Ce village français de 600 habitants va bientôt recevoir l’équivalent d’un réacteur nucléaire EPR en électricité pour alimenter le plus grande datacenter d’Europe

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Avec le campus IA de Fouju, Eiffage met les mains dans le cÅ“ur électrique de l’intelligence artificielle française.

Il y a, planté dans la campagne de Seine-et-Marne, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Paris, un petit village d’un peu plus de 600 habitants nommé Fouju. Vous n’en aviez probablement jamais entendu parler et cela va changer !

Parce que sur ses terres va sortir ce qui ambitionne d’être ni plus ni moins que le plus grand campus d’intelligence artificielle d’Europe à sa mise en service prévue en 2028. Le site rassemblera 10 à 12 datacenters totalisant 1,4 gigawatt de puissance électrique (l’équivalent d’un réacteur nucléaire EPR). À titre de comparaison, le plus gros site européen actuellement en opération plafonne autour de quelques centaines de mégawatts.

Campus AI, la joint-venture qui pilote le projet, a confié à Eiffage le contrat clé du chantier. Plus de 120 millions d’euros pour construire la sous-station électrique haute tension et toutes les infrastructures communes du site.

L’occasion pour nous de vous présenter le projet dans ses grandes lignes.

Lire aussi :

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Quand on parle de 1,4 GW, on parle de quoi exactement ?

La sous-station qu’Eiffage va construire est un poste électrique 400/33 kilovolts, capable de délivrer 1,4 gigawatt de puissance à terme.

Pour les néophytes, on va commencer par expliquer que la puissance, ce n’est pas la consommation.

La puissance est le débit maximum, mesuré en watts (W), kilowatts (kW), mégawatts (MW) ou gigawatts (GW). La consommation, c’est la quantité d’énergie utilisée sur une période donnée, mesurée en wattheures (Wh), kilowattheures (kWh) ou térawattheures (TWh). Si vous préférez, c’est la différence entre la taille du robinet et le volume d’eau qui en sort en un an.

Avec ses 1,4 GW (donc 1 400 MW), le campus de Fouju demandera l’équivalent d’un gros réacteur nucléaire en sortie permanente. Pour vous donner une idée, une ville moyenne française, comme Reims ou Le Havre, appelle au plus 300 mégawatts en pointe d’hiver. Fouju, à pleine charge, en demandera près de cinq fois plus !

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Si le campus tournait 24 heures sur 24 à pleine puissance, il consommerait environ 12 térawattheures par an, soit 2,5 % de la consommation française annuelle. Pour comparaison, l’ensemble des data centers français pèse aujourd’hui environ 10 TWh par an. Fouju pourrait donc, théoriquement, à lui seul, dépasser ce qu’engloutissent tous les data centers français réunis aujourd’hui.

Nous allons anticiper les commentaires haineux qui vont faire irruption à la suite de cet article en précisant qu’en pratique, les data centers ne fonctionnent jamais à pleine puissance permanente. RTE rappelle d’ailleurs que les sites déjà raccordés n’utilisent en moyenne que 20 % de leur puissance contractuelle.

Cependant, même à un niveau moyen, il y aura de quoi peser lourd dans le bilan électrique national, d’où ce besoin d’une sous-station 400/33 kV.

La très haute tension (les 400 kV) transporte l’électricité sur de longues distances sans trop de pertes en ligne. Le rôle de la sous-station est d’abaisser cette tension à un niveau utilisable par les serveurs et leurs systèmes de refroidissement (les 33 kV). Une véritable usine électrique en miniature, posée à côté du campus que vont devoir construire les équipes d’Eiffage Énergie Systèmes.

L’IA, ce monstre énergétique

Pourquoi l’intelligence artificielle est-elle devenue si vorace ? Question légitime. Entraîner un grand modèle de langage, c’est faire tourner pendant des semaines, voire des mois, des dizaines de milliers de processeurs graphiques (les fameux GPU de Nvidia) dans des fermes climatisées. Chaque GPU haut de gamme consomme entre 700 et 1 000 watts. Multipliez par 100 000 et vous obtenez 100 mégawatts juste pour le calcul. Ajoutez le refroidissement, l’éclairage, les onduleurs, et la facture double.

Selon Cushman & Wakefield, en mai 2026, les usages IA ne représentaient que 2 % de la demande en data centers en 2021. Ils pourraient atteindre 48 % dès 2026 et près de 90 % à l’horizon 2030. L’Agence internationale de l’énergie estime que l’IA pèsera à elle seule 40 % de l’appétit énergétique mondial des data centers avant la fin de la décennie. L’effet est d’ailleurs déjà tangible côté français où la consommation électrique des data centers français a bondi de 38 % en trois ans.

Dans son bilan prévisionnel 2025, RTE estime que la consommation en France des data centers pourrait être multipliée par 4 à 8 d’ici 2035 par rapport à 2024. Les projets de raccordement déjà engagés représentent 4,3 GW pour les seuls data centers. Le campus de Fouju en représente donc, à lui seul, près d’un tiers.

Le quatuor improbable derrière Campus AI

Campus AI est une coentreprise étonnante par sa composition.

Quatre actionnaires : MGX (fonds d’investissement émirati spécialisé dans l’IA), Bpifrance (banque publique d’investissement française), Mistral AI (le champion européen de l’IA générative) et NVIDIA (le leader mondial des puces pour l’IA). Un cocktail public-privé, franco-émirati-américain, qui résonne comme la nouvelle géographie économique de l’intelligence artificielle.

