Cette découverte à 4000 mètres de profondeur lors d’un test minier risque de mettre l’humanité face à un nouveau dilemme cornélien

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Que choisir entre une source indispensable de métaux critiques pour accompagner la transition énergétique et le respect d’un environnement vivant et encore ensouillé par l’Homme ?

C’est une histoire qui commence avec un engin métallique, envoyé gratter le fond du Pacifique à près de 4 000 mètres. Initialement, il ne s’agissait que d’un « banal » test sur les impacts d’une possible exploitation minière sous-marine.

Quelle ne fut pas la surprise pour les scientifiques d’y découvrir une explosion de biodiversité insoupçonnée, avec près de 800 espèces recensées, dont une majorité encore inconnues de la science !

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Quand on imagine les grands fonds, on pense souvent à un désert noir, glacé, silencieux. Pas vraiment à une foire aux invertébrés. Pourtant, dans la zone Clarion-Clipperton, entre le Mexique et Hawaï, une équipe internationale de chercheurs a mis en évidence une diversité biologique étonnante, même dans des zones où les nutriments sont rares et où le soleil n’a jamais pénétré.

À titre de comparaison : un prélèvement de sédiments dans la mer du Nord peut contenir 20 000 animaux. Au fond du Pacifique ? À peine 200 individus, mais avec une diversité d’espèces similaire. Une forme de parc naturel discret, certes peu peuplé, mais d’une richesse génétique remarquable.

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Une exploration née d’un test minier

Le cadre initial de la mission était donc une étude d’impact grandeur nature, sous l’égide de l’Autorité internationale des fonds marins (ISA). L’enjeu était d’évaluer ce que provoque réellement un passage d’engin de collecte de métaux sur le plancher océanique, là où les nodules polymétalliques, ces cailloux riches en métaux rares, s’accumulent depuis des millions d’années.

Le résultat est que dans les sillons laissés par l’outil, la densité animale a chuté de 37 %, et la diversité d’espèces a diminué de 32 %. Ce n’est pas l’apocalypse écologique redoutée, mais les conséquences sont largement mesurables.

Une biodiversité longtemps ignorée

En cinq ans, les scientifiques ont prélevé 4 350 organismes de plus de 0,3 mm sur le fond marin. Résultat de l’analyse : 788 espèces distinctes, pour la plupart des vers polychètes, des crustacés et des mollusques (escargots, bivalves…).

Ce qui frappe, c’est que la majorité de ces espèces sont totalement nouvelles pour la science. Impossible de s’y retrouver sans génétique : l’équipe a donc eu recours à des analyses d’ADN moléculaire, pour comprendre les relations entre les espèces et leur rôle dans cet écosystème si particulier.

Les chercheurs ont identifié un nouveau corail solitaire fixé sur des nodules polymétalliques. Il a été nommé Deltocyathus zoemetallicus.Photo : Natural History Museum, Londres & Université de Göteborg
Les chercheurs ont identifié un nouveau corail solitaire fixé sur des nodules polymétalliques. Il a été nommé Deltocyathus zoemetallicus.
Photo : Natural History Museum, Londres & Université de Göteborg

Des métaux critiques, des décisions urgentes

Si l’on descend aussi profondément, ce n’est pas pour le plaisir de la plongée. C’est pour aller chercher des métaux essentiels à la transition énergétique : cobalt, nickel, manganèse… Tous contenus dans les nodules présents sur le plancher océanique.

Pour Thomas Dahlgren, biologiste marin à l’université de Göteborg, la pression pour extraire ces métaux va croître avec la transition verte. Le problème est qu’on connaît encore très mal les effets de cette exploitation sur les écosystèmes profonds.

Le paradoxe est frappant : on veut sauver le climat grâce aux technologies bas-carbone, mais en allant puiser dans des écosystèmes que l’on ne comprend pas encore.

Une partie de l’océan sous protection… pour combien de temps ?

Environ 30 % de la zone Clarion-Clipperton est protégée de l’exploitation minière. Là encore, les espèces qui y vivent sont peu connues, et leur rôle dans l’équilibre global est mal documenté. Les scientifiques insistent donc sur un point : il faut étudier ces zones intactes pour pouvoir prédire ce qui pourrait se perdre si l’exploitation se généralise.

C’est une course contre l’ignorance. Car sans point de comparaison, impossible de dire si les impacts sont tolérables, temporaires… ou irréversibles.

Une ruée vers les métaux critiques et un gouffre d’investissement à combler

Le moteur de la transition énergétique tourne à plein régime, mais ce moteur a besoin de métaux rares pour continuer de fonctionner : lithium, cobalt, nickel, cuivre, tous indispensables pour construire batteries, panneaux solaires ou éoliennes. La demande explose à un rythme effréné.

D’après les projections de l’ONU et de l’Agence internationale de l’énergie, la demande de lithium pourrait être multipliée par 15 d’ici 2050, avec des hausses similaires pour le cobalt, le nickel ou le cuivre. Le problème reste que la production actuelle est loin de suivre, et le manque d’investissements met en péril l’objectif climatique de 1,5 °C.

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2030, il faudrait ouvrir au moins 80 nouvelles mines de cuivre, 70 de lithium, 70 de nickel et 30 de cobalt. Or le déficit de financement est estimé entre 180 et 270 milliards d’euros d’ici 2030, avec un risque majeur de tensions géopolitiques et d’envolée des prix si rien n’est fait.

Ce qui pousse à l’exploration sous-marine et à la question que nous abordons dans cet article : la transition écologique sous pression se fera-t-elle au détriment de nos fonds martins ?

Infographie sur la hausse de la demande en matériaux critiques. Source : « Boom des minéraux critiques : la transition énergétique mondiale est porteuse d'opportunités et de risques pour les pays en développement » - ONU, commerce et développement, 26 avril 2024.
Infographie sur la hausse de la demande en matériaux critiques. Source : « Boom des minéraux critiques : la transition énergétique mondiale est porteuse d’opportunités et de risques pour les pays en développement » – ONU, commerce et développement, 26 avril 2024.

Ce que la pelleteuse a réveillé

On finira tout de même sur une note positive puisque ce test contrôlé a aussi permis une avancée scientifique majeure : celle d’avoir, pour la première fois à cette échelle, une cartographie fine de la vie à 4 000 mètres de fond.

Là où il y avait écrit « terra incognita » auparavant commence à se dessiner les contours d’un monde complexe et foisonnant de vie.

Il vaut mieux savoir ce que l’on pourrait détruire que de le découvrir dans plusieurs décennies !

Source :

Impacts of an industrial deep-sea mining trial on macrofaunal biodiversity (en français : « Impacts d’un essai industriel d’exploitation minière en haute mer sur la biodiversité macrofaunistique »)

Stewart, E.C.D., Wiklund, H., Neal, L. et al.

Nat Ecol Evol (2025).

https://doi.org/10.1038/s41559-025-02911-4

Image de mise en avant : Les nodules sont densément regroupés sur le fond marin dans la zone étudiée. Voici un robot sous-marin en train de prélever un échantillon d’un animal éponge des grands fonds accompagné d’une étoile de mer.
Photo : ROV Odysseus, Pelagic Research Services

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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