Plus jamais un blackout comme en 2025 ! Ce « phénix » suédo-suisse veut reconquérir le marché stratégique qu’il dominait jadis des onduleurs solaires

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Personne ne le remarque, et pourtant c’est lui qui décide si une centrale solaire alimente le réseau ou le fait s’effondrer : l’onduleur est devenu le maillon le plus stratégique de la transition énergétique.

Le géant industriel suédo-suisse ABB vient de dévoiler une nouvelle gamme d’onduleurs, les Proteus PV, taillés pour les grandes centrales photovoltaïques.

C’est le retour d’un poids lourd occidental sur un marché que la Chine a méthodiquement conquis, à l’heure où ces boîtiers discrets deviennent la clé de voûte de la stabilité de nos réseaux électriques.

Un composant que l’on ne voit jamais, mais dont toute la transition écologique dépend.

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ABB propose une nouvelle gamme d’onduleurs taillés pour les grandes centrales photovoltaïques

Le composant que personne ne regarde

Commençons par le b.a.-ba.

Un panneau solaire produit du courant continu, or le réseau électrique, lui, fonctionne en courant alternatif. Entre les deux, il faut un traducteur : l’onduleur, une armoire technique qui convertit l’un en l’autre. Sans lui, l’électricité solaire ne sert à rien. C’est le cœur battant de toute installation photovoltaïque.

Son rôle a changé de nature au fur et à mesure des années. Tant que le solaire ne représentait qu’une goutte d’eau dans le mix, l’onduleur se contentait de convertir le courant. Aujourd’hui que le photovoltaïque doit fournir, selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de la moitié de la croissance mondiale des capacités électriques renouvelables d’ici 2030, on lui en demande beaucoup plus.

Il doit désormais réguler la tension, gérer la puissance réactive, épauler activement le réseau. L’onduleur passe ainsi du statut de simple traducteur à celui de chef d’orchestre.

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Quand un réseau sans onduleurs intelligents s’écroule

Le 28 avril 2025, l’Espagne et le Portugal l’ont appris à leurs dépens. En quelques secondes, environ 60 % de la production électrique espagnole s’est volatilisée, plongeant une cinquantaine de millions de personnes dans le noir, parfois jusqu’à dix-huit heures lors de ce qu’on a appelé « le black-out ». Le rapport officiel des gestionnaires de réseau européens a pointé le réseau espagnol du doigt, massivement alimenté par le solaire ce jour-là et qui de toute évidence manquait cruellement d’inertie, à savoir la capacité à encaisser les à-coups qu’apportaient jadis les lourdes turbines des centrales classiques.

Attention à ne pas se tromper de coupable : les renouvelables n’ont pas « causé » la panne, mais un réseau saturé d’électronique de puissance sans les bons garde-fous s’est révélé fragile.

Les modèles classiques, dits grid-following, se contentent de se caler sur la fréquence du réseau existant. Les nouveaux, dits grid-forming, savent au contraire imposer eux-mêmes une référence stable et simuler une inertie de synthèse, agissant comme un amortisseur électronique. Un réseau bardé de ces onduleurs-là aurait sans doute mieux résisté.

La Chine a raflé la mise

Reste un problème de taille pour l’Europe : elle a laissé filer ce marché. Il y a une dizaine d’années, l’allemand SMA régnait sur le secteur avec près de 30 % de parts. Aujourd’hui, le classement mondial est dominé par deux mastodontes chinois, Huawei et Sungrow, qui trustent les premières places, entourés d’une nuée d’autres fabricants chinois.

Top 10 des fabricants mondiaux d’onduleurs :

Rang Fabricant Pays Spécialité principale
1 Huawei Chine Leader mondial, grandes centrales et onduleurs de chaîne
2 Sungrow Chine Grandes centrales et stockage par batteries
3 SMA Allemagne Premier européen, pionnier historique du secteur
4 Fronius Autriche Résidentiel et commercial
5 Ginlong (Solis) Chine Onduleurs de chaîne, forte croissance
6 GoodWe Chine Résidentiel et systèmes hybrides
7 TMEIC Japon Onduleurs centraux pour grandes centrales
7 SolarEdge Israël Optimiseurs de puissance et résidentiel
9 Aiswei (Solplanet) Chine Résidentiel et commercial
10 Enphase États-Unis Leader des micro-onduleurs résidentiels

Source : cabinet Wood Mackenzie pour le premier semestre 2025.

Le marché mondial, estimé autour de 25 milliards de dollars (environ 21 milliards d’euros) en 2025 et attendu à près de 55 milliards (environ 47 milliards d’euros) d’ici 2030, échappe donc largement aux Occidentaux.

ABB a signé son retour sur le marché des onduleurs photovoltaïques en rachetant l'espagnol Gamesa Electric en 2025.
ABB a signé son retour sur le marché des onduleurs photovoltaïques en rachetant l’espagnol Gamesa Electric en 2025.

