Au large de l’Azerbaïdjan, des îles surgissent littéralement de la boue… et parfois dans des explosions de feu !
Sur des images satellites récentes dévoilées par la NASA, ces formations intriguent immédiatement : des îlots brunâtres en forme de têtard, posés sur les eaux bleu-vert de la mer Caspienne.
Derrière leur apparence presque paisible se cache un phénomène géologique rare, capable de créer… ou de détruire une île en quelques minutes !
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L’Azerbaïdjan, capitale mondiale des volcans de boue
Si l’on surnomme souvent l’Azerbaïdjan « la terre de feu », ce n’est pas seulement à cause de ses célèbres flammes naturelles. Le pays abrite aussi une concentration exceptionnelle de volcans de boue.
Selon les données officielles, on en compte au moins 220, et jusqu’à 350 selon certaines estimations. Cela en fait l’une des plus fortes densités au monde.
La majorité se situe autour de Bakou et de la région de Gobustan, sur la péninsule d’Absheron. Ici, le sous-sol est fracturé, parcouru de failles qui permettent aux gaz et aux fluides de remonter vers la surface.
Sur terre, ces volcans prennent la forme de cônes d’une hauteur comprise entre 20 et 400 mètres et d’un diamètre entre 100 et 4 500 mètres.
Impressionnants certes mais le plus spectaculaire se passe en mer.
Des volcans sans lave, mais riches en gaz
Contrairement aux volcans classiques, ici pas de magma incandescent.
Les volcans de boue fonctionnent différemment. Ils sont alimentés par des bassins sédimentaires riches en hydrocarbures. En profondeur, du méthane, du pétrole et de l’eau sont piégés sous pression.
Lorsque cette pression devient trop forte, le système « explose ». Il expulse alors une boue froide, mélangée à de l’eau et du gaz et parfois même accompagnée de pétrole !
Cette boue provient de matières organiques anciennes, comme du phytoplancton ou des algues, accumulées au fond des océans il y a des millions d’années.
Cela donne des volcans… froids en apparence, mais potentiellement explosifs.
Des îles en forme de têtard vues depuis l’espace
Au large de la côte, dans la mer Caspienne, on recense au moins 140 volcans de boue sous-marins, dont plusieurs ont donné naissance à des îles.
Certaines présentent une forme très particulière avec une tête arrondie suivie d’une longue traîne de sédiments… comme un têtard.

Ces panaches témoignent de l’activité récente de ces formations, où gaz et boues remontent à la surface puis se dispersent sous l’effet des courants marins.
(Source : NASA Earth Observatory / Lauren Dauphin)
L’ exemple emblématique est l’île de Xərə Zirə Adası (aussi appelée Ostrov Bulla).Cette dernière a connu des éruptions violentes en 1961 et 1995, et reste encore faiblement active aujourd’hui.
À proximité, Duvannı a également connu une éruption en 2006.
Cette forme si étrange est due en réalité à l’érosion.
Les « queues » sont en réalité des dépôts de boue et de sédiments érodés par les courants marins et redéposés à l’arrière de l’île, là où les vagues sont les moins puissantes.
Un phénomène naturel qui transforme une explosion chaotique… en sculpture géologique.
Des éruptions capables de créer et détruire
Derrière leur lente apparence, ces volcans peuvent devenir extrêmement violents.
Certains déclenchent ce que les géologues appellent des éruptions paroxysmales. Ces dernières sont courtes, imprévisibles mais très puissantes
L’exemple le plus marquant en la matière reste Səngi Muğan Adası.
En 1932, cette île a libéré une boule de feu de 150 mètres de haut, blessant 13 personnes et détruisant presque son phare !
D’autres éruptions ont été observées en 2002 et 2008, confirmant son activité persistante.
Ces phénomènes sont alimentés par le méthane, un gaz hautement inflammable. Lorsqu’il s’enflamme au contact de l’air, il peut produire des explosions spectaculaires visibles à plusieurs kilomètres.
Dans certains cas, une éruption peut même créer une nouvelle île en quelques minutes.
Une île fantôme qui apparaît puis disparaît
Comme si ces phénomènes n’étaient pas déjà assez spectaculaires, certains volcans de boue vont encore plus loin : ils créent des îles éphémères, capables d’apparaître puis de disparaître en quelques mois.
C’est exactement ce qu’ont observé les satellites de la NASA au large de l’Azerbaïdjan, sur le volcan sous-marin Kumani Bank (aussi appelé Chigil-Deniz).
Entre fin janvier et début février 2023, une éruption a fait émerger une île d’environ 400 mètres de diamètre. Vue depuis l’espace, elle était accompagnée d’un panache de sédiments dérivant dans la mer Caspienne.

En quelques jours, une masse d’environ 400 mètres de large a émergé, avant de s’éroder progressivement jusqu’à presque disparaître fin 2024. Les satellites Landsat 8 et Landsat 9 ont permis de suivre cette apparition fugace.
Ce phénomène s’est déjà produit à plusieurs reprises depuis 1861, certaines îles ne survivant que quelques mois. Ces éruptions, liées aux gaz souterrains comme le méthane, peuvent parfois générer des flammes spectaculaires.
Ce qui est fou, c’est que moins de deux ans plus tard, fin 2024, cette île avait presque totalement disparu, rongée par l’érosion et les courants. Un véritable mirage géologique !
Ce phénomène n’est pas unique : depuis 1861, plusieurs éruptions de Kumani Bank ont généré des îles temporaires, certaines ne survivant que quelques mois. La plus puissante, en 1950, avait fait surgir une terre de 700 mètres de large et 6 mètres de haut, avant qu’elle ne s’érode progressivement.
Un indicateur clé des ressources énergétiques
Au-delà du spectacle, ces volcans intéressent énormément les scientifiques et les industriels.
En effet, ils signalent en général la présence d’hydrocarbures en profondeur.
C’est donc un outil naturel pour repérer des gisements potentiels.
Cette richesse a cependant un revers : ces zones sont aussi instables, difficiles à exploiter et parfois dangereuses.
Sources :
Government of Azerbaijan, General information about Azerbaijan (consulté en 2026),
https://azerbaijan.az/en/related-information/14
page officielle présentant les caractéristiques générales de l’Azerbaïdjan, incluant sa géographie, ses ressources naturelles et ses spécificités géologiques, notamment la présence de volcans de boue.
NASA, A school of mud volcano islands in Azerbaijan (21 avril 2026),
article du Earth Observatory détaillant les formations géologiques uniques des îles de volcans de boue en Azerbaïdjan, avec des observations satellitaires et une explication des phénomènes à l’origine de ces structures.
NASA, Satellites spot a “ghost island” (21 janvier 2024),
article décrivant l’apparition et la disparition d’une île éphémère liée à une éruption de volcan de boue, illustrant la dynamique géologique rapide observée depuis l’espace.
Image de mise en avant :
Les volcans de boue en Azerbaïdjan représentent l’une des plus fortes concentrations mondiales, avec plus de 350 structures recensées sur le littoral de la mer Caspienne.
Ces formations, alimentées par des remontées de méthane liées aux gisements d’hydrocarbures, restent modestes en taille mais peuvent produire des éruptions spectaculaires. Le site de Lökbatan figure parmi les plus actifs, avec des flammes pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres.
Une partie de ces volcans est sous-marine, certains ayant même formé des îles. Le site de Gobustan, classé par l’UNESCO, en offre une concentration unique. (Photo : volcan de boue de Bahar, Bahar, Azerbaïdjan, 5 septembre 2015. Auteur : Uzeyir Mikayilov)




