Le Canada lance un projet colossal à 32,5 milliards de dollars dans la région de la Saskatchewan pour continuer son irrésistible ascension sur le marché de l’uranium

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Le Canada va augmenter drastiquement sa production d’uranium grâce à une nouvelle mine géante.

Le 13 août 2026, l’entreprise NexGen Energy a officiellement donné le premier coup de pioche de son mégaprojet Rook I dans la province canadienne de la Saskatchewan, décrit par ses dirigeants comme l’un des plus grands chantiers de mine d’uranium au monde. Un investissement de 2,2 milliards de dollars canadiens (soit environ 1,4 milliard d’euros), quatre ans de construction prévus, une production annuelle attendue de 30 millions de livres d’uranium, et une mise en service commerciale visée à l’horizon 2029-2030.

Un événement industriel majeur pour le Canada, qui pourrait à lui seul faire basculer une partie de l’équilibre mondial de l’uranium au moment où la demande explose sous la double pression de la renaissance nucléaire et de la déferlante des data centers pour l’intelligence artificielle.

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Rook I, un mastodonte au cœur du bassin d’Athabasca

C’est à 155 kilomètres au nord de la petite ville de La Loche, en plein bassin sédimentaire d’Athabasca, que NexGen Energy vient de démarrer officiellement la construction de son projet Rook I.

Un mégachantier attendu depuis douze ans par la boîte, qui avait découvert en 2014 le gisement Arrow au centre de la zone, et qui a passé une décennie entière à documenter méthodiquement les ressources, à préparer les études d’impact environnemental, et à négocier les accords avec les communautés autochtones locales (les Nations Denesųłiné, Cree et Métisses installées dans le nord de la Saskatchewan depuis des siècles). Toutes les études techniques ont été validées en février 2024, puis le décret officiel d’autorisation d’exploitation a été délivré par la Commission canadienne de sûreté nucléaire le 5 mars 2026.

La France prête à prendre sa revanche dans cette technologie nucléaire où elle fut pionnière avant d’abandonner brutalement son réacteur ASTRID

Petit mot pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du bassin d’Athabasca : c’est là où se concentrent, dans les couches sédimentaires précambriennes vieilles de 1,8 milliard d’années, les gisements d’uranium à la plus forte teneur connus au monde. Pour comparaison, la teneur moyenne des mines d’uranium mondiales tourne autour de 0,1 %, celle des mines du Niger autour de 0,3 %, celle des mines kazakhes autour de 0,05 %. Le gisement Arrow, lui, affiche une teneur moyenne exceptionnelle de 2,37 %, soit environ 25 fois la moyenne mondiale et 50 fois celle du Kazakhstan ! Un monstre géologique, donc, qui rend l’exploitation particulièrement rentable, même à des cours modérés de l’uranium.

Le gisement se trouve entre 300 et 700 mètres sous la surface. Deux puits verticaux seront creusés pour y accéder, un puits principal de 8 mètres de diamètre et un puits secondaire de 5,5 mètres pour la ventilation.

La méthode d’extraction retenue est celle des longs trous (longhole mining dans le jargon anglo-saxon), une technique classique qui consiste à forer de grands trous verticaux dans lesquels on place les explosifs pour faire tomber le minerai vers les galeries inférieures, avec une usine de traitement dimensionnée pour 1 300 tonnes de minerai par jour. Environ 300 personnes travaillent déjà sur le site (dont une cinquantaine d’ouvriers autochtones du Clearwater River Dene Nation), avec plus de 575 000 tonnes d’agrégats déjà concassés pour les infrastructures. La piste d’atterrissage initiale de 914 mètres est en service, la piste finale de 1 780 mètres devrait être terminée avant décembre 2026, et les puits eux-mêmes seront creusés à partir de 2027.

L’ensemble représente un impact économique total estimé à 32,5 milliards de dollars canadiens (environ 20 milliards d’euros) sur toute la durée de la construction et de l’exploitation initiale.

Le projet Rook I

Le grand retour du nucléaire fait flamber l’uranium

Le monde entier semble redécouvrir (après l’avoir un temps boudée) l’énergie nucléaire depuis trois ans, sous la pression combinée du changement climatique, de la souveraineté énergétique et surtout, plus récemment, de l’explosion de la demande électrique liée à l’intelligence artificielle.

Lors de la COP28 à Dubaï en décembre 2023, trente-et-un pays ont solennellement signé un engagement à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050.

L’effet sur le prix de l’uranium est spectaculaire. Le cours spot du concentré U3O8 (« yellowcake ») tournait autour de 30 dollars la livre (environ 25 euros) fin 2020. Il oscille désormais autour de 86 dollars la livre (environ 73 euros) au 8 août 2026, avec un pic à plus de 100 dollars (environ 85 euros) en janvier dernier.

Selon la World Nuclear Association, les besoins mondiaux devraient plus que doubler d’ici 2040, passant d’environ 68 900 tonnes d’uranium par an en 2025 à plus de 150 000 tonnes en 2040 selon le scénario médian. Une trajectoire qui appelle mécaniquement à ouvrir de nouvelles mines partout dans le monde.

Qui produit l’uranium mondial en 2026 ?

Pays producteur Production 2024 Part mondiale
Kazakhstan 23 270 tonnes 38,6 %
Canada 14 309 tonnes 23,8 %
Namibie Environ 6 000 tonnes 10 %
Australie Environ 4 500 tonnes 7 %
Ouzbékistan Environ 3 300 tonnes 5 %
Russie Environ 2 500 tonnes 4 %
Chine Environ 1 700 tonnes 3 %
Niger Quasi-nul depuis 2024 Marginal

Les grandes entreprises qui se partagent le marché

Côté acteurs industriels, la structure du marché mondial de l’uranium reste concentrée autour d’une petite dizaine de grands producteurs.

