Nucléaire français : la start-up Blue Origin confirme la spécialisation de l’Hexagone dans le domaine des petits réacteurs modulaires destinés à produire de la chaleur

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Un réacteur compact pour décarboner l’industrie.

Dans le domaine du nucléaire, on le sait tout prend du temps.

Avant de lancer sa bouteille de champagne sur sa centrale flambant neuve, il faut tester chaque élément technique dans des installations intermédiaires avant d’espérer pouvoir le soumettre à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. Des premières ébauches de réacteur sur le papier à la mise en route de ce dernier, il peut facilement s’écouler 10 ans (voire plus).

Cela ne freine pas les ardeurs de nos ingénieurs tricolores qui semblent pris d’une frénésie créatrice dans le domaine depuis quelques années avec notamment des acteurs comme newcleo, Stellaria ou Jimmy.

Blue Capsule Technology pourrait bientôt rejoindre le mouvement. Cette jeune entreprise française issue du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives a démarré la construction d’ELISE, une boucle expérimentale au sodium destinée à reproduire les conditions de fonctionnement de son futur réacteur modulaire. L’installation est en cours de construction à Peyrolles-en-Provence, en collaboration avec CSTI Groupe.

Cette plateforme expérimentale constitue la première étape concrète du programme technologique de Blue Capsule.

Lire aussi :

La start-up française Blue Capsule Technology, lance une installation clé pour son réacteur nucléaire industriel au sodium

Pourquoi l’industrie a besoin de chaleur nucléaire ?

Une grande partie de l’énergie consommée par l’industrie ne sert pas à produire de l’électricité, mais de la chaleur.

Certaines installations doivent atteindre plus de 400 °C, parfois bien davantage. Cette chaleur représente à elle seule environ 10 % des émissions mondiales de CO₂, car elle est encore produite majoritairement avec du gaz ou du charbon.

Dans ce contexte, un réacteur nucléaire capable de fournir directement de la chaleur industrielle deviendrait un outil de décarbonation très puissant.

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Un réacteur à haute température inspiré d’une longue tradition européenne

Le concept de Blue Capsule s’appuie sur la technologie des réacteurs à haute température, ou HTR.

Ces réacteurs fonctionnent généralement au-delà de 800 °C, bien au-dessus des centrales nucléaires classiques.

L’idée n’est pas nouvelle. Elle remonte à la fin des années 1950, lorsque des scientifiques allemands ont commencé à développer ce type de réacteur à Jülich. Dans les années 1960, le projet Dragon au Royaume-Uni puis le réacteur AVR en Allemagne ont démontré que ces machines pouvaient fournir de la chaleur industrielle pour la chimie ou la sidérurgie.

Cette tradition technologique européenne constitue aujourd’hui la base du concept développé par Blue Capsule.

Le concept de Blue Capsule s’appuie sur la technologie des réacteurs à haute température, ou HTR.
Le concept de Blue Capsule s’appuie sur la technologie des réacteurs à haute température, ou HTR.

Comment fonctionne concrètement le réacteur Blue Capsule

Le principe du réacteur est relativement simple à comprendre.

Au centre, un cœur nucléaire produit de la chaleur grâce à la fission de l’uranium. Cette chaleur est transportée par du sodium liquide, qui circule naturellement dans le réacteur.

Contrairement à l’eau utilisée dans les centrales classiques, le sodium possède deux avantages :

  • il transporte très efficacement la chaleur
  • il fonctionne à pression atmosphérique, ce qui réduit fortement les contraintes mécaniques

La chaleur extraite du cœur peut ensuite être utilisée de plusieurs façons :

  • produire 150 MW de chaleur industrielle
  • générer de la vapeur jusqu’à 650 °C
  • produire environ 50 MW d’électricité

Le tout dans un réacteur compact installé sous terre, directement sur le site industriel.

Le combustible TRISO, presque impossible à faire fondre

Le cœur du réacteur utilise un combustible appelé TRISO, considéré comme l’un des plus sûrs jamais conçus.

Chaque grain de combustible est une microsphère d’uranium entourée de plusieurs couches céramiques extrêmement résistantes. Ces couches agissent comme une mini-barrière de confinement.

Le résultat est impressionnant :

  • fonctionnement normal entre 800 et 1 000 °C
  • stabilité jusqu’à environ 1 800 °C

Autrement dit, même dans des conditions extrêmes, les produits radioactifs restent enfermés dans les particules de combustible.

Cette caractéristique rend pratiquement impossible une fusion du cœur au sens classique.

Fonctionnement du réacteur nucléaire HTR de Blue CapsuleUne circulation naturelle du sodium

Autre particularité du concept : la circulation du sodium ne nécessite pas forcément de pompes.

La chaleur produite dans le cœur rend le sodium plus léger. Celui-ci monte naturellement, se refroidit dans les échangeurs thermiques, puis redescend. Ce phénomène de circulation naturelle simplifie énormément l’architecture du réacteur.

L’autre avantage de ce système , c’est qu’il ne nécessite pas d’eau pour son refroidissement, ce qui rend le concept particulièrement intéressant dans les régions soumises au stress hydrique.

Une unité Blue Capsule pourrait ainsi alimenter un complexe industriel isolé, voire une petite communauté énergétique, même dans des environnements arides.

Une équation économique qui dépend du carbone

« Et encore une dernière chose » comme dirait Colombo, Blue Capsule vise un coût d’environ 50 € par mégawattheure de chaleur industrielle.

Pour comprendre pourquoi ce coût est intéressant, allons regarder de plus près le contexte européen.

Avec le système d’échange de quotas d’émissions, le carbone renchérit progressivement les combustibles fossiles. Selon les estimations basées sur le World Energy Outlook 2024, le coût carbone pourrait ajouter :

  • 52 à 78 €/MWh au charbon
  • 31 à 47 €/MWh au gaz

Dans ce contexte, une source de chaleur nucléaire stable et sans émissions comme le projet de Blue Capsule deviendrait économiquement compétitif.

Pourquoi tester une boucle au sodium avec ELISE ?

Le sodium liquide est un excellent fluide caloporteur. Il transporte très efficacement la chaleur et fonctionne à basse pression. En revanche, il impose une maîtrise parfaite des phénomènes thermohydrauliques.

C’est précisément l’objectif de l’installation ELISE.

La structure atteindra neuf mètres de hauteur et permettra de tester :

  • la circulation naturelle du sodium
  • les transferts thermiques à haute température
  • les comportements hydrodynamiques du fluide

Les essais pourront atteindre 750 degrés Celsius, soit des conditions proches de celles du futur réacteur.

Ces données sont essentielles pour valider les modèles de simulation et sécuriser la conception finale.

Un calendrier de développement accéléré

Blue Capsule prévoit une montée en puissance progressive de son programme technologique.

Les grandes étapes annoncées sont les suivantes :

  • 2026 : démarrage des essais de la boucle sodium ELISE
  • 2027-2028 : construction d’un prototype non nucléaire
  • 2029-2030 : construction du premier réacteur
  • début des années 2030 : déploiement commercial

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Un écosystème industriel français autour du projet

Pour mener à bien son développement, Blue Capsule s’appuie déjà sur plusieurs partenaires industriels et technologiques.

Parmi eux :

  • Egis
  • Robatel Industries
  • Mersen
  • Laborelec

L’entreprise est également engagée dans un dialogue technique avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection française et pourrait ainsi bientôt rejoindre la cohorte d’entreprises françaises (et finlandaise) qui veulent se lancer sur ce marché des SMRs destinés à la production de chaleur comme Jimmy ou Stellaria.

Source : Données publiques de Blue Capsule Technology

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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