Même la Chine reconnait le savoir-faire de cette entreprise française qui a battu un record en 2024 en livrant à Airbus une presse industrielle de 3000 tonnes

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À Chalon-sur-Saône, une PME livre des machines-outils aux plus grands industriels depuis le milieu du XIXe siècle.

162 ans d’histoire et un nom que personne ne connaît en France. Pourtant, Pinette PEI peut s’enorgueillir de faire briller la France après, notamment, avoir livré l’an passé à Airbus la plus grande presse thermoplastique au monde pour le formage par estampage et avoir signé cette année en Chine le premier investissement étranger dans l’aéronautique de basse altitude.

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Pinette PEI (pour Pinette Emidecau Industries) est une société née à Chalon-sur-Saône en 1863, sous le règne de Napoléon III, époque où la sidérurgie bourguignonne nourrissait toute la mécanique française. Cinq générations de la famille Pinette se sont succédé jusqu’au milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, la PME emploie environ 250 salariés, sort une centaine de machines-outils par an dont 70 % destinées aux composites, et possède des implantations en Allemagne, en Italie, aux États-Unis et en Chine.

Son métier : concevoir et fabriquer des presses hydrauliques et des lignes de production sur mesure pour mettre en forme des matériaux industriels. Plus de 3 000 équipements livrés dans le monde depuis sa création. Ses clients ne sont pas grand public, mais leur palette est impressionnante : ailes et trappes de train d’atterrissage pour Airbus et Boeing, pièces d’Ariane 5 et 6, prothèses de hanche en composite, et même garnitures de gilets pare-balles.

Une de ces entreprises que les Français ne connaissent pas et que les ingénieurs allemands, américains ou japonais s’arrachent depuis des décennies !

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Pourquoi cette presse change la donne

Avant de regarder de plus près la machine record livrée à Brême fin 2024, il faut s’arrêter une minute sur les matériaux qui composent un avion moderne. Pendant des décennies, la carlingue d’un avion de ligne, c’était de l’aluminium, qui avait l’avantage d’être léger et bon marché. Puis, à partir des années 2000, les composites en fibres de carbone ont fait leur apparition.

Aujourd’hui, un Boeing 787 ou un Airbus A350 sont composés à plus de 50 % en poids de matériaux composites, ce qui permet 20 % de carburant en moins et une fiabilité accrue.

Ces composites historiques, dits « thermodurcissables », ont un défaut majeur : ils se cuisent comme un gâteau dans un autoclave, à très haute température et sous pression, pendant huit heures minimum par pièce. Impossible à industrialiser pour les cadences visées sur le successeur de l’A320, où Airbus rêve de monter à 80, voire 100 avions par mois.

D’où l’arrivée d’une nouvelle famille de composites, les thermoplastiques.

Pour prendre une analogie parlante, entre les deux familles de plastique prenez l’image d’un œuf cuit dur (qu’on ne peut plus jamais ramollir) et un caramel (qu’on peut refondre et reformer à volonté).

Le thermodurcissable, c’est l’œuf : une fois cuit, c’est terminé. Le thermoplastique, c’est le caramel : on le chauffe, on le forme par estampage en quelques minutes, et le tour est joué. Plus rapide, plus économe en énergie, plus recyclable, et soudable comme du métal.

Critère Composite thermodurcissable Composite thermoplastique
Temps de fabrication d’une pièce Plusieurs heures (cuisson autoclave) Quelques minutes (estampage)
Recyclabilité Très difficile Bonne
Réparabilité Limitée Élevée (réchauffable)
Assemblage Collage, rivetage Soudage par ultrasons ou infrarouge
Présence sur A350 Massive (>50 % en poids) Plus de 5 000 clips et brackets par avion
Cadence visée A320 actuel : ~60/mois Successeur A320 : 80 à 100/mois

La machine de tous les superlatifs

La presse livrée à Brême en décembre 2024 a tout d’un monstre technique. Des plateaux de 5 mètres par 2, soit la surface d’un grand salon. Une force d’estampage de 30 000 kilonewtons, soit l’équivalent de 3 000 tonnes appuyant simultanément (trois fois le poids d’un Airbus A320 entièrement chargé), qui doit doit s’exécuter avec une précision géométrique au millimètre près sur une pièce qui peut faire trois mètres de long.

Le défi le plus impressionnant n’est pourtant ni la taille, ni la force. Il est dans la vitesse. Le composite thermoplastique doit être chauffé dans un four infrarouge, puis transféré dans la presse et formé avant qu’il ne refroidisse trop. Pinette PEI a réussi à réduire ce transfert à moins de cinq secondes !