Voici les principaux :

Entreprise Pays d’origine Positionnement
Kazatomprom Kazakhstan N°1 mondial, société publique kazakhe, environ 20 % de la production mondiale seule
Orano France N°2 mondial, filiale à 90 % de l’État français, coentreprise KATCO au Kazakhstan (7 % production mondiale), Canada, Mongolie
Cameco Canada N°3 mondial, mines Cigar Lake et McArthur River en Saskatchewan, coentreprise Inkai au Kazakhstan
Uranium One Russie Filiale du groupe public Rosatom, opérations au Kazakhstan et en Russie
BHP Australie Mine géante Olympic Dam en Australie du Sud, uranium en co-production avec cuivre et or
Paladin Energy Australie Mine Langer Heinrich en Namibie, en cours de montée en puissance
Rio Tinto Australie Mine Rossing en Namibie (cédée en 2019 à CNUC chinoise), activités mixtes uranium et autres métaux
NexGen Energy Canada Projet Rook I en construction depuis août 2026, futur producteur majeur à horizon 2030
Denison Mines Canada Projet Wheeler River en Saskatchewan, approuvé en février 2026

Orano (ex-Areva, filiale à 90 % de l’État français) reste le numéro deux mondial du secteur derrière le kazakh Kazatomprom, mais elle vient de traverser une période difficile après avoir perdu ses opérations historiques au Niger en 2024-2025.

Mine de Zuuvch Ovoo en Mongolie - crédit : Orano
Mine de Zuuvch Ovoo en Mongolie – crédit : Orano

L’entreprise a réagi vite : inauguration en juillet 2025 d’une nouvelle usine de traitement à South Tortkuduk au Kazakhstan (avec l’objectif de porter sa production KATCO à 4 000 tonnes par an), poursuite de ses activités au Canada via Orano Canada et l’usine de McClean Lake, et surtout lancement en juin 2026 de la construction d’une toute nouvelle mine à Zuuvch Ovoo en Mongolie (province de Dornogovi, au sud-est du pays), sur un gisement découvert par Orano en 2010 dans le désert de Gobi.

Découverte majeure pour la fusion nucléaire inertielle au laser qui permettrait de tripler les rendements grâce à une meilleure utilisation du diamant

Le nouvel âge d’or de l’exploration minière occidentale

Un point rassure les investisseurs : la fiabilité juridique. Rook I sera exploité dans un pays parfaitement stable, avec un cadre réglementaire clair, une main-d’œuvre qualifiée, un accord équitable avec les communautés autochtones et une intégration complète dans les chaînes d’approvisionnement occidentales. Autant de garanties que ni le Kazakhstan (aujourd’hui trop dépendant de la Russie pour beaucoup d’observateurs), ni la Russie elle-même, ni le Niger post-coup d’État, ni la Chine ne peuvent véritablement offrir.

C’est d’ailleurs sur ces critères de fiabilité juridictionnelle que NexGen discute actuellement avec des hyperscalers américains pour financer directement les prochains investissements sur le site. Une convergence inédite entre mineurs canadiens et géants des data centers de la Silicon Valley qui aurait paru inimaginable il y a seulement cinq ans.

Rendez-vous en 2029 ou 2030 pour la première tonne d’uranium extraite officiellement de Rook I. À cette date, si tout se passe comme prévu, ce chantier canadien aura à lui seul augmenté d’environ un quart la production occidentale mondiale d’uranium, et fourni un peu d’oxygène stratégique à toutes les économies qui misent sur le nucléaire pour décarboner leur électricité.

Sources :

  • NexGen Energy (communiqué officiel), NexGen Receives Final Federal Approval for the Rook I Uranium Project (5 mars 2026)
    https://www.newsfilecorp.com/release/286359/NexGen-Receives-Final-Federal-Approval-for-the-Rook-I-Uranium-Project
    Décret d’autorisation CNSC, décision finale d’investissement, calendrier des 48 mois de construction, détail des cotations TSX/NYSE/ASX.
  • Gouvernement de la Saskatchewan, New Uranium Mines Will Power Economic Growth in Saskatchewan (2 avril 2026)
    https://www.saskatchewan.ca/en/Government/News-and-Media/2026/april/02/protecting-saskatchewans-strong-energy-and-resource-sectors
    Impact économique total (32,5 milliards de dollars canadiens), premiers projets uranium canadiens approuvés depuis 2004, 1 600 emplois cumulés Rook I + Wheeler River.
  • World Nuclear Association, World Uranium Mining Production
    https://world-nuclear.org/information-library/nuclear-fuel-cycle/mining-of-uranium/world-uranium-mining-production.aspx
    Statistiques officielles de production mondiale d’uranium 2024, classement des pays producteurs, données Kazatomprom-Cameco-Orano, projections de la demande à 150 000 tonnes en 2040.
  • Orano (site officiel), Kazakhstan : KATCO’s South Tortkuduk uranium mining site is now fully operational (3 juillet 2025)
    https://www.orano.group/en/news/news-group/2025/july/kazakhstan-katco-s-south-tortkuduk-uranium-mining-site-is-now-fully-operational
    Inauguration officielle de South Tortkuduk, positionnement KATCO (7 % de la production mondiale), stratégie de repli d’Orano post-Niger vers Kazakhstan-Canada-Mongolie.
  • American Nuclear Society (Nuclear Newswire), Uranium prices reflect strong outlook, raise supply questions (juillet 2026)
    https://www.ans.org/news/article-8000/uranium-prices-reflect-strong-outlook-raise-supply-questions/
    Analyse du contexte prix uranium, positionnement Cameco et Kazatomprom sur les 2030, déficit structurel offre/demande, contexte data centers IA.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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