Ce projet gratuit fait mieux que Google Maps en reproduisant en 3D les 2,75 milliards de bâtiments présents dans le monde et en permettant une analyse de ces données

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Une carte où chaque maison de la planète a son ombre.

Des chercheurs viennent de concevoir une carte du monde où (presque) chaque bâtiment est visible en relief. Pas seulement une tache grise vue du ciel, mais une vraie structure : sa forme, sa hauteur, son volume.
Elle couvre environ 97 % des constructions humaines sur Terre, ce qui représente 2,75 milliards de bâtiments, de la cabane en tôle du Niger à la tour de Shanghai. Une sorte de scanner planétaire de notre espèce qui aime tant construire !

Cette fois-ci, ce n’est pas une prouesse de Google Maps ou d’une agence d’État, mais le fruit d’un travail scientifique : le GlobalBuildingAtlas, publié début décembre dans la revue Earth System Science Data. Une base de données ouverte, accessible à tous, qui offre un regard inédit sur la manière dont l’humanité occupe son espace.

Lire aussi :

L’humanité peut compter sur 2,75 milliards de constructions sur Terre, recensées par GlobalBuildingAtlas

Quelle est différence entre GlobalBuildingAtlas et Google Maps ?

On vous entend râler d’ici, oui Google fait déjà ça depuis des années avec son Google Maps, et le rendu semble à des années lumières de la vague impression de 3D en bleu comme sur GlobalBuildingAtlas.
Google montre des villes en relief pour se repérer, admirer ou préparer un trajet, un peu comme une maquette joliment éclairée. Le GlobalBuildingAtlas, lui, ne cherche pas à faire joli puisque son but est de compter, mesurer et comparer.

Chaque bâtiment n’est pas un décor mais une donnée : une hauteur estimée de la même façon partout sur Terre, un volume calculé, une résolution identique de 3 mètres sur 3 mètres, du Niger à Tokyo. Là où Google affiche une 3D visuelle, souvent approximative et juridiquement verrouillée, cette carte fournit une 3D mesurable, ouverte, exploitable scientifiquement.

Autrement dit, Google vous montre à quoi ressemble une ville, le GlobalBuildingAtlas vous dit combien elle pèse, combien elle contient et ce que cela révèle de la façon dont on y vit. La différence n’est pas dans l’image, elle est dans les chiffres cachés derrière l’image.

Pour la première fois de l’Histoire, la France a pu assister à la présentation du plus « sérieux » concurrent du prix Nobel

Comment fait-on une carte en 3D de la planète entière sans bouger de son bureau ?

Les chercheurs ont utilisé plus 800 000 images capturées en 2019, couvrant la quasi-totalité du globe, et ils ont entraîné un programme d’apprentissage automatique pour que ce dernier puisse estimer la hauteur des bâtiments à partir d’une photo satellite.

L’algorithme a appris en observant 168 villes déjà connues au mètre près grâce au LiDAR (technologie laser utilisée pour mesurer les volumes depuis les airs).
Ensuite, il a extrapolé : un peu comme si vous appreniez à deviner la taille d’une tour rien qu’à la longueur de son ombre.

Cela donne ainsi une carte d’une précision de 3 mètres sur 3 mètres. Suffisamment fine pour distinguer une maison d’un entrepôt, une école d’un gratte-ciel.

Carte interactive GlobalBuildingAtlas
Pour voir votre ville sur GlobalBuildingAtlas, cliquez sur l’image puis utilisez la barre de recherche au-dessus.

Ce que la carte révèle sur notre manière d’habiter le monde

Commençons par le continent qui bâtit le plus vite : l’Asie.
Elle regroupe 1,22 milliard de bâtiments, soit presque la moitié de la planète, pour un volume total de 1 270 milliards de mètres cubes.
En clair, les villes chinoises, indiennes et indonésiennes montent à la verticale à une vitesse vertigineuse.

L’Afrique suit avec 540 millions de bâtiments, mais d’un volume bien moindre : 117 milliards de mètres cubes seulement. On y construit plus large que haut, souvent de plain-pied, dans une logique d’habitat horizontal.

Et puis, il y a l’Europe : plus ancienne, plus dense, plus inégale aussi.
Un Finlandais dispose en moyenne de six fois plus de volume bâti qu’un Grec. Et au Niger, le volume par habitant est vingt-sept fois inférieur à la moyenne mondiale !

À quoi cela peut-il bien servir, au-delà de la curiosité ?

À protéger les hommes.

Quand on modélise les risques d’inondation, de séisme ou de tempête, la hauteur des bâtiments devient capitale.
Une maison à un étage, ce n’est pas la même histoire qu’un immeuble de douze.
Grâce à ces données, les ingénieurs peuvent simuler plus précisément comment une ville réagit à un choc.

À comprendre comment les villes poussent.

Dans beaucoup de pays, on ne sait même pas combien de bâtiments sont construits chaque année.
Là, on peut voir où la densité augmente, où elle recule, et à quel rythme.
C’est un peu comme observer une tache d’encre qui se répand sur une feuille, sauf qu’ici la feuille est de la taille de notre planète.

À combattre la corruption

Des chercheurs australiens expliquent qu’en croisant les bâtiments nouvellement apparus avec les registres fonciers, on pourrait identifier des projets « étrangement bien situés » ou des promoteurs particulièrement favorisés et ainsi lutter contre la corruption (la France pourrait s’en inspirer !).

Vers une carte vivante, mise à jour en continu

La beauté de ce projet, c’est qu’il n’est pas figé.
Les satellites passent tous les jours. Il suffit de relancer le calcul régulièrement pour suivre l’évolution des villes au fil du temps. Dans dix ans, on pourrait visualiser la croissance urbaine comme un film accéléré, quartier par quartier et voir naître un quartier à Nairobi, s’étirer une banlieue de Manille, ou disparaître une zone industrielle en Europe.

C’est aussi un outil pour comprendre les transitions énergétiques : combien de surfaces de toits pourraient accueillir des panneaux solaires ? Où densifier sans étouffer ? Où réhabiliter plutôt que bâtir ?
La géographie urbaine devient enfin un laboratoire de physique appliquée.

Et la France dans tout cela ?

En France, le relief urbain raconte une histoire de confort et de mesure.
On compte environ 45 millions de bâtiments, pour un volume total de 63 milliards de mètres cubes.
Cela représente 950 m³ par habitant : plutôt spacieux, signe d’un habitat encore majoritairement individuel et horizontal.

Les États-Unis, avec leurs vastes banlieues, affichent des volumes similaires.
La Chine, elle, reste plus dense mais moins volumineuse par personne, malgré ses gratte-ciels.

Le monde en 3D et ses 2,75 milliards de bâtiments

Les chiffres nationaux sont des ordres de grandeur dérivés des agrégations GlobalBuildingAtlas (2019) et des populations nationales.

Une carte ouverte à tous

GlobalBuildingAtlas fait partie de ces projets que nous aimons particulièrement chez Média24.fr et qui apporte à l’humanité. Il est « Open source » donc gratuit et en libre accès.
Chercheurs, architectes, ONG, collectivités… ou simple citoyen curieux, chacun peut télécharger, visualiser et explorer ces cartes et il n’est pas à exclure que des applications concrètes pour l’homme en découlent un jour, lui permettant encore de poursuivre son inexorable marche en avant.

Source :

  • Giant 3D map shows almost every building in the world (en français : Une carte 3D géante révèle presque tous les bâtiments du monde),  https://doi.org/10.1038/d41586-025-04036-x

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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