponde aux nouvelles exigences du Département de la Guerre américain (nouveau nom donné au DoD sous Trump) qui interdiront à partir du 1er janvier 2027 tout tungstène d’origine chinoise dans les contrats de défense.

Ce dispositif à trois piliers (mines domestiques + stockage stratégique + alliés en Corée, Portugal, Australie) devrait permettre aux États-Unis de couvrir la plupart de leurs besoins en tungstène occidental d’ici cinq à dix ans.

Une reconquête industrielle méthodique et rapide, à comparer à la lenteur des projets européens similaires.

Sources :

  • Mining.com, Largest US tungsten discovery hits NASA roadblock (4 août 2026)
    https://www.mining.com/largest-us-tungsten-discovery-hits-nasa-roadblock /
    Article publié à partir d’une enquête du Financial Times, chiffres actualisés de la hausse du tungstène (+600 % depuis début 2025), détails du blocage NASA (environ un tiers des claims 3PL concernés), stratégie américaine de diversification (dont projet de 1,6 milliard de dollars pour une mine au Kazakhstan), déclarations complémentaires de Kevin Moore, avertissement des analystes sur un délai de production minimum de 5 ans.
  • Fastmarkets, Chinese tungsten product prices surge over 200% in 2025 amid export controls, fresh demand (janvier 2026)
    https://www.fastmarkets.com/insights/chinese-tungsten-product-prices-surge-2025-export-controls-fresh-demand /
    Analyse détaillée des restrictions chinoises 2025, hausse des prix, alliance USA-Corée-Portugal-Australie, stockage stratégique Pentagone.
  • CNBC, China, tungsten and a supply shock in metal critical for war that will last far beyond Iran conflict (juin 2026)
    https://www.cnbc.com/2026/06/03/china-metals-national-security-defense-weapons-supply-tungsten.html
    Contexte géopolitique du tungstène, position dominante chinoise (80 % production mondiale), production mondiale 2024 (81 000 t), enjeux défense.
  • Almonty Industries, Almonty Completes Phase 1 of Sangdong Tungsten Mine in South Korea (16 mars 2026)
    https://almonty.com/almonty-completes-phase-1-of-sangdong /
    Redémarrage officiel Sangdong après 30 ans, capacités phase 1 (2 300 t/an), phase 2 prévue 2027 (4 600 t/an), stratégie « Korean Trinity », citations Lewis Black.
  • USGS (US Geological Survey), Mineral Commodity Summaries 2025 – Tungsten
    https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2025/mcs2025-tungsten.pdf
    Données officielles sur la production mondiale de tungstène, dépendance américaine aux importations, production nulle sur le sol US depuis 2015.

Crédit image de mise ne avant : 3 Proton Lithium (3PL)

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Ce géant français du BTP va rentrer dans une nouvelle dimension en signant un double accord avec Microsoft qui lui donnera une avance sur...

Saint-Gobain a signé le 28 juillet 2026 un accord-cadre avec Microsoft. L'un des volets, le plus concret, prévoit...

Mars perd son air et on sait désormais pourquoi grâce à cette coopération inédite entre la Chine et les États-Unis

Pourquoi Mars n'a est-elle plus d'air malgré la présence d'une atmosphère ? Il y a plusieurs milliards d'années, Mars...

Les plus beaux feux d’artifice de l’été pourront encore une fois cette année être admirés depuis l’Atalaya lors de la Semana Grande

Huit soirs, sept pyrotechnies, cent mille personnes chaque nuit autour d'une baie fermée : et une seule vraie...

Double bonne nouvelle pour le champion français GTT qui bat un record mondial dans l’énergie tout en se rendant indispensable sur le marché chinois

Encore une belle victoire pour la pépite française des membranes cryogéniques. Le 27 juillet 2026, GTT (Gaztransport & Technigaz)...