L’Inde vient de fixer un nouveau record mondial que les grands marchés énergétiques vont devoir digérer.
Le 7 août 2026, la Solar Energy Corporation of India (SECI), l’agence publique en charge des appels d’offres renouvelables du pays, a adjugé un contrat de 1 gigawatt d’énergie renouvelable pilotable 24 heures sur 24 pour un tarif de 5,25 roupies par kilowattheure, soit environ 4,7 centimes d’euro par kWh.
C’est mine de rien le plus bas tarif jamais atteint dans le monde pour de l’électricité renouvelable disponible en continu, disponible 24 heures sur 24 comme une centrale thermique.
Décryptage d’un événement industriel qui ne va pas beaucoup faire parler alors qu’il devrait !
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L’Inde valide un contrat de 1 GW d’énergie renouvelable à 4,7 centimes par KW
Ce qui rend ce nouveau tarif indien exceptionnel, c’est qu’il ne concerne pas de l’électricité solaire brute (qui coûte encore moins cher mais ne produit que quand le soleil brille).
Il concerne de l’électricité renouvelable pilotable, disponible 24 heures sur 24, aussi fiable qu’une centrale au charbon ou au gaz.
Voici comment ce record se positionne face aux principales technologies de production d’électricité dans le monde :
| Technologie de production | Pays | Tarif de référence | Année |
|---|---|---|---|
| Solaire photovoltaïque nu (intermittent) | Inde | 0,025 $/kWh (soit 2,1 c€/kWh) | 2024 (record mondial du solaire) |
| Solaire + éolien + stockage 24/7 (FDRE) | Inde | 0,055 $/kWh (soit 4,7 c€/kWh) | 2026 (nouveau record mondial pilotable) |
| Charbon (nouvelle centrale) | Inde | 0,055 à 0,075 $/kWh | 2024 |
| Nucléaire existant amorti | France | Environ 6 c€/kWh (ARENH) | 2025 |
| Éolien terrestre | France | 6 à 8 c€/kWh | 2024 (appels d’offres CRE) |
| Nucléaire nouveau (Kudankulam) | Inde | 0,075 $/kWh | 2025 |
| PPA data centers hyperscalers | États-Unis | 0,08 à 0,15 $/kWh | 2025 |
| EPR2 (estimation Cour des comptes) | France | 10 à 14 c€/kWh | 2024 (à horizon 2035-2040) |
Sept opérateurs indiens partagent le gâteau de 1 GW
Sept sociétés indiennes se sont partagé le lot après plusieurs jours d’enchères inversées organisées par SECI. Kengeri Prime Solar (filiale du groupe Rays Power Infra) a emporté 180 mégawatts, suivie de Resolven Four Energy (150 MW), Hexa Climate Solutions (150 MW), Hero Solar Energy (filiale du grand conglomérat Hero Future Energies, 120 MW), EMIF II Holding (100 MW) et Purvah Green Power (70 MW), toutes à 5,25 roupies par kWh. Juniper Green Energy (filiale du fonds d’investissement AT Capital dirigée par Ankush Malik) a raflé la part restante de 230 mégawatts pour 5,26 roupies par kWh, à un centième de roupie près.
Un mot rapide sur le mécanisme FDRE (Firm and Dispatchable Renewable Energy), un modèle inventé par l’Inde en 2020 et qui commence à faire école dans le monde entier. Le principe : les développeurs doivent construire une combinaison de fermes solaires, de parcs éoliens et de systèmes de stockage par batteries (BESS) capable de fournir une puissance ferme 24 heures sur 24, avec des taux de disponibilité contraignants (90 % minimum aux heures de pointe, 70 % le reste du temps, 90 % en moyenne annuelle).
L’objectif est d’imiter le fonctionnement d’une centrale thermique classique tout en produisant de l’électricité 100 % renouvelable. Contrat de 25 ans en PPA (Power Purchase Agreement) avec SECI qui revend l’électricité aux distributeurs d’État indiens.
Mise en service prévue 24 mois après signature.
Une révolution énergétique portée par un géant démographique
L’Inde est devenue en 2023 le pays le plus peuplé de la planète, avec plus de 1,4 milliard d’habitants et une consommation électrique qui augmente d’environ 7 % par an. Le pays s’est fixé un objectif : 500 gigawatts de capacité électrique non-fossile installée en 2030, contre environ 288 gigawatts à la fin juin 2026. Ppour comparaison, la France dispose d’à peine 175 gigawatts installés toutes sources confondues, l’Inde vise donc en huit ans une capacité verte trois fois supérieure à la totalité du parc électrique français !
Les progrès sont réels et rapides. Le mix ENR indien actuel se répartit à 56 % de solaire (environ 150 GW installés en mars 2026), 20 % d’éolien (56 GW), 18 % d’hydraulique classique, 4 % de biomasse et 2 % de petite hydraulique. Le pays a ajouté 29 gigawatts de nouvelles capacités renouvelables au premier semestre 2026, un record absolu, dont 19 GW de solaire à grande échelle et 6,4 GW de solaire résidentiel (rooftop), boosté par le programme phare PM Surya Ghar Muft Bijli Yojana qui subventionne massivement l’installation de panneaux sur les toits des particuliers indiens. L’investissement total nécessaire pour atteindre les 500 GW en 2030 est estimé à 223 milliards de dollars entre 2022 et 2029, plus 26 milliards de dollars supplémentaires pour le stockage stationnaire (soit environ 190 milliards d’euros au total).