L’origine du projet remonte au sommet pour l’action sur l’IA tenu à Paris en février 2025, où Emmanuel Macron avait annoncé un investissement de 30 à 50 milliards d’euros venu des Émirats. Trois mois plus tard, au sommet Choose France, le projet s’est précisé autour d’un site en Seine-et-Marne, à Fouju, d’une puissance visée de 1,4 gigawatt. La première tranche de financement s’élève à 8,5 milliards d’euros, pour des travaux qui débutent en 2026 et une mise en service espérée en 2028. À titre de comparaison, cela représente déjà davantage que l’ensemble des data centers d’ÃŽle-de-France réunis.

Ce n’est d’ailleurs qu’un début. Lundi 1er juin, Bpifrance, Mistral et MGX ont annoncé étendre Campus AI à l’échelle nationale pour bâtir un réseau de 3 GW d’usines d’IA, soit le double de l’ambition initiale.

À noter au passage : le campus de Fouju, à lui seul, doublerait pratiquement la capacité totale actuelle de la région parisienne, qui s’établissait à 1,43 GW en 2025. Avec lui, Paris pourrait même rattraper Francfort à moyen terme dans le top 5 européen, voire dépasser Londres si le réseau Campus AI étendu à 3 GW se concrétise. La carte européenne est en train de se redessiner sous nos yeux.

Ville Capacité totale Rang européen Particularité
Londres 2,87 GW 1 Plus gros marché EMEA
Francfort 2,20 GW 2 Nœud internet européen
Dublin 2,05 GW 3 Fiscalité attractive, hyperscalers US
Paris 1,43 GW 4 Énergie décarbonée, ambition IA
Amsterdam 1,29 GW 5-6 Moratoire partiel depuis 2019
Lisbonne 1,29 GW 5-6 Nouveau venu, projet Start Campus

Source : Cushman & Wakefield S1 2025

Eiffage joue gros sur cette décennie

Le contrat de Fouju s’inscrit dans une séquence stratégique qu’Eiffage a méthodiquement construite ces derniers mois. Le 28 avril 2026, le groupe avait déjà annoncé la prise de participation majoritaire (74,9 %) dans l’allemand Hand & Werk, un spécialiste des centres de données opérant sous la marque DC Blue à Francfort. Une petite société (200 salariés, 85 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025) mais idéalement placée sur le nÅ“ud central de l’internet européen.

Avec Fouju en France, Eiffage continue ainsi sa marche en avant vers le marché des data centers avec l’assurance que son expertise rare lui permettra d’y devenir rapidement un acteur incontournable : il sait à la fois construire les bâtiments (génie civil), réaliser les voiries (Eiffage Route) et surtout maîtriser le raccordement électrique (Eiffage Énergie Systèmes).

Or, dans cette décennie, le goulet d’étranglement du marché des datacenters ne sera pas la construction mais leur raccordement au réseau électrique !

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Une innovation environnementale, et beaucoup de questions

Reste la question qui fâche. Cette débauche d’électricité, comment la justifier à l’heure du dérèglement climatique ?

Campus AI mise sur trois cartes :

  • La première : le mix électrique français est l’un des plus décarbonés au monde grâce au nucléaire et aux renouvelables. Selon RTE, plus de 92 % de la production française est aujourd’hui bas-carbone.
  • La deuxième : l’efficacité énergétique. Les data centers modernes sont infiniment plus performants que ceux d’il y a dix ans.
  • La troisième : l’innovation pure et dure. La sous-station du campus de Fouju utilisera un poste sous enveloppe métallique isolé dans un gaz à faible pouvoir de réchauffement climatique. Une première mondiale pour ce niveau de tension, selon le communiqué.

Ces arguments seront-ils suffisants pour calmer les critiques ? Probablement pas mais ils témoignent d’une chose : la France a fait le pari que l’IA devait être bâtie sur son sol, avec son électricité, et c’est probablement une chance pour l’Hexagone… À condition de ne pas perpétuer la vieille tradition française de saborder un secteur économique prometteur avant qu’il n’ait pris son envol

Sources :

  • Campus AI / Eiffage, Communiqué de presse – Campus AI entre en phase de réalisation : Eiffage retenu pour le déploiement des infrastructures communes du campus de Fouju (2 juin 2026)
    Annonce officielle du contrat à 120 millions d’euros confié à Eiffage pour la sous-station électrique et les infrastructures communes du campus de Fouju.
  • Bpifrance Presse, MGX, Bpifrance, Mistral AI et NVIDIA annoncent la création d’une joint-venture pour développer en France le plus grand campus IA d’Europe (19 mai 2025)
    https://presse.bpifrance.fr/mgx-bpifrance-mistral-ai-et-nvidia-annoncent-la-creation-dune-joint-venture-pour-developper-en-france-le-plus-grand-campus-ia-deurope Communiqué officiel de la création de Campus AI et de l’ambition de 1,4 GW en ÃŽle-de-France.
  • Cushman & Wakefield, Étude data centers EMEA S1 2025 https://www.cushmanwakefield.com/fr-fr/france/news/2025/07/data-center-h1-2025 Panorama des capacités installées et planifiées par ville européenne (FLAP-D).

Crédit image : Eiffage Construction – Reid Brewin Architectes

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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