Qui est ABB, ce géant qui revient de loin ?

ABB (ASEA Brown Boveri) est né en 1988 de la fusion du suédois ASEA et du suisse Brown, Boveri & Cie, deux pionniers de l’électricité fondés à la fin du XIXe siècle. Ce mastodonte suédo-suisse, riche de plus de 140 ans d’histoire cumulée, emploie aujourd’hui environ 110 000 personnes dans une centaine de pays et compte parmi les tout premiers noms mondiaux de l’électrification et de l’automatisation.

Son parcours dans l’onduleur solaire résume d’ailleurs à lui seul le décrochage européen. En 2013, ABB rachetait l’américain Power-One pour environ un milliard de dollars (près de 850 millions d’euros) et devenait le numéro un mondial du secteur. Six ans plus tard, laminé par la concurrence asiatique, le groupe payait jusqu’à 470 millions de dollars (environ 400 millions d’euros) pour se débarrasser de cette activité devenue déficitaire, cédée à l’italien FIMER, depuis tombé en faillite.

Autrement dit, ABB a été champion du monde, puis a payé pour quitter le marché. Son retour actuel, via le rachat de l’espagnol Gamesa Electric l’an passé, n’en est que plus parlant.

Un enjeu qui dépasse le business

Cette dépendance avait fini (tardivement) par inquiéter Bruxelles. Dans le cadre de sa doctrine de sécurité économique, l’Union européenne a classé l’onduleur solaire parmi les technologies à haut risque, appelant à se fournir chez des acteurs de confiance. La raison n’est pas seulement économique : ces boîtiers sont connectés en permanence et pilotables à distance par leur fabricant, pour les mises à jour logicielles. Certains y voient en effet une porte dérobée potentielle, la crainte qu’un fournisseur étranger puisse, en théorie, perturber à distance un parc entier d’installations.

La nouvelle gamme d’ABB affiche des arguments solides, un rendement annoncé de 99,45 % et de fortes capacités de support réseau, même si les champions chinois alignent des performances comparables.

L’important est ailleurs : un industriel occidental de premier plan remet un pied dans la course, au moment précis où l’Europe cherche à regagner un peu de maîtrise sur une technologie qu’elle a laissé lui échapper.

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La reconquête sera longue

Il ne faut pas pour autant crier victoire trop vite. Un lancement de produit ne renverse pas dix ans de domination industrielle, et les fabricants chinois conservent une avance colossale en volume, en coûts et en maturité technologique. Reconstituer une filière européenne complète, du composant électronique à l’assemblage, prendra des années et beaucoup d’argent public et privé.

Toutefois la prise de conscience est là. Entre la nécessité de stabiliser des réseaux gorgés de renouvelables et celle de ne pas confier les clés de son électricité à un unique fournisseur étranger, l’onduleur a cessé d’être un simple accessoire.

Il est devenu un objet politique, au carrefour de la transition énergétique et de la souveraineté industrielle. Reste à savoir si l’Europe, qui a inventé une partie de cette technologie avant de la laisser partir, saura cette fois transformer sa prise de conscience en reconquête. La partie ne fait que commencer !

Sources :

  • Wood Mackenzie, Global Solar Inverter Manufacturer Rankings H1 2025 (janvier 2026)
    https://www.woodmac.com/press-releases/solar-inverter-ranking-h1-2025/
    Classement mondial des fabricants d’onduleurs solaires, domination de Huawei et Sungrow, présence des européens SMA et Fronius, top 10 représentant 71 % du marché.
  • ENTSO-E, Iberian Peninsula blackout of 28 April 2025 – Incident report (3 octobre 2025)
    https://www.entsoe.eu/news/2025/10/03/entso-e-publishes-report-on-the-iberian-blackout/
    Analyse officielle du black-out ibérique, rôle de l’inertie réduite et du soutien insuffisant en puissance réactive dans un réseau à forte pénétration d’électronique de puissance.
  • PV Tech Research, PV InverterTech Bankability Ratings (mars 2026)

    Sungrow and Huawei achieve AAA rating in new PV InverterTech bankability report


    Enjeux de cybersécurité et de dépendance, doctrine européenne de sécurité économique classant l’onduleur comme dépendance à haut risque, incitation à diversifier les fournisseurs.

  • ABB (communiqué officiel), ABB tuo markkinoille korkean hyötysuhteen sähkönmuunnosratkaisuja aurinkoenergiaan ja sen varastointiin (26 juin 2026)
    https://new.abb.com/news/fi/detail/136995/abb-tuo-markkinoille-korkean-hyotysuhteen-sahkonmuunnosratkaisuja-aurinkoenergiaan-ja-sen-varastointiin
    Lancement des gammes Proteus PV et stockage (BESS), rendement annoncé jusqu’à 99,45 %, fonctions de formation de réseau et de redémarrage après panne (black start), parc installé de plus de 120 GW dans plus de 70 pays.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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