L’Allemagne vend pour la première fois ce moteur colossal de plus de 450 tonnes et c’est une excellente nouvelle pour l’avenir du GNL dans le transport maritime

Date:

Partager:

Un moteur allemand vient de décrocher une commande mondiale qui pourrait sauver le pari GNL maritime de son pire défaut

Le 15 juin 2026, l’industriel allemand Everllence, (ancien MAN Energy Solutions), a annoncé la toute première commande mondiale de son nouveau moteur ME-GI Mk10.7. L’acheteur est l’armateur norvégien Global Car Carriers, qui équipera quatre navires de transport de voitures en construction en Chine.

C’est une bonne nouvelle pour faire du gaz naturel liquéfié une voie crédible pour décarboner le transport maritime mondial, d’autant que ce moteur est un petit bijou d’ingénierie qui vient corriger un des plus gros problème du GNL : le méthane slip.

Lire aussi :

Everllence vend quatre moteurs ME-GI Mk10.7 à Global Car Carriers et c’est une bonne nouvelle pour la propulsion au GNL

Le talon d’Achille du gaz naturel maritime

Le GNL est souvent vendu comme le « carburant de transition » par excellence du transport maritime. Il faut dire qu’il y a des arguments sérieux : brûler du gaz naturel à la place du fioul lourd réduit de 20 à 25 % les émissions de CO₂, supprime quasiment les oxydes de soufre et de particules fines, et utilise une infrastructure portuaire qui se développe à toute allure. C’est ce qui a poussé les armateurs à commander en masse des méthaniers et des porte-conteneurs fonctionnant au méthane depuis 2018.

Un Français retenu parmi les 5 entreprises qui vont tenter le pari le plus fou de l’histoire maritime : mettre un réacteur à fusion nucléaire sur un bateau

Le « hic » c’est que quand un moteur brûle du méthane, une petite partie du gaz s’échappe sans avoir été consommée. Ce méthane non brûlé part directement dans l’atmosphère. Or le méthane est un gaz à effet de serre extrêmement puissant : 80 fois plus que le CO₂ sur 20 ans, 28 fois plus sur 100 ans, selon l’agence américaine de protection de l’environnement. Si un moteur GNL laisse fuir 3 ou 4 % de son carburant sous forme de méthane, l’avantage climatique annoncé par rapport au fioul lourd disparaît purement et simplement.

Le règlement européen FuelEU Maritime, entré en vigueur en 2025, comptabilise désormais le méthane dans le bilan carbone des navires touchant les ports européens. Le système d’échange de quotas EU ETS s’applique aux émissions GES maritimes depuis 2026, méthane inclus. L’Organisation maritime internationale travaille de son côté sur des règles globales attendues en 2027.

Bref, le méthane slip va coûter de plus en plus cher, et les motoristes qui n’arriveront pas à le réduire sont en danger !

Diesel contre Otto, le combat des deux cycles

Pour expliquer simplement, il existe deux grandes familles de moteurs marins fonctionnant au gaz, qui correspondent aux deux principes physiques de la combustion interne découverts au XIXᵉ siècle.

Le cycle Otto, inventé par l’Allemand Nikolaus Otto en 1876, est le principe de l’essence dans nos voitures. Le mélange air-carburant est comprimé puis enflammé par une étincelle. Avantage : c’est plus simple, moins coûteux à fabriquer.
Inconvénient majeur pour le GNL maritime : le mélange contient du méthane à l’allumage, et une fraction de ce méthane peut traverser la chambre sans brûler, surtout à charge partielle. C’est le fameux slip évoqué plus haut.

Le cycle Diesel, breveté par Rudolf Diesel en 1893, fonctionne autrement. On comprime d’abord l’air seul à très haute pression et très haute température, puis on injecte directement le carburant qui s’auto-enflamme.

Pour le GNL maritime, c’est ce principe qui a donc été retenu pour son ME-GI Mk10.7 : le méthane est injecté à très haute pression, ne traîne jamais dans la chambre sans brûler, et la combustion est quasi totale.

Concrètement, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Type de moteur Cycle Méthane slip
WinGD X-DF (première génération) Otto 2,0 à 2,5 g/kWh
WinGD X-DF2.0 avec iCER Otto + EGR 1,0 à 1,2 g/kWh
Everllence ME-GI Diesel moins de 0,2 g/kWh

Le moteur Everllence rejette cinq à dix fois moins de méthane que son concurrent suisse WinGD, lui aussi très présent dans ce secteur (notamment sur le QC-Max chinois, plus gros méthanier du monde). Sur la durée de vie d’un navire et avec les futures taxes carbone, l’écart représente des dizaines de millions d’euros.

Le ME-GI Mk10.7, dernière évolution du champion

Le moteur que GCC vient de commander pour ses quatre navires transport de voitures est la dernière génération de cette plateforme Diesel-cycle, baptisée Mk10.7. Quatre unités du modèle 6S60ME-GI Mk10.7 seront fabriquées par CSSC Engine Co. à Qingdao (Chine), sous licence Everllence. Six cylindres, 60 centimètres d’alésage, capable de propulser des navires transportant 8 600 voitures équivalentes d’un seul coup. Les quatre PCTC (Pure Car and Truck Carriers) sont en construction au chantier China Merchants Jinling Shipyard à Nanjing.

