Une grue à tour transformée en imprimante géante en Australie
Pendant des années, l’impression 3D béton a buté sur un obstacle tout bête : la hauteur.
Une société australienne vient de contourner le problème en transformant la grue à tour elle-même en imprimante !
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Luyten fait sauter le plafond de l’impression 3D pour bâtir des immeubles de 100 mètres
Imprimer une maison en béton, on sait faire depuis quelques années. Des machines déposent le mortier couche après couche, comme un gigantesque tube de dentifrice piloté par ordinateur. Le procédé séduit : moins de déchets, des délais raccourcis, presque aucun coffrage… mais restait un problème, et pas des moindres.
Toutes ces imprimantes reposaient sur des portiques ou des bras robotisés qui, par nature, ne montent pas bien haut. Impossible donc de construire plus haut que des pavillons, des annexes, au mieux deux niveaux. L’immeuble, lui, demeurait hors de portée.
La preuve par l’exemple le plus spectaculaire : la Tor Alva, en Suisse. Cette tour blanche de 30 mètres inaugurée en 2025 détient le record du plus haut bâtiment imprimé en 3D au monde. Pour y parvenir, ses concepteurs de l’École polytechnique de Zurich ont dû ruser : les 32 colonnes ont été imprimées à plat, en atelier, puis transportées et empilées sur place comme un jeu de construction. Personne, jusqu’ici, n’imprimait directement en hauteur sur le chantier. Le béton montait, la machine non.

L’astuce : faire de la grue un robot
Le 4 juin 2026, Luyten, une entreprise australienne installée à Melbourne a dévoilé l’Ascend série A27, présentée comme la première grue à tour imprimante 3D au monde pour la construction en hauteur. L’idée est résumé par son fondateur Ahmed Mahil en une phrase : « L’industrie a passé des décennies à automatiser autour de la grue à tour. Nous avons choisi une autre voie : nous avons fait de la grue elle-même un robot. »
Concrètement, plutôt que d’inventer une machine inédite, Luyten greffe une tête d’impression béton sur l’équipement le plus banal d’un chantier urbain. La grue ne se contente plus de lever des charges : elle dépose le béton directement depuis un plan numérique, sans coffrage, en suivant une trajectoire calculée par une intelligence artificielle. Cette dernière génère le parcours d’impression, orchestre le déroulé du chantier et surveille l’avancement en temps réel. La promesse : des immeubles montés plus vite, avec moins de matière gâchée et beaucoup moins de bras.

Ce que l’Ascend A27 sait faire
L’Ascend A27 vise des bâtiments allant jusqu’à 100 mètres de hauteur (de quoi loger une trentaine d’étages) Voici sa fiche d’identité.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Hauteur de construction maximale | Jusqu’à 100 m (environ 30 étages) |
| Rayon d’impression | Jusqu’à 45 m depuis le mât |
| Capacité de levage | 4 tonnes |
| Poids de la tête d’impression | 1,9 tonne |
| Temps de montage | 1 à 2 jours, repositionnable sur site |
| Vent maximal en fonctionnement | 20 m/s (environ 72 km/h) |
| Pilotage | Trajectoires, gestion et suivi par intelligence artificielle |
| Béton utilisé | Ultimatecrete (mélange maison de Luyten) |
Deux détails changent tout sur un chantier.
D’abord, la machine se monte en un à deux jours et peut être déplacée ailleurs sur le site, là où une installation classique immobilise les équipes bien plus longtemps.
Ensuite, elle s’appuie sur une infrastructure que les grutiers connaissent par cœur, ce qui devrait abaisser la marche à franchir pour les entreprises tentées par l’aventure.
Luyten, le collectionneur de premières
L’australien n’en est pas à son coup d’essai. Fondée en 2020, la société a déjà signé la première maison imprimée de l’hémisphère sud, puis le premier bâtiment à deux étages, le tout avec son béton baptisé Ultimatecrete. Début 2026, avec l’université de Wollongong, elle réussissait même une impression béton sous l’eau, sans accélérateur chimique… une première mondiale qui vise les ports, les quais et les infrastructures de défense immergées. Plus ambitieux encore, Luyten planche depuis plusieurs années avec l’université de Nouvelle-Galles du Sud sur une imprimante capable de bâtir un abri lunaire à partir du régolithe, cette poussière qui recouvre la Lune.
Derrière le côté spectaculaire, l’entreprise vise un marché bien terrestre : la pénurie de logements et le manque de main-d’œuvre qui frappent l’Australie comme une bonne partie du monde. Selon ses propres chiffres, sa technologie réduit jusqu’à 60 % des déchets de chantier, 70 % du temps de production et 80 % du coût de main-d’œuvre. Des promesses qui restent à confirmer à l’échelle d’un véritable immeuble.
Sources
- Crane & Transport Briefing, First 3D printing tower crane for high rise construction (5 juin 2026)
https://www.cranebriefing.com/news/first-3d-printing-tower-crane-for-high-rises/8123430.article
Présentation technique de l’Ascend A27 : portée, capacité de levage, poids de la tête d’impression et temps de montage. - Luyten, LUYTEN Unveils ASCEND: Transforming the Tower Crane Into a Robotic 3D Concrete Printer (4 juin 2026)
https://natlawreview.com/press-releases/luyten-unveils-ascend-transforming-tower-crane-robotic-3d-concrete-printer
Communiqué officiel détaillant le concept de plateforme de grue robotisée et les déclarations d’Ahmed Mahil. - VoxelMatters, Luyten’s Ascend series claimed as world’s first tower 3D concrete printer (juin 2026)
https://www.voxelmatters.com/luytens-ascend-series-claimed-as-worlds-first-tower-3d-concrete-printer/
Analyse du positionnement de Luyten et du rôle de l’IA dans la génération des trajectoires d’impression.




