NGE en renfort dans la lutte contre les effets du dérèglement climatique.
Le groupe français NGE, quatrième acteur tricolore du BTP (derrière Vinci, Bouygues et Eiffage), a annoncé le 6 novembre 2026 la livraison, via sa filiale uruguayenne Saceem, de dix kilomètres de digues protégeant 16 000 habitants de la région péruvienne de Lambayeque contre les inondations liées au phénomène climatique El Niño.
Un chantier modeste mais révélateur d’un basculement stratégique : celui du BTP mondial vers l’adaptation au changement climatique.
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NGE livre 10 km de digues à Lambayeque au Pérou
Lambayeque se situe dans la région désertique du nord-ouest péruvien, à quelques centaines de kilomètres de la frontière équatorienne. Une zone où il ne pleut quasiment jamais… sauf quand il pleut au contraire beaucoup trop !
Cette bande côtière est en effet régulièrement frappée par El Niño, le phénomène climatique tant redouté en Amérique du Sud qui transforme périodiquement le Pérou en zone sinistrée, laissant au passage des dizaines de morts et des milliers de maisons et infrastructures détruites. C’est contre ce fléau que NGE vient de livrer un ouvrage de protection à grande échelle.
Le chantier a été confié par l’Autorité nationale des infrastructures péruvienne (ANIN) et concerne deux tronçons de digues, baptisés MO1 et MO2, sur les rivières Motupe et La Leche. Le premier fait 8 kilomètres et se trouve dans le district de Mórrope. Le second, plus court, fait 2 kilomètres et se situe à Jayanca. Soit 10 kilomètres au total.
Ces 10 kilomètres protègent plus de 16 000 habitants contre les inondations et les phénomènes climatiques extrêmes ainsi qu’environ 1 000 hectares de terres agricoles, soit l’équivalent d’à peu près 1 400 terrains de football.
Autre bénéfice, moins visible : la construction elle-même a fait travailler près de 3 700 personnes pendant plusieurs mois, dans une région où l’économie repose largement sur l’agriculture de subsistance.
Côté technique, les ingénieurs ont eu la bonne idée d’utiliser en partie les matériaux extraits du lit de la rivière pour construire les digues. Astuce qui a permis de réduire les coûts, éviter d’acheminer des tonnes de matériaux par camion sur des routes péruviennes qui ne sont pas exactement des autoroutes allemandes et d’alléger le bilan carbone du chantier. Le tout est doublé de dispositifs de drainage pour évacuer la pression hydraulique en cas de crue massive.
El Niño, l’ennemi juré du Pérou
El Niño est un phénomène climatique qui se produit à intervalles irréguliers (tous les 2 à 7 ans), et qui se caractérise par un réchauffement anormal de la température de l’océan Pacifique équatorial. Deux ou trois degrés en plus qui bouleversent complètement la mécanique atmosphérique et provoquent une réaction en chaîne : les régimes de précipitations se déplacent, les côtes ouest de l’Amérique du Sud passent en mode douche continue, tandis que d’autres régions du monde subissent au contraire des sécheresses inhabituelles. Les courants marins qui alimentent normalement la pêche péruvienne s’inversent, faisant fuir les poissons vers d’autres eaux plus fraîches.
Pour briller en société, sachez que « El Niño » signifie « l’Enfant » en espagnol. Une référence à l’enfant Jésus, car les pêcheurs péruviens du XIXe siècle avaient noté que ce réchauffement anormal se produisait souvent autour de Noël.
Le Pérou en subit les effets depuis des siècles et trois grands épisodes ont marqué l’histoire moderne en 1983, 1997 et 2017.
