Un Français propose une nouvelle stratégie contre-intuitive contre les frelons asiatiques : laisser les reines s’affronter entre elles sans intervenir

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Et si laisser vivre quelques semaines un nid découvert à l’écart protégeait mieux les ruches voisines que de le détruire tout de suite ? L’idée vient du terrain, et elle dérange beaucoup d’idées reçues.

Le réflexe semble évident. On repère un nid de frelon asiatique, on appelle un professionnel, on détruit. Plus vite il disparaît, mieux on se porte.

Sauf qu’à y regarder de plus près, ce réflexe pourrait, dans certains cas précis, faire le jeu de l’insecte au lieu de le freiner.

Ma propre expérience de lutte contre Vespa velutina prolonge sur ce point les observations de terrain menées depuis des années par Francis Ithurburu, apiculteur installé à Biscarrosse, dans les Landes.

Nous avons analysé comportement que les apiculteurs du Sud-Ouest connaissent bien, mais que le grand public ignore presque toujours : la guerre territoriale que se livrent les reines de frelon asiatique au printemps !

Lire aussi :

Au printemps, les reines s’entretuent : c’est la « concurrence intraspécifique »

Pour comprendre l’idée, il faut revenir au cycle de vie du frelon asiatique.

Chaque automne, un gros nid produit jusqu’à 500 futures reines. Elles partent s’accoupler, puis hivernent cachées dans la nature. Sur le lot, beaucoup ne survivront pas au froid.

Celles qui passent l’hiver ressortent en mars-avril, avec une mission unique : trouver un endroit pour fonder leur propre colonie.

C’est là que le drame se joue. Toutes ces reines convoitent le même type de site, et le frelon asiatique est une espèce ultra-territoriale. Les fondatrices se battent entre elles, parfois jusqu’à la mort, pour s’approprier un territoire ou s’emparer du nid embryon d’une rivale.

Une des reines marquées par Francis Ithurburu pour ces études (science citoyenne participative)

C’est qu’on appelle la concurrence intraspécifique du printemps.

Une étude publiée par l’apiculteur Denis Jaffré dans L’Abeille de France en 2021 a montré que l’on pouvait retrouver jusqu’à douze reines mortes sous un seul nid primaire. Douze colonies entières qui n’ont jamais vu le jour, simplement parce qu’une autre reine était arrivée avant.

Dans un rayon autour d’un nid actif, le territoire est de fait verrouillé.

L’un des plus grands mystères de l’univers est juste devant nos yeux : les scientifiques sont toujours incapables de prédire l’activité du Soleil

L’idée d’Ithurburu : utiliser cette guerre interne comme bouclier

C’est ce mécanisme naturel que Francis Ithurburu observe depuis longtemps autour de ses ruches, et que j’ai pu également étudier à l’aide de l’association J’Essaime Ma Planète (étayé par les remontées terrain d’ALLO FRELONS), le formalisant comme une stratégie utile.

Voilà comment on peut résumer le mécanisme :

Quand un nid est découvert dans un endroit qui ne pose aucun problème immédiat, à l’écart des habitations, loin des passages, loin des ruchers, dans une zone boisée peu fréquentée, il peut, dans certains cas, valoir mieux le laisser en place quelques semaines avant de le détruire.

Tant qu’il vit, ce nid émet le signal chimique et comportemental d’un territoire occupé. Et toutes les autres fondatrices qui essaieraient de s’installer dans un large périmètre se retrouvent face au mur de la concurrence intraspécifique.

Elles seront éliminées, repoussées, ou contraintes d’aller tenter leur chance ailleurs.

Pendant quelques semaines, ce nid joue donc un rôle de gendarme involontaire sur tout son rayon d’influence.

La condition non-négociable : un nid loin de tout

Personne ne défend l’idée de tolérer un nid au-dessus d’une école, d’un jardin partagé ou à dix mètres d’une terrasse. Le risque pour l’humain reste prioritaire.

Comme nous l’avons dit, la méthode ne vaut que pour des nids qui répondent à plusieurs critères :

  • situés à bonne distance des habitations et des lieux de passage,
  • visibles, surveillables, et dont la position est précisément connue,
  • repérés tôt en saison, alors que la colonie est encore petite,
  • loin également des ruchers à protéger pour éviter toute prédation directe.

Dans ces conditions, le nid devient un outil naturel de gestion territoriale, plutôt qu’une menace immédiate.

Cette tolérance a cependant une limite stricte dans le temps.

Quelques semaines, pas plus : la fenêtre à ne pas dépasser

Le frelon asiatique passe par deux phases d’habitation. Au printemps, la reine bâtit seule un nid embryon, souvent abrité dans un cabanon, sous une avancée de toit, ou dans une haie. Ce nid primaire reste petit et peu agressif.

Puis, dès que la colonie atteint quelques centaines d’individus, elle déménage vers un nid secondaire, généralement perché en haut d’un arbre, capable d’atteindre jusqu’à un mètre de haut et 80 centimètres de large.

C’est ce nid secondaire qui devient redoutable. C’est lui qui produit des dizaines de milliers d’ouvrières sur la saison. C’est lui qui, en septembre, libère des centaines de futures reines vers de nouveaux territoires.

La méthode que nous défendons avec Ithurburu s’arrête donc avant cette bascule. On laisse vivre le « nid embryon » (ou « Alpha ») le temps que la phase de compétition entre fondatrices fasse son œuvre dans la zone, puis on intervient pour le détruire avant que la colonie ne grossisse, ne migre vers un nid secondaire, et ne devienne le moteur d’une invasion locale.

