Comment la France a gagné presque 13 milliards d’euros avec de l’or sans en produire un gramme.
Entre juillet 2025 et janvier 2026, la Banque de France s’est « débarrassée » des 129 tonnes d’or stockées aux États-Unis pour racheter le même stock en Europe.
L’idée n’était initialement pas de s’éloigner d’un allié douteux (on dira que c’est un effet de bord intéressant) mais plutôt de moderniser le stock de l’Hexagone en « troquant » ce stock de lingots obsolètes par des lingots conformes aux standards internationaux.
Le plus amusant c’est que l’opération a permis à notre pays de générer 12,8 milliards d’euros de plus-value ! Comment est-ce possible ?
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La Banque de France a rapatrié ses 129 tonnes d’or des Etats-Unis
Mais alors comment est-ce possible de gagner des milliards en changeant juste son stock d’or ?
Derrière les 12,8 milliards d’euros de gains annoncés par la Banque de France, il faut comprendre un mécanisme comptable assez subtil. La banque n’a pas « réellement » augmenté la quantité d’or détenue, elle en possède toujours environ 2 437 tonnes.
C’est une plus-value comptable réalisée grâce à l’ancienneté des lingots : l’or français à New York datait des années 1960-1970, comptabilisé au prix historique bas (35 $/once sous Bretton Woods). Vendu au pic 2025-2026 (~2 800 $/once), puis racheté neufs au coût actuel élevé mais avec “coût d’acquisition” figé bas pour les neufs.
Résultat : gain en bilan de 12,8 Md€ (différence valeur marchande vs coût historique), sans perte réelle puisque l’or continue de monter et le volume est identique.
Selon le gouverneur François Villeroy de Galhau, cette décision est avant tout économique et opérationnelle, et non politique, l’objectif étant de disposer d’un or plus liquide, standardisé et directement mobilisable sur les marchés européens.
La fin d’un symbole : l’or français quitte définitivement les États-Unis
Avec cette opération, la France tourne une page historique. Il s’agissait des dernières réserves d’or françaises encore stockées à la Réserve fédérale des États-Unis à New York.
Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie de long terme :
- Dès les années 1960, une grande partie de l’or avait déjà été rapatriée
- Depuis 2005, la modernisation des lingots est en cours
- En 2026, 100 % de l’or français est désormais stocké à Paris
Ce recentrage renforce la souveraineté financière du pays puisqu’en cas de crise, l’accès à ces réserves stratégiques ne souffrira plus d’aucune barrière.
La France, une puissance mondiale de l’or
La France conserve une position très solide sur l’échiquier mondial de l’or.
Top 10 Réserves d’Or :
| Rang | Pays | Réserves (tonnes) |
| 1 | États-Unis | 8 133 |
| 2 | Allemagne | 3 353 |
| 3 | Italie | 2 452 |
| 4 | France | 2 437 |
| 5 | Russie | 2 333 |
| 6 | Chine | 2 262 |
| 7 | Suisse | 1 040 |
| 8 | Japon | 846 |
| 9 | Inde | 880 |
| 10 | Pays-Bas | 612 |
Une partie du stock reste encore à moderniser puisque il reste 134 tonnes de lingots anciens et pièces dont la mise aux normes est prévue d’ici 2028
Cela montre que la stratégie française ne consiste pas à accumuler, comme la Pologne, mais à optimiser et sécuriser un stock déjà massif.
Une décision qui s’inscrit dans un climat géopolitique plus tendu
Même si la Banque de France insiste sur l’absence de motivation politique, le contexte international donne forcément une vision politique de cette décision et qui pourrait d’ailleurs faire école puisque en Allemagne, certains économistes appellent désormais à rapatrier l’or détenu aux États-Unis. La Bundesbank conserve en effet encore environ 1 236 tonnes aux États-Unis, soit 37 % de ses réserves.
Ces inquiétudes reposent sur une crainte : la dépendance à des partenaires jugés de plus en plus imprévisibles, notamment sous l’influence de figures politiques comme Donald Trump.
Dans ce contexte, la stratégie française apparaît presque comme un modèle de souveraineté anticipée.
Une stratégie déjà éprouvée dans l’histoire française
La France avait déjà, par le passé, anticipé un basculement monétaire majeur… et pris de vitesse le reste du monde.
Dans les années 1960, l’économiste Jacques Rueff alerte le général Charles de Gaulle sur les failles du système de Bretton Woods (système monétaire, mis en place en 1944 qui indexer toutes monnaies sur le dollar, lui-même convertible en or à un prix fixe de 35 dollars l’once). Un mécanisme qui donnait aux États-Unis un avantage considérable, celui de pouvoir financer leurs déficits en émettant leur propre monnaie.
Rueff comprend très tôt que cet équilibre ne tiendra pas. Les États-Unis accumulent des déficits, diffusent massivement des dollars dans le monde, tandis que leurs réserves d’or diminuent. À terme, prévient-il, tous les dollars ne pourront pas être convertis en or.
De Gaulle agit alors sans attendre.
Entre 1963 et 1966, la France lance une opération discrète de grande ampleur : convertir ses dollars en or et rapatrier plus de 3 300 tonnes depuis les coffres de la Réserve fédérale des États-Unis et de la Bank of England vers Paris. Une manœuvre logistique massive, menée dans une relative discrétion, avec des dizaines de traversées maritimes et de vols.
Quelques années plus tard, en 1971, lorsque Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or, le système s’effondre. Le prix du métal explose, révélant l’ampleur de la dépréciation du dollar mais la France, elle, avait anticipé.
Un demi-siècle plus tard, en modernisant ses lingots et en rapatriant l’intégralité de son or sur son territoire, Paris applique une logique finalement très proche : sécuriser, standardiser et reprendre le contrôle total de ses réserves dans un monde monétaire incertain.
Quelques rapatriement de stocks d’or importants des Etats-Unis vers leur pays pays propriétaire ces dernières années :
| Pays | Quantité (tonnes) | Période | Valeur estimée (Md€ à 80k€/tonne) | Destination | Motif |
| Allemagne | 300 | 2013-2016 | 24.0 | Francfort | Vérification/souveraineté |
| Pays-Bas | 122 | 2014 | 9.76 | Amsterdam | Audits/sécurité |
| Autriche | 90 | 2015 | 7.2 | Vienne | Stockage domestique |
| France | 129 | 2025-2026 | 10.32 | Paris (via vente) | Modernisation/profit |
| Nigeria | Total ~20 | 2024 | 1.6 | Lagos | Indépendance économique |
| Inde | ~100 | 2024 | 8.0 | Inde (du UK) | Diversification |
Sources :
- Banque de France, Rapport annuel 2025 (2025),
https://www.banque-france.fr/fr/rapport-annuel-2025/
rapport institutionnel présentant les activités de la Banque de France, ses résultats financiers, ainsi que son rôle dans la stabilité monétaire et financière. - RFI, French central bank nets €13bn from US gold sale, consolidates reserves in Paris (4 avril 2026),
https://www.rfi.fr/en/france/20260404-french-central-bank-nets-%E2%82%AC13bn-from-us-gold-sale-consolidates-reserves-in-paris
article relatant une opération financière de la Banque de France liée à la vente d’or aux États-Unis. - The Gold Observer, How France secretly repatriated all its gold (date non précisée),
https://www.thegoldobserver.com/p/how-france-secretly-repatriated-all
article d’analyse revenant sur les opérations de rapatriement des réserves d’or françaises, détaillant les choix stratégiques de la Banque de France et les implications géopolitiques associées.




