24 ans que les Canadiens y croient mais cette voie « exotique » pour maitriser la fusion nucléaire vient de frapper un grand coup avec un nouveau record

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Une voie alternative de la recherche sur la fusion nucléaire vient de frapper un grand coup.

Le 22 juin 2026, General Fusion, société basée à Richmond en Colombie-Britannique, a annoncé que sa machine LM26 (Lawson Machine 26) a réussi à tripler la température de son plasma par simple compression mécanique, atteignant 0,72 keV soit environ 8,4 millions de degrés Celsius !

Au passage, la densité du plasma et son champ magnétique ont été multipliés par dix, et l’augmentation du flux de neutrons confirme que des réactions de fusion réelles ont bien eu lieu.

Pour le secteur, c’est la preuve que cette voie alternative, longtemps considérée comme exotique, pourrait être une piste à explorer pour atteindre le Graal tant convoité de l’Humanité : la fusion nucléaire !

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La LM26 de General Fusion parvient à tripler la température de son plasma par simple compression mécanique

Les chiffres bruts du résultat parlent d’eux-mêmes. La machine LM26, en fonctionnement depuis mars 2025, a franchi une étape majeure de son programme de démonstration.

Les ingénieurs de General Fusion ont utilisé une technique baptisée Thomson scattering pour mesurer précisément la température des électrons dans le plasma, ainsi qu’un diagnostic appelé AXUV (ultraviolet extrême absolu en français)

La France vient d’être témoin de deux événements historiques pour le plus grand réacteur à fusion nucléaire du monde ITER

Les deux méthodes confirment indépendamment le résultat. Voici la photographie précise du résultat publié.

Mesure Résultat LM26 (juin 2026)
Température du plasma 0,72 keV (environ 8,4 millions °C)
Multiplication par la compression × 3 (température) — record précédent triplé
Densité du plasma × 10 lors de la compression
Champ magnétique poloïdal × 10 lors de la compression
Production de neutrons Augmentation confirmée (preuve de fusions réelles)
Contamination par le lithium Aucune significative observée (problème classique résolu)
Statut scientifique Résultats soumis pour validation par les pairs
Prochain jalon technique 1 keV (10 millions °C) visé fin 2026
Jalon suivant 10 keV (100 millions °C) visé 2027-2028
Objectif final LM26 Critère de Lawson (équivalent break-even D-T) visé fin 2028

Surtout, deux choses sortent du lot dans ce résultat.

La première : la stabilité du plasma pendant toute la compression. Il faut savoir qu’un plasma magnétisé est terriblement instable. Dès qu’on le comprime, il tend à se déformer, à se déchirer, à perdre son confinement magnétique. La plupart des tentatives historiques sur cette approche échouaient sur ce mur.

La deuxième : l’absence de contamination significative par le liner en lithium, historiquement le défaut qui a empêché cette technologie de décoller depuis les années 1970 !

Greg Twinney, le CEO de General Fusion, ne cache pas son enthousiasme : « Nous traçons une nouvelle voie dans la fusion avec notre approche MTF, qui est pratique et unique. Les résultats annoncés aujourd’hui sont tous des indicateurs clés de progrès réels vers nos jalons techniques avec LM26. »

Reste maintenant à viser le seuil suivant : 1 keV (10 millions °C) pour la fin de l’année puis 10 keV (100 millions °C) en 2027-2028 avant de viser la Lune : le critère de Lawson.

La fusion par compression mécanique, le moteur diesel du nucléaire

Petit détour pédagogique nécessaire pour comprendre ce qui se joue. Pour réussir une réaction de fusion nucléaire (et qu’elle soit donc rentable), il faut réunir trois conditions simultanées :

  1. chauffer un plasma d’hydrogène (deutérium et tritium principalement) à plus de 100 millions de degrés,
  2. le maintenir suffisamment dense,
  3. et le confiner suffisamment longtemps.

C’est ce qu’on appelle le critère de Lawson, du nom du physicien britannique qui l’a formulé dans les années 1950.

Trois grandes approches se battent depuis des décennies pour y arriver. Voici le récapitulatif.

Approche Principe Acteurs principaux
Confinement magnétique Aimants supraconducteurs géants qui maintiennent le plasma en lévitation et le chauffent ITER (Cadarache), Commonwealth Fusion Systems (SPARC, USA), nT-Tao (Israël), Tokamak Energy (UK)
Confinement inertiel Lasers ultra-puissants qui frappent simultanément une bille d’hydrogène pour la comprimer instantanément National Ignition Facility (Livermore, USA), Marvel Fusion (Allemagne), Lawrenceville Plasma Physics
Fusion par cible magnétisée (MTF) Plasma magnétisé compressé mécaniquement par une enveloppe métallique en mouvement General Fusion (Canada) en chef de file mondial, héritière des concepts de Los Alamos années 1970

L’idée centrale de la MTF (Magnetized Target Fusion en anglais, ou fusion par cible magnétisée) tient en une comparaison que Megan Wilson, la directrice scientifique de General Fusion, aime utiliser : « c’est le moteur diesel de la fusion ».