![Graphique des températures anormales de la surface de l'océan [ºC] observées en décembre 1997 lors du dernier épisode El Niño intense .](https://media24.fr/wp-content/uploads/2099/08/Design-sans-titre-2026-08-26T104531.407-1024x576.jpg.webp)
| Année | Intensité | Bilan humain | Régions les plus touchées |
|---|---|---|---|
| 1982-1983 | Très fort | Environ 500 morts au Pérou | Nord et centre-sud du pays |
| 1997-1998 | Extrême | Environ 400 morts, 500 000 sinistrés | Piura, Tumbes, Lambayeque |
| 2017 (Niño Costero) | Extrême | 143 morts, 231 874 sinistrés, 25 700 maisons détruites | Piura, Lambayeque, La Libertad, Tumbes |
| 2023-2024 | Fort à sévère | Dizaines de morts, sécheresses aggravées | Nord du Pérou, Amazonie |
L’épisode de 2017 reste dans toutes les mémoires. En quelques semaines, entre mars et mai, la région de Lambayeque et ses voisines ont vu tomber en quelques jours ce qu’elles reçoivent normalement en plusieurs années. Les rivières Motupe et La Leche (que NGE vient de sécuriser) avaient débordé. Le président péruvien Pedro Pablo Kuczynski avait alors mis 800 millions de soles sur la table (environ 200 millions d’euros au cours actuel) pour la reconstruction des régions les plus sinistrées. Les dégâts totaux ont été estimés à environ 3 milliards de dollars (2,55 milliards d’euros), soit près de 1,5 % du PIB péruvien.
NGE, ce quatrième géant qu’on connaît mal
NGE présente un profil un peu à part dans le paysage du BTP français. Le groupe est né en 2002 de la fusion de Guintoli et EHTP (deux entreprises historiques du sud-est de la France) et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il affiche une trajectoire de croissance qui ferait pâlir bien des start-up : chiffre d’affaires doublé depuis 2019, effectifs doublés eux aussi. Le tout sans jamais avoir été coté en Bourse. L’actionnariat est même une curiosité : 72 % du capital est détenu par les fondateurs, l’encadrement et les salariés eux-mêmes, tandis que les 28 % restants appartiennent au fonds d’investissement français Montefiore. Pas de spéculation, pas d’actionnaires étrangers, pas de logique court-termiste imposée depuis Wall Street. Une entreprise à taille humaine qui a grossi sans perdre son âme.
Le groupe intervient sur huit métiers : cycle de l’eau, génie civil, routes, fondations, ferroviaire, énergies, télécoms et bâtiment. Il compte plus de 100 implantations en France et une vingtaine à l’étranger. Sur les six derniers mois, la maison a multiplié les prises : contrat majeur sur Rail Baltica en Estonie (150 kilomètres de voie ferrée entre Tallinn et Pärnu), tunnel West Link à Göteborg en Suède, renouvellement d’infrastructures d’eau en Moldavie (30 000 habitants desservis à Chișinău, Străseni et Călărași). Ajoutez à cela le rachat en mars 2024 de la filiale Sade à Veolia pour 260 millions d’euros, qui a donné à NGE un solide savoir-faire dans les canalisations.
La transition écologique représente aujourd’hui 62 % de l’activité de NGE, selon les derniers résultats du groupe. Un vrai virage stratégique qui devrait s’avérer payant, car le marché de l’adaptation climatique est en train de décoller.
L’adaptation climatique, ce nouveau marché à conquérir
Pendant longtemps, la lutte contre le changement climatique s’est concentrée sur ce qu’on appelle « l’atténuation » : réduire les émissions de gaz à effet de serre, décarboner l’énergie, électrifier les transports. Le grand pari, c’était d’empêcher le réchauffement. Sauf que la réalité s’est imposée d’elle-même : quelles que soient nos réductions d’émissions futures, le climat a déjà commencé à changer. Il va continuer à changer pendant des décennies. Il faut donc parallèlement « s’adapter » à ce nouveau climat plus chaud, plus instable, plus violent.