Côté français sur ce marché, TotalEnergies détient depuis 2021 environ 50 % du géant privé indien Adani Green Energy, ce qui lui donne accès à environ 2 gigawatts opérationnels et un pipeline de projets bien plus important. EDF Renewables est présent de manière très limitée. Engie développe environ 1,2 gigawatt à travers sa filiale Engie Green Genesis. Aucun IPP français n’a en revanche remporté de contrat majeur dans les grandes enchères SECI, laissant le marché entre les mains d’acteurs indiens locaux et de fonds internationaux (Vena Energy japonais, Serentica soutenu par KKR, JSW Neo indien).
Un chemin qui reste vertigineux
Le tarif record de 4,7 centimes d’euro le kWh ne doit cependant pas masquer un fait fondamental : l’Inde reste massivement dépendante du charbon, qui pesait encore 218 gigawatts installés à la mi-2026, soit environ 49 % du mix électrique national total (441 GW toutes sources confondues). Chaque gigawatt renouvelable ajouté vient certes réduire progressivement cette part, mais le pays continue de brûler des quantités massives de charbon pour alimenter ses aciéries, ses cimenteries et ses tranches thermiques qui restent en fonctionnement. La marche vers les 500 GW non-fossile en 2030 est en route, mais elle ne suffira pas à faire disparaître le charbon d’un coup.
D’autant que les défis sont considérables. Le réseau électrique indien doit être massivement renforcé pour absorber ces nouveaux gigawatts intermittents, avec 51 000 kilomètres de nouvelles lignes de transmission à haute tension à construire d’ici 2030, pour un coût estimé à environ 30 milliards d’euros. Les batteries stationnaires en Inde restent encore embryonnaires (moins de 20 GWh installés fin 2025 contre plus de 27 GWh en Europe la même année). Les foncières et les concurrences d’usage sur les terres arables ralentissent certains projets. En outre, la question sociale de la transition juste pour les 300 000 travailleurs indiens du secteur charbonnier reste posée.
Ce record du 7 août 2026 marque néanmoins un basculement important dans l’histoire de la transition énergétique mondiale. Un pays émergent, sans expertise historique dans les renouvelables, invente il y a cinq ans un modèle contractuel original (le FDRE-RTC), attire des dizaines de milliards de dollars d’investissements privés, forme progressivement toute une génération d’IPP locaux, et parvient à battre le record mondial du tarif renouvelable pilotable. Chaque tour d’enchères vient rogner un peu plus le prix, et cette dynamique inspire déjà des tentatives similaires en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite, au Chili et en Australie.
Sources :
- Solar Energy Corporation of India (SECI), Awards List — RTC Thermal Mimic 1000 MW Tender FDRE-RTC-V
https://www.seci.co.in/Bidder/view/tender/results/all-award/list/bidder
Base officielle des résultats d’adjudications SECI, incluant la répartition des 1 070 MW entre les sept lauréats de l’appel d’offres FDRE-RTC-V (Juniper Green 300 MW à 5,26 INR/kWh, Hexa Climate 150 MW à 5,26 INR/kWh, Kengeri Prime Solar 180 MW à 5,25 INR/kWh, Resolven Four Energy 150 MW à 5,25 INR/kWh, Hero Solar Energy 120 MW à 5,25 INR/kWh, EMIF II 100 MW à 5,25 INR/kWh, Purvah Green Power 70 MW à 5,25 INR/kWh). - Ministry of Power (gouvernement indien), 500 GW Non-fossil Fuel Target
https://powermin.gov.in/en/content/500gw-nonfossil-fuel-target
Document officiel du gouvernement indien sur la stratégie 500 GW non-fossile pour 2030, plan de développement des zones renouvelables identifiées par SECI (181,5 GW dans huit États prioritaires), plan de renforcement du réseau ISTS pour 244 000 crores INR. - JMK Research / Down to Earth, India Adds Record 29 GW Solar and Wind Capacity in H1 2026 (juillet 2026)
https://www.downtoearth.org.in/amp/story/energy/india-adds-record-29-gw-solar-wind-in-first-half-of-2026
Chiffres H1 2026 (29 GW ajoutés, 288 GW cumulés fin juin), boom rooftop 6,4 GW grâce à PM Surya Ghar, croissance +32 % solaire utility-scale, projections 2026. - Grant Thornton India, Achieving 500 GW of renewable energy capacity by 2030 (2024)
https://www.grantthornton.in/globalassets/1.-member-firms/india/assets/pdfs/achieving-500-gw-of-re-capacity-by-2030.pdf
Analyse macro-économique des 223 milliards de dollars d’investissement nécessaires 2022-2029, plus 26 milliards pour le stockage, mécanismes de financement.
Crédit image de mise en avant : Solar Energy Corporation of India