Détruire trop vite revient à libérer le territoire

C’est tout le paradoxe que pointent les apiculteurs landais.

Quand on détruit un nid primaire dès qu’on le trouve, sans réflexion, on peut en réalité rouvrir la place pour plusieurs autres reines qui n’osaient pas s’installer tant que leur concurrente était active.

Concrètement, l’élimination d’une fondatrice trop tôt dans la saison ne signifie pas forcément un nid en moins. Elle signifie parfois deux, trois, voire davantage de nids potentiels en plus, simplement parce que la pression territoriale exercée par la colonie initiale a disparu.

C’est exactement l’inverse de l’effet recherché.

Une approche qui s’ajoute aux autres, sans rien remplacer

Si l’idée surprend, c’est qu’elle prend à contre-pied le récit dominant depuis vingt ans : Vespa velutina est dangereux, donc tout nid doit disparaître au plus vite !

Cette consigne reste évidemment valable pour la grande majorité des cas, en particulier en zone habitée ou près des ruchers.

Le travail de Francis Ithurburu (validé par mes propres observations) ajoute une nuance utile : tous les nids ne se valent pas, et certains peuvent rendre service avant d’être éliminés, à condition de connaître précisément leur localisation, leur taille, et le calendrier biologique de l’espèce.

Dans un pays où l’invasion coûte près de 100 millions d’euros par an aux filières apicoles et à la pollinisation, et où le plan national 2026 ne mobilise que 3 millions d’euros annuels, chaque méthode de bon sens compte.

Pour finir, la vidéo d’un des plus gros nids de frelons que j’ai vus en 20 ans de carrière et qui a servi pour la photo de mise en avant de cet article :

Sources :

  • CNRS, Invasion du frelon asiatique en France : le coût de la lutte (10 avril 2020),
    https://www.inee.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/invasion-du-frelon-asiatique-en-france-le-cout-de-la-lutte
  • Sud Ouest, Frelon contre frelon (04 avril 2011),
    https://www.sudouest.fr/landes/biscarrosse/frelon-contre-frelon-9885641.php
  • Sud Ouest, Un apiculteur avance une autre méthode pour lutter contre le frelon asiatique (22 avril 2021),
    https://www.sudouest.fr/landes/biscarrosse/biscarrosse-un-apiculteur-avance-une-autre-methode-pour-lutter-contre-le-frelon-asiatique-2169934.php
  • JAFFRÉ, D. (2021, mars). L’Abeille de France.
  • CASTAGNÉ, G., observations sur la concurrence intraspécifique du frelon asiatique avec J’Essaime Ma Planète

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Guillaume Castagné
Guillaume Castagnéhttps://allo-frelons.com/
Passionné par la nature, le fonctionnement et la préservation des écosystèmes, j’ai créé en 2006 l’entreprise ALLO FRELONS. Media24.fr m’a proposé de partager mon enthousiasme et mes connaissances de manière régulière aux travers d’articles qui j’espère vous intéresseront. J’attend vos retours en commentaires des articles ou sur mon profil LinkedIn.

9 Commentaires

  1. N’importe quoi, j’en ai entendu des conneries mais celle là elle est plus grosse que lui. Mais biensur laisser la sélection naturelle opérer laisser la reine la plus forte donner sa genetic. Il faut toute les tuer au printemps et ne pas laisser la chose au bon bonheur la chance. En piègent un max on laisse une chance au reine plus faible ou avec des problèmes de donner leur genetic il faut affaiblir l’espèce et non la renforcer.

    • ce que tu n’a pas compris c’est que les plus faibles vont mourrir mais aussi les plus fortes puisque le nid sera détruit ! mais avec un laps de temps de seulement quelques semaines, le temps qu’elle élimine plusieurs reines. Reste à savoir quand le faire…

      • L’idée de la destruction retardée des colonies, comme la mise en évidence de la lutte intraspécifique des fondatrices (même si cette révélation est injustement attribuée à Denis Jaffré ) date de 2011.
        J’ai l’habitude depuis 22 ans de lire les critiques des sceptiques qui ont sûrement la solution mais se gardent bien de la dévoiler.
        Merci à la rédaction de Média 24 pour cette publication courageuse. N’hésiter pas à me contacter directement la distorsion s’invite parfois dans les infos issues du bouche à oreille.

  2. Encouragements à cette constatation scientifique !
    Les essais pour la protection de l’humain en harmonie avec la nature sont admirables.
    Mon grand-père était ingénieur en agriculture en grimpant les échelons tous les 3 ans . Guillaume a oeuvré toute sa vie pour développer les moyens de nourrir les populations.
    Vie passionnante, toute donnée pour nombre d’expériences de terrain, partage des connaissances locales ancestrales, développement de l’irrigation des terres. Développement des accès routiers pour désenclaver les villages.
    Je n’oublie jamais ce que nos anciens ont déployés comme efforts de formation des agriculteurs et des éleveurs qui nourrissent.
    Bonne continuation à vous et merci pour votre expérience partagée !
    Geneviève

  3. L’auteur n’a pas dit de ne rien faire, juste de bien observer que le site n’est dangereux pour personne, pendant qu’il repousse d’autres implantations possibles, puis ensuite de le détruire lorsqu’il a rempli son office. Je trouve ça plein de bon sens au contraire.

  4. tout à fait d’accord avec vous … ! mais je passe pour un paresseux et un mou à tenir de tel propos …!

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