Déjà installé dans 83 départements sur 96, le moustique tigre pourrait, d’ici le milieu du siècle, s’inviter dans presque tout le pays.
On l’a d’abord vu pointer dans le Sud. Vingt ans plus tard, le moustique tigre a colonisé la grande majorité de la France, et il ne compte pas s’arrêter là.
Une étude française parue le 10 août 2026 dans la revue Global Change Biology a modélisé, à haute résolution, son avenir sur le territoire jusqu’en 2085.
Le verdict est sans détour : d’ici le milieu du siècle, la quasi-totalité des Français vivront au contact de cet insecte venu des tropiques.
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Le moustique tigre, déjà presque partout en France le sera bientôt complètement
Introduit en France en 2004, Aedes albopictus (son nom savant) était implanté, au 1er janvier 2026, dans 83 des 96 départements métropolitains, soit près de 87 % d’entre eux. L’étude projette une poursuite de cette expansion. Avant son arrivée, seul un quart du territoire lui était climatiquement favorable ; dans le scénario le plus pessimiste, cette part grimperait à près de 90 % à la fin du siècle. Seules les hautes montagnes : Alpes, Pyrénées, et parfois Massif central, Jura ou Vosges resteraient hors de sa portée.
| Période | France favorable au moustique tigre | France où la dengue pourrait circuler |
|---|---|---|
| Avant son arrivée (1986-2005) | ~24 % | ~12 % |
| Bientôt (2026-2045) | ~46 % | ~24 % |
| Fin de siècle (2066-2085) | ~92 % | ~80 % |
Ces chiffres correspondent au scénario le plus pessimiste (fortes émissions de gaz à effet de serre) ; les fourchettes d’incertitude restent larges, et « territoire favorable » ne signifie pas « épidémies garanties ».
Pourquoi il gagne du terrain ?
Comment un moustique tropical prospère-t-il sous nos climats tempérés ? Par une série d’adaptations, dont la plus astucieuse concerne ses œufs. Quand les jours raccourcissent, la femelle pond des œufs « en diapause », capables de traverser l’hiver au ralenti pour éclore au printemps suivant. Le reste, c’est le réchauffement qui s’en charge : des températures plus douces accélèrent le développement des larves et allongent aussi bien la vie des adultes que la saison d’activité. La chaleur raccourcit même la durée d’incubation des virus à l’intérieur du moustique, ce qui facilite leur transmission. À cela s’ajoute un formidable auto-stoppeur… l’insecte voyage en effet volontiers en voiture, ce qui lui a permis de remonter vers le nord au fil des étés !
Les auteurs sont formels : dans leurs simulations, c’est le climat, et non la démographie, qui explique plus de 99 % de la progression du risque.

Avec lui, le risque d’une dengue « maison »
Un moustique tigre n’est pas dangereux en soi. Le problème, c’est ce qu’il peut transmettre : la dengue, le chikungunya ou le Zika. L’étude s’est concentrée sur la dengue, la plus répandue au monde. Or la zone où une transmission autochtone (une contamination sur place, sans voyage en pays tropical) devient théoriquement possible passerait d’environ 12 % du territoire par le passé à 71-95 % d’ici 2085. Ce n’est pas de la science-fiction : 2025 a déjà été une année record, avec plus de 800 cas autochtones de chikungunya et une trentaine de dengue, répartis dans huit régions, dont trois touchées pour la première fois. En toile de fond, une violente épidémie à La Réunion avait multiplié les cas rapportés en métropole.
Détail relevé par les chercheurs : la campagne pourrait être plus exposée que les grandes villes. Dans les zones densément peuplées, les immeubles offrent moins de gîtes larvaires par habitant, et le moustique se retrouve « dilué » parmi davantage de monde. Autre bascule attendue sur les littoraux méditerranéen et basque : le moustique pourrait y rester actif toute l’année, sans même passer par la case hivernage.
Apprendre à vivre avec le moustique
Une chose est sûre : le tigre est là pour rester. Puisqu’on ne l’éradiquera pas, la parade tient en deux mots, surveillance et prévention. Chaque année, du 1er mai au 30 novembre, les autorités sanitaires renforcent déjà le suivi de la dengue, du chikungunya et du Zika. Or avec des saisons qui s’allongent, les chercheurs plaident pour un calendrier plus souple, piloté par la météo plutôt que par le seul almanach. À l’échelle individuelle, les gestes sont connus : supprimer les eaux stagnantes autour de chez soi (la moindre coupelle sous un pot de fleurs fait un berceau à larves) et se protéger des piqûres. Restent les grands leviers, de la démoustication ciblée aux vaccins.
Le tigre, lui, continuera d’avancer au rythme du thermomètre. La vraie question n’est plus de savoir s’il sera là, mais si nous serons prêts à cohabiter avec lui (et avec les virus qu’il transporte) sur une carte de France qui, saison après saison, prend des teintes de plus en plus méridionales.
Sources :
L’étude principale :
, , , , and . 2026. “ Aedes albopictus and Dengue Transmission Risk in France Over the 21st Century.” Global Change Biology 32, no. 8: e71017. https://doi.org/10.1111/gcb.71017.
Autres sources :
Santé publique France, Chikungunya, dengue, Zika : données de la surveillance renforcée en France hexagonale (2025)
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/articles/donnees-en-france-metropolitaine/chikungunya-dengue-zika-et-west-nile-donnees-de-la-surveillance-renforcee-en-france-hexagonale-2025
Sur l’implantation du moustique tigre (83 départements) et le bilan record des cas autochtones en 2025.
franceinfo, Trois questions sur la prolifération du moustique tigre, après une année 2025 record en France (mai 2026)
https://www.franceinfo.fr/sante/maladie/chikungunya/trois-questions-sur-la-proliferation-du-moustique-tigre-apres-une-annee-2025-record-en-france_7987247.html
Contexte sur l’expansion du vecteur, les cas de 2025 et le lien avec l’épidémie de l’océan Indien.
Image de mise en avant : le Marais poitevin – Gilbert Bochenek



