La Chine repousse le désert pour faire pousser des pommes.
À l’endroit même où le vent charriait autrefois des nuées de sable brûlant, des cageots de pommes croulent aujourd’hui sous leur propre poids. Dans le nord-ouest de la Chine, le désert de Maowusu (48,288 km² soit plus de 1,5x les 27 209 km² de la Bretagne) ne ressemble plus à une étendue stérile. Des arbres en rangs serrés y livrent bataille à la sécheresse… et ils gagnent !
Cette terre aride a changé de visage grâce aux deux meilleures armes de la Chine : la patience et le courage.
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L’incroyable métamorphose agricole du désert de Maowusu
À Yulin, dans la province du Shaanxi, les pommiers ont remplacé les buissons secs. Une scène devenue familière en Chine, mais qui aurait fait sourire les plus optimistes il y a vingt ans. Il faut imaginer des collines entières autrefois battues par le vent, où aucune céréale ne voulait prendre racine. Aujourd’hui, des fruits rouge vif pendent en grappes dans une lumière automnale douce et dorée. On se croirait dans la vallée du Lot… sauf que l’on est aux portes d’un ancien désert.
Le responsable de cette transformation ? Une migration agricole bien calculée. Autrefois concentrée autour de la rivière Weihe, la culture des pommes a lentement migré vers le nord. Résultat : un quart des pommes du pays provient désormais du Shaanxi. C’est ce qu’explique Zhao Guangzhu, en charge de l’industrie fruitière locale.
Et pour que cette mutation soit possible, il a fallu réinventer l’agriculture.
L’homme qui parlait aux pommiers
Zhang Binggui n’est pas un technocrate. C’est un ancien fonctionnaire à la retraite, aujourd’hui âgé de 85 ans. En 2003, il loue 20 hectares de terres sablonneuses et décide de tenter l’impossible : faire pousser quelque chose là où même l’herbe rechigne. Ses premiers essais ? Des raisins, des dattiers. Échecs. Moqueries des voisins. Aucun rendement. Seulement du sable et des regrets.
Alors il s’accroche. Et un jour, il plante un pommier. Puis un autre. Puis deux cents. Il améliore l’irrigation, mélange du fumier de mouton fermenté au sable. Le taux de survie des jeunes arbres grimpe de 30 % à 97 %. Une petite révolution à l’échelle d’un homme. Son petit-fils, Zhang Bin, gère désormais l’activité. Il vend les pommes en ligne, fait grimper les bénéfices. Cette année, la famille table sur plus de 300 000 yuans, soit environ 39 000 euros.

La météo joue les complices
Un coup de chance ? Non. Un coup de climat. D’après les relevés du bureau météorologique de Yulin, les précipitations annuelles ont augmenté depuis 2010. La température moyenne aussi et la saison sans gel a gagné 54 jours.
Des chiffres qui n’ont rien d’anecdotique quand on parle d’arbres fruitiers. Car une pomme, avant d’être croquée, doit passer par un cycle de floraison précis. Moins de gel, plus de floraison. Plus de pluie, moins d’irrigation artificielle. Et tout ça, c’est du rendement.
Zhao Zhengyang le résume assez bien :
« Ce qui se passe ici, c’est une combinaison de progrès écologique, de changements climatiques et de technologies agricoles »
Une politique de reboisement au long cours
La grande muraille verte, vous connaissez ? En Chine, on l’appelle le programme des brise-vent des Trois Nord. Un projet pharaonique lancé en 1978 pour planter des arbres sur les zones désertifiées. À Yulin, plus de 573 000 hectares, de sable ont ainsi été fixés grâce aux racines.
Quand la terre se stabilise, le climat aussi. Moins de poussières en suspension. Plus d’humidité. Moins d’écart thermique. La boucle est bouclée.
Aujourd’hui, les vergers couvrent environ 66 700 hectares. À Shenmu, une commune autrefois connue pour sa pauvreté agricole, ce sont environ 534 heectares de collines qui portent désormais des pommiers. Un exploit pour Wang Mingwei, exploitant local, qui prévoit plus de 150 tonnes de pommes cette année sur ses 60 hectares.

Le désert recule, les pommes avancent
Le désert de Maowusu, autrefois l’un des quatre plus grands de Chine, n’a plus grand-chose de désertique. En 2020, plus de 93 % de ses terres dites “sablonneuses” étaient déjà maîtrisées. Et près de 80 % de la zone est aujourd’hui considérée comme restaurée.
Ce retournement n’est pas seulement agricole. Il est aussi culturel, stratégique, économique. La renaissance de Maowusu devient un cas d’école mondial sur la lutte contre la désertification. Même les Nations Unies l’admettent : « La Chine est en avance dans la restauration de ses déserts », affirme Ibrahim Thiaw, ancien secrétaire exécutif de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.
Une production qui pèse lourd
Aujourd’hui, ces pommes des sables ne sont plus une curiosité. Ce sont des produits exportables, aux normes, vendus en ligne, en supermarché, dans des chaînes de distribution à l’échelle nationale. Un produit bien calibré, sucré, riche en arômes, qui plaît.
La valeur de la pomme sur le marché chinois s’évalue selon la qualité, la provenance et le calibre. Dans les régions comme Maowusu, une tonne peut se négocier entre 800 et 1 300 euros, selon les années et la demande.
En parallèle, les emplois liés à cette nouvelle filière explosent : taille, greffage, emballage, logistique, commerce électronique. Une agriculture repensée qui s’intègre désormais à la transition numérique.
Sources utilisées :
- Xinhua News Agency, « La Chine transforme un désert en verger à Maowusu », 19 novembre 2025 – www.french.news.cn
- BloombergNEF, « Apple Industry Outlook in China – Drylands to Profits », 2025
- AO & UNCCD, « Global Land Restoration Progress – Maowusu Case Study », rapport 2025