L’ensemble du programme ME-GI cumule désormais plus de 1 260 moteurs commandés et 33 gigawatts de puissance, ce qui en fait de loin la plateforme dual-fuel deux-temps la plus vendue au monde. Le segment des car-carriers est particulièrement stratégique : ces géants flottants de 200 mètres de long sont parmi les plus gros consommateurs de carburant du transport maritime (à cause de leur forte prise au vent et de leurs vitesses élevées), et l’industrie automobile, fortement scrutée sur ses émissions logistiques, exige désormais des chaînes de transport à faible empreinte carbone.

Le Brésil parie une grande partie de son avenir énergétique sur cet énorme moteur 32M de 100 tonnes qui fonctionnera désormais à l’éthanol à base de sucre de canne

Pourquoi cette commande compte au-delà des chiffres

Everllence devient ainsi, par son cycle Diesel hérité du brevet original allemand de 1893, le sauveur involontaire du pari GNL mondial. WinGD, son concurrent suisse adossé au chinois CSSC, court derrière avec des solutions d’EGR pour réduire son propre slip, mais l’écart structurel demeure. Pour les armateurs comme Global Car Carriers, choisir Everllence aujourd’hui, c’est se prémunir contre les futures taxes carbone qui frapperont sans pitié les moteurs trop fuyards.

Le rebranding de MAN Energy Solutions en Everllence en juin 2025 cherchait à incarner cette ambition : « Moving big things to zero » (déplacer les grandes choses vers le zéro émission).

Avec ce premier contrat Mk10.7, le slogan trouve enfin sa traduction industrielle. Reste à voir si l’avenir maritime sera réellement vert, ou simplement un peu moins gris.

Représentation 3D du moteur Mk10.7
Représentation 3D du moteur Mk10.7

Le moteur Mk10.7 en chiffres :

Caractéristique Valeur
Type 6S60ME-GI Mk10.7 (deux-temps, 6 cylindres en ligne)
Cycle thermodynamique Diesel à injection directe haute pression
Carburants Méthane (GNL) + diesel marin (dual-fuel)
Alésage 60 cm (600 mm)
Course 2 400 mm
Puissance maximale Environ 15 MW (≈ 20 000 ch)
Vitesse de rotation 72 à 105 tr/min (entraînement direct de l’hélice)
Méthane slip moins de 0,2 g/kWh
Consommation spécifique (dual-fuel, 75 % charge) ≈ 135 g/kWh
Conformité IMO Tier II et Tier III
Poids estimé 450 à 500 tonnes (non publié officiellement)
Prix unitaire estimé Entre 10 et 20 M$ (≈ 9 à 18 M€), non communiqué publiquement
Fabricant sous licence CSSC Engine Co., Qingdao (Chine)

 (NLDR : Les poids et prix exacts ne sont pas communiqués publiquement par Everllence : c’est l’usage du secteur, où chaque contrat se négocie au cas par cas entre armateur, chantier naval et motoriste. Les fourchettes données ici sont des estimations industrielles basées sur les versions précédentes du moteur S60ME-C.)

Sources :

  • Everllence, Everllence Secures World’s First Order for ME GI 10.7 Engine (15 juin 2026)
    https://www.everllence.com/company/press-releases/details/2026/06/15/everllence-secures-world-s-first-order-for-me-gi-10.7-engine
    Communiqué officiel détaillant la première commande mondiale du ME-GI Mk10.7 par Global Car Carriers pour quatre car-carriers en construction en Chine.
  • Riviera Maritime Media, MAN ES cuts ME-GA from its two-stroke engine programme (2024)
    https://www.rivieramm.com/news-content-hub/news-content-hub/man-es-cuts-me-ga-from-its-two-stroke-engine-programme-82833
    Analyse détaillée des deux cycles concurrents (Diesel ME-GI vs Otto ME-GA et WinGD X-DF), des niveaux de méthane slip et des enjeux réglementaires FuelEU Maritime et EU ETS.
  • DieselNet, MAN discontinues its two-stroke ME-GA LNG dual-fuel engine (novembre 2024)
    https://dieselnet.com/news/2024/11man-es.php
    Comparaison chiffrée du méthane slip entre les moteurs WinGD X-DF, X-DF2.0 (iCER) et MAN ME-GA/ME-GI, et explication technique de la différence structurelle entre cycles.

Image de mise en avant : Représentation 3D du moteur Mk10.7 devant le Viking Queen, plus gros navire de transport de voitures de la flotte de l’armateur norvégien Global Car Carriers

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

La France tenait déjà le meilleur avion de transport de la planète avec l’A400M et son rôle va encore évoluer pour devenir un véritable...

La France transforme son A400M en couteau suisse aérien. Le 16 juin 2026, à Paris, Airbus Defence and Space...

La France ne veut pas tomber « en panne sèche » et sécurise un approvisionnement de 2 500 tonnes d’uranium par an pour ses...

Un rebond stratégique pour la filière française de l'uranium après le coup dur du Niger Pour Orano, l'année 2026...

Airbus continue de briller sur le secteur de l’hélicoptère avec une nouvelle vente de 15 H145 destinés au nouveau marché florissant du transport vers...

L'éolien offshore est en train de devenir l'eldorado caché des hélicoptéristes européens. Le 15 juin 2026, depuis Donauwörth en...

La fin de l’A380 n’a pas laissé Toulouse longtemps démuni puisque ce « petit frère » va devenir l’avion le plus produit de toute...

Le 15 juin 2026, sur le tarmac toulousain, Airbus a inauguré officiellement une deuxième ligne d'assemblage final pour...