Le constructeur français Alstom va fournir à la Nouvelle-Zélande 18 trains à batterie pour la région de Wellington, dans le cadre d’un contrat de 538 millions d’euros. Il en teste actuellement l’aménagement, avant une première livraison à la mi-2028.
Le contrat a été signé le 8 septembre 2025. Il porte sur 18 rames bi-mode de cinq voitures Adessia Stream B, rebaptisées localement Tūhono, capables de rouler sous caténaire dans la zone électrifiée de Wellington puis de basculer sur batterie au-delà.
Elles remplaceront à partir de 2029 les trains diesel tractés par locomotive qui desservent aujourd’hui les lignes régionales, et leur maintenance est prévue sur 35 ans. Fabriqués en Inde et dérivés d’un modèle irlandais, ces trains illustrent au passage ce qu’est devenu le ferroviaire moderne : un produit largement mondialisé et assemblé aux quatre coins du monde.
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Le tunnel Remutaka enfin débarrassé de sa fumée grâce à Alstom
Les Tūhono sont des trains à batterie, ou plus exactement des rames bi-mode. Dans Wellington et sa banlieue, là où la voie est équipée de caténaires, elles captent le courant par le toit comme n’importe quel train électrique puis, une fois sorties de la zone électrifiée, elles basculent sur leurs batteries et continuent leur route sans caténaire ni moteur diesel.
Le symbole de ce changement, c’est le tunnel de Remutaka, un boyau de neuf kilomètres sur un axe stratégique du réseau. Aujourd’hui, les trains diesel qui l’empruntent le remplissent de gaz d’échappement. Demain, les Tūhono le traverseront sur batterie, sans rien rejeter. Pour recharger, elles se brancheront lors de leurs arrêts, avec une charge rapide bouclée en moins de vingt minutes à Masterton et à Palmerston North, les deux terminus. Côté gabarit, chaque rame de cinq voitures pourra transporter jusqu’à 475 personnes, dont 220 assises, filer à 120 km/h, et proposer un confort pensé pour les trajets régionaux plutôt que pour le métro : porte-vélos, espaces bagages, distributeur, toilettes accessibles.
Rien à voir avec les vieux trains tractés par locomotive diesel qu’elles remplaceront, promis à la retraite en 2028 et 2029 !
Un train « d’ici et d’ailleurs »
Si le contrat, signé le 8 septembre 2025 pour 1,066 milliard de dollars néo-zélandais (538 millions d’euros) a bien été remporté par le Français Alstom, on peut dire que le produit final a tout d’un « melting-pot » international.
Voici un résumé des différentes nations qui y ont pris part :
| Élément | Origine | Détail |
|---|---|---|
| Constructeur | France | Alstom, groupe basé à Saint-Ouen |
| Usine d’assemblage | Inde | Site Alstom de Savli, dans le Gujarat |
| Modèle de base | Irlande | Dérivé du DART+ d’Irish Rail (plateforme Adessia Stream B) |
| Bureau de design | Australie | Équipe d’Alstom à Brisbane |
| Livrée et motifs | Nouvelle-Zélande | Agence maorie Indigenous Design and Innovation |
| Maintenance | Nouvelle-Zélande | Nouveau dépôt à Masterton, sur 35 ans |
Le Tūhono est un pur produit de la mondialisation industrielle, et c’est la règle plutôt que l’exception dans le ferroviaire d’aujourd’hui. Pour la fierté nationale, on repassera. Pour le portefeuille et l’efficacité, c’est imbattable : chacun apporte ce qu’il fait de mieux, la conception ici, la production là où elle coûte moins cher, l’adaptation culturelle sur place (le nom lui-même, Tūhono, signifie « relier » ou « unir » en maori).
Dessiné avec ceux qui vont le prendre
Autre particularité, moins visible mais tout aussi intéressante : la façon dont l’aménagement est conçu. Plutôt que de dessiner l’intérieur dans un bureau puis de le livrer clés en main, l’équipe d’Alstom fait plancher les futurs usagers.
Conducteurs, associations, voyageurs en fauteuil, personnes malvoyantes ou malentendantes ont été invités à donner leur avis très en amont.
Alstom a ainsi soumis aux participants de simples plans imprimés à taille réelle, sur lesquels ils ont pu réagir selon leur expérience.
Un exemple parlant : pour les passagers autistes, que la lumière crue met mal à l’aise, l’équipe a gardé l’éclairage minimum imposé par la réglementation mais en a réchauffé la teinte. Les conducteurs, eux, ont jugé des maquettes de cabine sommaires, testé l’emplacement des boutons et dit si les commandes tombaient bien sous la main.
Le début de la fin pour le diesel régional
Alstom a écoulé une soixantaine de trains à batterie depuis 2020, en Allemagne, en Irlande, et désormais dans l’hémisphère sud, où Wellington revendique le premier parc du genre.
Les chiffres confirment l’élan. Le marché des batteries de traction ferroviaire, celles-là mêmes qui équipent ces trains, pesait environ 660 millions de dollars (560 millions d’euros) en 2025 et devrait croître de l’ordre de 7 % par an d’ici 2035 selon le cabinet Global Market Insights.
La bataille oppose désormais tous les grands du rail : outre Alstom, l’allemand Siemens, le japonais Hitachi, le suisse Stadler et l’espagnol CAF ont chacun leur train à batterie au catalogue et les objectifs climatiques poussent l’électrification vers des lignes secondaires jugées jusqu’ici trop peu rentables pour qu’on y tende des caténaires.
Électrifier une ligne de bout en bout, planter des poteaux et tendre des caténaires sur des centaines de kilomètres, coûte une fortune et prend des années. Le train à batterie contourne le problème : on n’électrifie que les tronçons les plus fréquentés, souvent déjà équipés, et on laisse la batterie couvrir le reste. Fini le diesel sur les portions non électrifiées, fini le casse-tête des grands travaux caténaires. Le moteur diesel, qui a fait rouler les trains régionaux du monde entier pendant plus d’un siècle, se retrouve peu à peu sans emploi. Il ne disparaîtra pas du jour au lendemain, les batteries ont encore leurs limites d’autonomie et de recharge mais il est clair que sur les rails régionaux, le diesel vient d’entamer sa dernière ligne droite.
Sources principales :
- Alstom — Alstom awarded a €538m contract in Wellington, New Zealand for 18 Adessia Stream B battery trains and 35 years of maintenance (8 septembre 2025)
https://www.alstom.com/press-releases-news/2025/9/alstom-awarded-eu538m-contract-wellington-new-zealand-18-adessia-stream-b-battery-trains-and-35-years-maintenance
Montant du contrat, plateforme Adessia Stream B, traversée du tunnel Remutaka sur batterie et livrée maorie. - Railway Gazette International — Traction: Wellington eyes a battery-electric future (22 août 2026)
https://www.railwaygazette.com/new-zealand/2026/08/22/traction-wellington-eyes-a-battery-electric-future/
Fabrication à l’usine de Savli, filiation avec le DART+ irlandais et caractéristiques des rames. - Greater Wellington Regional Council — Lower North Island Rail Integrated Mobility Programme
https://www.gw.govt.nz/lnirim
Spécifications des rames, calendrier de mise en service et objectifs de fréquence sur les lignes Wairarapa et Manawatū. - Global Market Insights — Railway Traction Battery Market Size, Share & Forecast, 2035 (2026)
https://www.gminsights.com/industry-analysis/railway-traction-battery-market
Taille du marché des batteries de traction ferroviaire (environ 660 millions de dollars en 2025), croissance attendue et principaux fabricants de trains à batterie.



