Le 24 juillet 2026, dans le ciel de Nouvelle-Aquitaine, un drôle d’engin baptisé Heliblade a décollé pour la première fois.
Deux ailes qui tournent, dix-huit mètres d’envergure, moins de quatre kilos sur la balance, et une ambition démesurée : atteindre la stratosphère et y rester des mois, comme un satellite qui volerait très bas.
L’entreprise qui signe cet exploit s’appelle x721, et son PDG Pierre-Eric Lys ne cache pas sa fierté. « Aujourd’hui, les forces centrifuges ont gagné une petite bataille contre la gravité, et je dois dire que nous en sommes plutôt satisfaits », a-t-il déclaré au lendemain du vol.
Une phrase qui résume à elle seule le pari fou de cette machine : utiliser la rotation pour tenir en l’air, là où tous les autres utilisent des ailes fixes ou du gaz plus léger que l’air !
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x721 fait voler pour la première fois son drone Heliblade qui utilise la force centrifuge pour atteindre la stratosphère
Un avion classique tient en l’air grâce à ses ailes fixes qui fendent l’air. Un hélicoptère, grâce à son rotor qui brasse l’air au-dessus de lui. L’Heliblade, lui, ne ressemble à aucun des deux. Imaginez deux longues ailes très fines, reliées entre elles, qui se mettent à tourner sur elles-mêmes comme les pales d’un ventilateur posé à plat. En tournant, ces ailes génèrent de la portance et font monter l’engin, exactement comme la graine d’érable qui ralentit sa chute en tournoyant, mais dans l’autre sens.
Le génie de l’affaire, c’est la force centrifuge. Quand les ailes tournent vite, cette force les tire vers l’extérieur et les maintient rigides et tendues, un peu comme un patineur qui écarte les bras en pirouette. Résultat, plus besoin de structure lourde pour rigidifier l’appareil : c’est la rotation elle-même qui assure la solidité de l’ensemble. Les moteurs sont installés au bout des ailes, alimentés par des panneaux solaires ou des batteries, et il n’y a quasiment aucune pièce mobile ailleurs. « Il n’y a pas de volets, d’ailerons, de gouverne verticale. Le moindre gramme gagné, c’est de la performance supplémentaire », résume Pierre-Eric Lys.
Reste un problème de taille : un engin pareil est un cauchemar à piloter. Les équations classiques de l’aéronautique, celles qui décrivent le vol d’un avion normal, ne fonctionnent tout simplement pas pour une machine qui tourne sur elle-même en permanence. L’entreprise a essayé de programmer le pilotage automatique à la main, sans succès, avant de se tourner vers l’intelligence artificielle. Sans les progrès récents de l’IA, l’Heliblade n’aurait jamais quitté le sol. C’est un logiciel entraîné par apprentissage automatique qui gère en temps réel l’équilibre de cette toupie volante.
Un premier vol modeste mais décisif
Le vol du 24 juillet 2026 n’a pas encore le statut d’exploit stratosphérique. L’engin s’est élevé à 15 mètres, puis à 35 mètres d’altitude, le temps d’une dizaine de minutes, pour valider les principes fondamentaux : le concept tient-il en l’air ? Est-il stable ? Peut-on le manœuvrer ? La réponse est oui sur les trois points, et c’est déjà énorme pour un appareil dont personne n’était certain qu’il volerait un jour.
Le démonstrateur utilisé porte le nom de « Modèle 11 », un clin d’œil au Blériot XI, le monoplan avec lequel Louis Blériot traversa la Manche en 1909. Une manière de rappeler qu’on est peut-être, avec l’Heliblade, aux tout premiers balbutiements d’une nouvelle façon de voler. Le vol a été mené avec le concours de l’Armée de l’Air et de l’Espace et de la Direction générale de l’armement, ce qui prouve l’intérêt que les militaires portent à cette technologie. Pierre-Eric Lys, lui, garde la tête froide : « Un premier vol réussi n’est qu’une étape. Il faudra encore beaucoup d’essais et d’améliorations avant de disposer d’un système pleinement opérationnel. Mais aujourd’hui, nous avons franchi une barrière technologique majeure. »
Un satellite qui vole bas, et qu’on peut réparer
Pourquoi tant d’efforts pour faire tourner deux ailes à vingt kilomètres du sol ? Parce que la stratosphère est devenue un enjeu stratégique majeur. C’est cette couche d’atmosphère située entre 20 et 50 kilomètres d’altitude, au-dessus des nuages, des avions de ligne et des tempêtes, mais bien en dessous des satellites qui orbitent à 400 kilomètres ou plus. Un engin capable d’y stationner devient ce que les spécialistes appellent un pseudo-satellite : il fait le travail d’un satellite d’observation ou de télécommunication, mais depuis une altitude vingt fois plus basse.
Les avantages sont énormes. Comme il vole beaucoup plus près du sol, il voit mieux, avec des images plus nettes et des communications quasi instantanées. Surtout, contrairement à un satellite qu’on lance par fusée pour plusieurs centaines de millions d’euros et qu’on abandonne à sa mort en orbite, un pseudo-satellite se récupère, se répare et se relance, ce qui signifie aucun débris spatial, un coût bien moindre, et la possibilité de le rapatrier pour changer sa charge utile.

Les applications se bousculent. Côté militaire, la surveillance et le renseignement, d’où la présence de l’Armée de l’Air et de la DGA au premier vol. Côté civil, la gestion des crises comme les feux de forêt, les relais de télécommunications pour couvrir une zone isolée, l’observation de la Terre ou la météorologie.
Un Heliblade stratosphérique pourrait emporter entre 5 et 10 kilos d’instruments et stationner des mois au-dessus d’une région donnée.
Fiche technique du Heliblade « Modèle 11 » :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Nom | Heliblade « Modèle 11 » (hommage au Blériot XI de 1909) |
| Concepteur | x721 (fondée en 2014 par Pierre-Eric Lys) |
| Catégorie | Drone expérimental HALE et HAPS (pseudo-satellite) |
| Architecture | 2 ailes rotatives ultralégères, stabilisées par la force centrifuge |
| Envergure | 18 mètres |
| Masse | Moins de 4 kilos |
| Motorisation | Moteurs en bout d’ailes, solaire ou batteries |
| Pilotage | Logiciel fondé sur l’intelligence artificielle |
| Premier vol (M001) | 24 juillet 2026, Nouvelle-Aquitaine, paliers à 15 et 35 m |
| Altitude visée | Stratosphère (environ 20 km) d’ici 2028 |
| Endurance visée | Plusieurs mois de vol continu |
| Commercialisation | Horizon 2030 |
Sources :
x721, X721 annonce la réussite de sa mission inaugurale M001 (27 juillet 2026)
https://www.x721-stratos.com/fr/_files/ugd/0d53d5_1654b2b8206246a9b590c9a1bedfa73b.pdf
Communiqué officiel du premier vol de l’Heliblade (24 juillet 2026, paliers à 15 et 35 mètres), caractéristiques du démonstrateur Modèle 11 et déclaration de Pierre-Eric Lys, CEO et Chief Engineer.
Ministère des Armées / Armée de l’Air et de l’Espace, Très haute altitude : l’armée de l’Air et de l’Espace expérimente le démonstrateur Heliblade (juillet 2026)
https://www.defense.gouv.fr/air/actualites/tres-haute-altitude-larmee-lair-lespace-experimente-demonstrateur-heliblade
Point de vue officiel de l’armée de l’Air et de l’Espace sur l’expérimentation du démonstrateur Heliblade et son intérêt pour les missions militaires de très haute altitude.




