L’Allemagne mise sur une centrale nucléaire du futur grâce à des lasers.
L’ancien site nucléaire allemand de Biblis en Hesse va peut-être devenir le théâtre de l’une des expériences énergétiques les plus spectaculaires du siècle : produire de l’énergie en fusionnant des noyaux d’atomes grâce à des impulsions laser. Pourtant quand on connait l’aversion allemande pour le nucléaire, l’annonce a de quoi surprendre mais le pays semble y croire dur comme fer !
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La centrale allemande de Biblis pourrait abriter prochainement un centre de recherche pour la fusion nucléaire par impulsions laser
Le site de Biblis, fermé depuis 2011 après la catastrophe de Fukushima, abritait autrefois deux réacteurs nucléaires classiques. Aujourd’hui, il ne produit plus un seul électron. Mais ce mastodonte de béton pourrait bientôt reprendre du service sous une forme totalement différente : celle d’un démonstrateur de fusion par laser.
L’idée n’est pas d’y remettre de l’uranium, mais d’y concentrer toute la recherche, l’innovation et les essais en grandeur réelle pour une centrale basée sur une réaction bien plus propre et prometteuse que la fission classique.
Une alliance politique, industrielle et scientifique
Le 13 mars 2025, des représentants du gouvernement de Hesse, des industriels, des chercheurs et des ingénieurs ont signé un protocole d’accord pour poser les bases de cette transformation. On y retrouve le gouvernement régional, l’université technique de Darmstadt, le centre Helmholtz, l’entreprise Focused Energy, et même le géant industriel Schott.
Objectif affiché : faire de la Hesse un pôle mondial de la fusion par laser, en partant d’un démonstrateur fonctionnel dès 2035, avant de passer à une centrale à pleine puissance. Les investissements publics prévus cette année atteignent déjà 20 millions d’euros.
Le pari de la fusion par laser
Contrairement à d’autres projets de fusion, comme ITER en France, la méthode choisie ici repose sur l’ignition d’un combustible par impulsions laser ultra-puissantes. Concrètement, il s’agit de projeter des faisceaux laser sur une micro-sphère de deutérium et de tritium pour provoquer leur fusion.
Si la réaction s’auto-entretient, elle libère une quantité colossale d’énergie thermique sans déchets à longue durée de vie ni émissions de gaz à effet de serre. Cette technique s’inspire des travaux du laboratoire américain de Livermore, qui avait annoncé en 2022 avoir franchi le cap symbolique du gain énergétique dans une expérience de fusion.
Focused Energy, une start-up en orbite haute
La société Focused Energy, née d’un partenariat entre le TU Darmstadt et la société texane National Energetics, est l’un des piliers du projet. Fondée en 2021, elle s’appuie sur les travaux du physicien Markus Roth, spécialiste des plasmas. Leur stratégie consiste à industrialiser les expériences menées en laboratoire et à proposer une version compacte, répétable et rentable de la fusion par laser.
L’entreprise a déjà reçu 2,5 millions d’euros de financements, dont 500 000 de l’État de Hesse et 2 millions du Fonds européen de développement régional. Un vrai soutien politique et économique pour tenter de mettre l’Allemagne en tête de la course mondiale à la fusion.
Une énergie disponible à toute heure
Les promoteurs du projet insistent sur un point central : la fusion pourrait devenir une solution énergétique pilotable, capable de produire de l’électricité même quand le soleil se cache et que le vent tombe. Contrairement aux énergies renouvelables, la fusion pourrait tourner en continu, 24 heures sur 24, 365 jours par an, sans stockage ni batteries coûteuses.
Mais pour cela, il faudra surmonter une montagne de défis technologiques. Parmi eux : le taux de répétition des tirs laser, la résistance des matériaux, le rendement global du système, et surtout la capacité à produire plus d’énergie que celle nécessaire pour allumer la réaction.
Le rêve industriel allemand
Derrière ce projet se cache aussi une ambition économique. Si la Hesse parvient à prendre de l’avance dans le domaine, elle pourrait produire localement les équipements nécessaires à la fusion, depuis les optiques jusqu’aux chambres de confinement. Une manne industrielle potentielle, à un moment où les chaînes d’approvisionnement mondiales sont sous tension.
Le ministre de l’Économie du Land, Kaweh Mansoori, y voit un moyen de garantir une indépendance énergétique future, tout en créant des emplois qualifiés. Et dans un contexte de transition énergétique parfois chaotique, le discours passe plutôt bien.
Un abandon du nucléaire au prix fort
Après l’accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, l’Allemagne a décidé d’arrêter définitivement ses 17 réacteurs nucléaires d’ici 2022. Soutenue par plus de 70 % de la population, cette sortie du nucléaire est devenue centrale dans la politique énergétique allemande (« Energiewende »), privilégiant les énergies renouvelables qui représentaient 17 % de l’électricité en 2011, contre 47 % en 2022. Toutefois, l’abandon du nucléaire a temporairement augmenté l’utilisation du charbon (+8 % en 2022).
Cette situation a également renforcé la dépendance énergétique envers des pays voisins, notamment la France, premier exportateur européen d’électricité nucléaire. Ainsi, en période de forte demande ou lorsque la production renouvelable est insuffisante, l’Allemagne importe régulièrement de l’électricité nucléaire française, ainsi que du gaz naturel venu de Norvège, des Pays-Bas et, jusqu’en 2022, de Russie. Aujourd’hui, l’Allemagne investit plus de 40 milliards d’euros par an pour accélérer sa transition énergétique tout en cherchant à réduire cette dépendance externe mais de nombreuses voix s’élèvent en Europe en accusant l’Allemagne d’afficher une “révolution verte” en trompe l’œil et au détriment de ses voisins grâce à ARENH.
Source : energynews.pro
Image : Représentation d’artiste d’une fusion nucléaire à impulsions laser