C’est là qu’entre en scène tout un pan émergent du BTP mondial : les infrastructures de protection contre les événements climatiques extrêmes. Digues fluviales comme au Pérou, digues maritimes contre la montée des océans, murs anti-inondations autour des villes menacées, retenues collinaires contre les sécheresses, brise-lames, systèmes de drainage massifs, végétalisation des zones urbaines. Selon les projections de la Banque mondiale, il faudrait globalement investir entre 140 et 300 milliards de dollars par an (soit environ 120 à 255 milliards d’euros) dans l’adaptation climatique d’ici 2030. Autrement dit, un secteur qui vaut plusieurs fois l’annuel du CAC 40 réuni !
Pour un groupe comme NGE, ce marché émergent tombe à pic. Contrairement aux mégaprojets ferroviaires ou routiers, qui exigent d’énormes capacités de financement et de mobilisation, les chantiers d’adaptation climatique sont souvent de taille moyenne (comme celui de Lambayeque, dont le montant exact n’a pas été communiqué mais qui doit tourner autour de quelques dizaines de millions d’euros), très distribués géographiquement, et demandent un savoir-faire technique bien précis en ingénierie hydraulique. Bref, un créneau qui correspond parfaitement au profil d’un opérateur multiservices avec de fortes racines locales. Ce qui décrit assez bien NGE, surtout avec l’appui local de Saceem.
La double leçon péruvienne
Le Pérou a annoncé après 2017 un vaste plan de reconstruction et de prévention d’environ 25 milliards de dollars étalés sur dix ans, dont une bonne partie est destinée à la protection des populations vulnérables face à El Niño. NGE, désormais implanté durablement au Pérou avec plus de 300 collaborateurs, est bien placé pour y décrocher d’autres marchés. Ce chantier de Lambayeque n’est probablement qu’un début.
Il y a en réalité deux enseignements dans cette petite histoire péruvienne. Le premier : à mesure que le changement climatique s’accélère, les grands groupes de BTP mondiaux basculent progressivement vers un nouveau segment, celui de la résilience et de l’adaptation. C’est moins spectaculaire qu’un data center à 1,4 gigawatt ou qu’un pont autoroutier de 105 mètres mais c’est probablement l’un des marchés les plus porteurs des trois décennies qui viennent. Le second enseignement : le BTP français, souvent réduit à ses trois grands (Vinci, Bouygues, Eiffage), comporte en réalité un quatrième pilier qui monte en puissance à bas bruit et qui pourrait bien, à moyen terme, faire parler de lui bien au-delà des colonnes de la presse spécialisée.
Sources principales :
- NGE, Communiqué de presse – Au Pérou, NGE livre un chantier majeur pour protéger plus de 16 000 habitants contre les inondations (6 novembre 2026)
Au Pérou, NGE livre un chantier majeur pour protéger plus de 16 000 habitants contre les inondations
Annonce officielle de la livraison des digues MO1 et MO2 sur les rivières Motupe et La Leche par NGE et sa filiale Saceem. - NGE, Résultats annuels 2025 (mars 2026)
https://www.nge.fr/app/uploads/2026/03/NGE-resultats-2025.pdf
Chiffres officiels du groupe : 5,024 milliards d’euros de CA, 25 254 collaborateurs, présence dans 21 pays. - OPS/OMS, Emergencia por impacto del Fenómeno « El Niño Costero » – Perú, 2017
https://www.paho.org/es/peru/emergencia-por-impacto-fenomeno-nino-costero-peru-2017
Bilan officiel de l’épisode El Niño 2017 : 143 morts, 231 874 sinistrés, 25 700 maisons détruites. - Organisation Météorologique Mondiale, El Niño et le changement climatique ont malmené l’Amérique latine et les Caraïbes en 2023 (mai 2024)
https://wmo.int/fr/news/media-centre/el-nino-et-le-changement-climatique-ont-malmene-lamerique-latine-et-les-caraibes-en-2023
Bilan officiel de l’épisode El Niño 2023-2024 sur l’Amérique latine et impact sur le Pérou.
Image de mise en avant : Une rue de Lambayeque, Pérou – crédit : Bernard Gagnon