Dans un moteur diesel, on n’a pas besoin de bougie d’allumage électrique : il suffit de comprimer suffisamment le mélange air-carburant pour que la température monte d’elle-même au point d’amorcer la combustion. C’est exactement le même principe ici, mais à une autre échelle de violence physique. On forme d’abord un plasma magnétisé (donc une boule de gaz très chaud contenu par un champ magnétique), puis on le comprime mécaniquement avec une enveloppe métallique. La compression augmente simultanément la température et la densité, exactement les deux paramètres qu’il faut pour atteindre les conditions de fusion.

Dans LM26, l'enveloppe métallique est faite de lithium liquide. Le plasma est formé par un injecteur baptisé PI3, qui est le 24e prototype construit par General Fusion depuis 2002 (et le résultat de plus de 200 000 expériences sur plasma). Le tout est ensuite comprimé par des pistons mécaniques à haute énergie, comme un mortier industriel.
Dans LM26, l’enveloppe métallique est faite de lithium liquide. Le plasma est formé par un injecteur baptisé PI3, qui est le 24e prototype construit par General Fusion depuis 2002 (et le résultat de plus de 200 000 expériences sur plasma). Le tout est ensuite comprimé par des pistons mécaniques à haute énergie, comme un mortier industriel.

Ici ni bobines supraconductrices à -269 °C qui coûtent des centaines de millions de dollars, ni lasers gigawatts qu’il faut alimenter à coups de centrales nucléaires entières. Juste de la mécanique solide, des aimants conventionnels et du lithium. « Cette approche est conçue dès l’origine pour produire de l’énergie pratique », expliquait Greg Twinney en avril 2026. « Notre chemin pour livrer de l’énergie de fusion propre est plus simple et plus direct que celui des autres technologies. »

Petite note historique au passage. Le concept de MTF n’a rien d’une invention récente. Il a été développé dans les laboratoires de Los Alamos aux États-Unis dans les années 1970, puis abandonné parce que les défis techniques semblaient insurmontables à l’époque. Michel Laberge, physicien québécois passé par les lasers industriels, a décidé en 2002 de ressusciter cette voie en partant à zéro.

Vingt-quatre années plus tard, son pari semble enfin payer !

De Bezos au Nasdaq, l’histoire d’une renaissance

Le parcours de General Fusion en soi a déjà une histoire intéressante à raconter. Fondée en 2002 à Vancouver par Michel Laberge avec un capital de départ ridicule, l’entreprise a longtemps survécu grâce à des investisseurs visionnaires. Le premier d’entre eux n’était autre que Jeff Bezos, via son bras d’investissement Bezos Expeditions, qui a soutenu General Fusion dès 2009, soit bien avant que la fusion privée ne devienne à la mode. Avec lui sont arrivés au fil des années BDC Capital (Canada), GIC (Singapour), Temasek et de nombreux autres. Le gouvernement canadien a apporté son écot via le Strategic Innovation Fund (69 millions CAD). Au total, General Fusion a levé environ 440 millions CAD (315 millions d’euros) sur ses vingt-quatre années d’existence.

Le chemin n’a pas été linéaire. En mai 2025, General Fusion a connu une grave crise financière et a dû licencier un quart de ses effectifs pour survivre. Une levée d’urgence de 22 millions de dollars en août 2025, menée par les actionnaires historiques, a permis de tenir le coup. En janvier 2026, le pari change d’échelle : la société annonce sa fusion avec le SPAC américain Spring Valley Acquisition Corp. III pour devenir la première société de fusion exclusivement publique au Nasdaq. La valorisation pro-forma est d’environ 1 milliard de dollars (environ 850 millions d’euros) et une cotation est prévue pour mi-2026.

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L’écosystème de la fusion privée explose !

En 2026, plus de 50 sociétés privées travaillent activement à commercialiser la fusion dans le monde, et l’industrie a déjà levé plus de 7 milliards de dollars de capitaux privés. Les hyperscalers américains s’y mettent aussi : Microsoft a signé un contrat avec Helion Energy pour livrer de l’électricité de fusion en 2028. Google a investi dans TAE Technologies. Bill Gates soutient Commonwealth Fusion Systems (la plus grosse compagnie du secteur privé dans le monde). N’oublions surtout pas les acteurs publics historiques : ITER en Europe, le projet chinois CFETR, le programme japonais JT-60SA ou le programme britannique STEP.

Dans cette course-poursuite, personne ne sait encore qui franchira la ligne en premier (ce sera probablement un mix de plusieurs technologies que nous abordons régulièrement chez Media24.fr) mais il reste que General Fusion vient de prouver que son approche, longtemps considérée comme exotique, avait encore un certain avenir dans le secteur !

Sources :

Image de mise en avant : LM26 – crédit : General Fusion

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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