La Large Scale Stamping Press de Pinette PEI est la plus grande presse thermoplastique au monde pour le formage par estampage.
La Large Scale Stamping Press de Pinette PEI est la plus grande presse thermoplastique au monde pour le formage par estampage crédit : Pinette PEI

Ce qui se joue à Brême

Le site d’Airbus Aerostructures à Brême est l’un des trois grands pôles de fabrication de pièces de voilure du groupe européen, avec Toulouse et Stade. Y installer la plus grande presse à thermoplastiques du monde n’est pas un hasard. Le groupe prépare le successeur de l’A320, attendu à l’horizon 2035-2040. La cible, déjà publique : un avion qui consommera 20 à 25 % de carburant en moins que l’actuel, avec des nervures d’ailes, des encadrements de portes et des panneaux de fuselage en thermoplastique estampé.

Pinette PEI n’est pas seul sur ce marché. Le français Daher, à Nantes, dispose lui aussi de presses à estamper et a remporté le JEC Innovation Award 2025 pour son nervure d’aile thermoplastique. Le britannique GKN Aerospace et le néerlandais Collins Aerospace Almere sont également dans la course.

Cependant, en termes de taille et de capacité, la machine de Brême est aujourd’hui hors catégorie. Pour Airbus, cette presse est un pari : si elle tient ses promesses, elle pourrait servir de modèle à dix ou vingt machines similaires installées partout en Europe d’ici la fin de la décennie.

Cap sur Qingdao

Pour l’actualité, notons que le 5 juin 2026, Pinette PEI a signé un accord stratégique avec le chinois Skyco Aviation à Qingdao pour le premier investissement étranger concrétisé dans ce que Pékin appelle l’économie de basse altitude : drones de livraison, taxis volants électriques, hélicoptères légers, mobilité aérienne urbaine. Un marché que la Chine estime à plus de 200 milliards d’euros à l’horizon 2030 !

Le partenariat porte sur la recherche en nouveaux composites, une base de fabrication d’équipements haut de gamme et un système mondial d’approvisionnement. Pour une PME de 250 salariés, prendre pied à Qingdao revient à se positionner sur la prochaine vague aéronautique avant qu’elle ne déferle.

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L’angle mort français

Pinette PEI est un beau rappel que la haute technologie industrielle n’est pas toujours à Paris, à Grenoble ou à Toulous et qu’elle vit aussi dans des ETI familiales, à Chalon-sur-Saône, à Belfort, à Cherbourg, qui survivent depuis un siècle et demi en restant indépendantes, en s’internationalisant prudemment, et en innovant sans tambour ni trompette.

Pinette PEI emploie environ dix apprentis en permanence, recrute des ingénieurs sortis de Centrale Supélec et de l’IUT du coin, investit dans la maintenance prédictive et l’intelligence artificielle pour ses machines. La PME a profité de France Relance pour financer une partie de sa machine de prototypage Tifaani, à hauteur d’un million d’euros. Une goutte d’eau à l’échelle des plans d’investissement publics, mais l’effet de levier est colossal.

Reste l’inconnue géopolitique. Le marché des composites thermoplastiques pour l’aéronautique pèse plusieurs milliards d’euros par an, et il va exploser avec le renouvellement des flottes mondiales d’ici 2040. Les Américains préparent déjà leurs propres machines. Les Japonais aussi. Si l’Europe veut garder son avantage, il faudra que des entreprises comme Pinette PEI puissent grandir vite, sans tomber aux mains d’un fonds d’investissement étranger.

Sources :

  • Pinette PEI, PINETTE PEI lance la plus grande presse thermoplastique au monde pour le formage par estampage (27 février 2025) https://pinetteemidecau.eu/actualites/pinette-pei-lance-la-plus-grande-presse-destampage-thermoplastique-du-monde/
    Annonce officielle de la livraison à Airbus Aerostructures de Brême, caractéristiques techniques détaillées de la presse.
  • CompositesWorld, VIDEO: Installing the world’s largest thermoplastic composites press at Airbus Bremen (26 mars 2025) https://www.compositesworld.com/articles/video-installing-the-worlds-largest-thermoplastic-composites-press-at-airbus-bremen
    Reportage technique sur l’installation, confirmation du statut de “plus grande presse TPC au monde”.
  • People.cn, Chine : signature d’un accord de coopération sino-français dans l’économie de basse altitude à Qingdao (05 juin 2026)
    http://french.peopledaily.com.cn/Economie/n3/2026/0605/c31355-20464113.html
    Article chinois sur le partenariat Pinette PEI et Skyco Aviation

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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