Le SpaceX de la fusion nucléaire est britannique et il vient de réussir ce que les plus grands réacteurs dans le monde ne savent pas faire : produire du tritium

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Une petite boîte britannique bouscule le petit monde fusion nucléaire en créant pour la première fois du tritium dans un réacteur.

Dans un coin tranquille du Royaume-Uni, une entreprise que personne n’avait vu venir vient de marquer un point dans la course à l’énergie du futur. Elle s’appelle Astral Systems, privée, modeste, et pourtant elle vient de faire ce que même les grands laboratoires internationaux n’avaient jamais encore réussi : produire du tritium, un carburant indispensable à la fusion nucléaire, directement dans son propre réacteur.

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Une entreprise Britannique crée l’exploit en synthétisant pour la première fois du tritium en laboratoire

Le tritium est un isotope de l’hydrogène. Il est rare, instable, et quasiment introuvable à l’état naturel (pas plus de 25 kg sur terre). Pourtant, c’est l’ingrédient clé si on veut un jour produire de l’électricité avec des réacteurs à fusion.

Et si la France abandonnait la course aux semi-conducteurs pour fournir plutôt les 3 gaz indispensables à leur production comme le fait Air Liquide à Singapour ?

Un réacteur / 2 tâches

Le secret d’Astral Systems repose sur une technologie appelée Multi-State Fusion. En clair, leur réacteur est capable de déclencher deux types de réactions de fusion en même temps. Une dans un plasma, comme dans les projets classiques. L’autre vient d’une idée creusée par la NASA il y a quelques années qui s’appelle en anglais lattice confinement fusion (LCF) ce qui signifie fusion par confinement dans un réseau cristallin en français. Il permet de concentrer le combustible de manière extrême, à un point tel que la densité atteinte est 400 millions de fois supérieure à celle d’un plasma.

Un test de 55 heures, une goutte de tritium, et une preuve que ça marche

En mars, l’entreprise a lancé un test. Pendant 55 heures d’affilée, le réacteur a tourné avec du deutérium, un autre isotope de l’hydrogène, et avec une couche de lithium autour du cœur du réacteur, appelée breeder blanket, pour capter les neutrons émis par la réaction, et les transformer en tritium.

De petites quantités ont été détectées, en temps réel, pendant l’expérience. Ce n’est pas encore un volume industriel, mais c’était le résultat attendu par l’expérience : le tritium peut naître dans le réacteur lui-même, sans dépendre d’une source extérieure !

Le carburant le plus rare de la planète, produit à la demande

Aujourd’hui, le tritium est produit en très petites quantités dans le monde, notamment dans les réacteurs canadiens CANDU. On parle de quelques centaines de grammes par an. Pour donner un ordre d’idée, un seul réacteur de recherche comme ITER pourrait en consommer plusieurs kilogrammes sur ce laps de temps. C’est un goulet d’étranglement. Et personne ne sait vraiment comment en produire à grande échelle, encore moins sans générer des déchets complexes à traiter.

Astral Systems propose un raccourci. Un réacteur qui non seulement produit de l’énergie, mais qui génère aussi son propre carburant, au fur et à mesure. Une sorte de moteur à fusion qui s’autoalimente. C’est un peu comme si une voiture fabriquait son essence en roulant !

Des milliards de fusions à la seconde, et des applications en pagaille

L’objectif maintenant, c’est d’augmenter le rendement. La société vise 10 000 milliards de réactions fusionnelles par seconde. C’est une cadence qu’aucun réacteur commercial n’a jamais réussi à atteindre. Et avec un tel débit, il ne s’agit plus seulement d’énergie. On peut imaginer des réacteurs capables de :

  • Produire des isotopes médicaux rares, utilisés en cancérologie
  • Tester la résistance des matériaux aux flux de neutrons extrêmes
  • Transformer certains déchets nucléaires en matériaux moins dangereux
  • Alimenter des propulseurs pour l’exploration spatiale
  • Créer des centrales hybrides entre fusion et fission

Bref, tout un écosystème technologique autour de la fusion, bien au-delà de la simple électricité.

Eramet positionne idéalement la France sur un des métaux les plus stratégiques du monde à 14 300 € / tonne en Indonésie : le nickel

Un projet de “garage” qui rattrape les géants

Pendant ce temps, ITER continue de prendre forme à Cadarache mais son budget explose à cause de retards à répétition. Le projet est colossal, mais encore loin d’être opérationnel. Et surtout, il ne produira pas de tritium avant une bonne dizaine d’années.

Astral Systems, avec ses moyens réduits, avance plus vite. Ce n’est pas qu’une affaire de vitesse ou de budget. C’est une façon différente de penser la fusion. Plus simple, plus directe, plus agile.

Ce qui était hier un pari commence à ressembler à une alternative crédible. Un peu comme ce qu’a fait SpaceX dans le spatial : prendre un vieux rêve industriel et en faire un objet pratique.

Astral Systems vient peut-être de nous rappeler que la prochaine révolution énergétique pourrait naître là où on l’attend le moins. Avec une idée un peu folle, du lithium, et une équipe qui n’a pas froid aux yeux.

Source : https://www.niauk.org/astral-becomes-first-commercial-fusion-company-to-breed-tritium-using-their-breakthrough-reactors

Image : Astral System

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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