La France ne veut pas tomber « en panne sèche » et sécurise un approvisionnement de 2 500 tonnes d’uranium par an pour ses centrales nucléaires en Mongolie

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Un rebond stratégique pour la filière française de l’uranium après le coup dur du Niger

Pour Orano, l’année 2026 ressemble à un cycle qui se referme et à un autre qui s’ouvre.

Le 12 juin 2026, Claude Imauven, président du conseil d’administration du groupe français, a annoncé sur LinkedIn ce que les équipes mongoles attendaient depuis longtemps : la pelleteuse a démarré dans le désert de Gobi.

Au programme, la construction de la nouvelle mine d’uranium Zuuvch Ovoo, située à 600 kilomètres au sud-est d’Oulan-Bator. Un chantier à 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros) qui va occuper les ingénieurs pendant les trois ou quatre prochaines années avant de cracher son premier yellow cake (poudre grossière qui n’est pas soluble dans l’eau et qui contient environ 80 % d’uraninite) vers 2030. Au moment, donc, où la planète promet d’avoir un sacré besoin d’uranium !

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Un chantier où il a fallu être patient

Le gisement de Zuuvch Ovoo a été découvert par des géologues d’Orano Mining en 2010. Treize ans plus tôt, les équipes françaises avaient déjà mis les pieds dans le sud mongol pour des campagnes d’exploration patientes.

Au final, trois décennies de présence pour aboutir à un démarrage industriel.

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L’opérateur sur place s’appelle Badrakh Energy, une coentreprise tenue à 90 % par Orano et à 10 % par Mon-Atom, le bras armé de l’État mongol sur l’uranium.

Le deal est généreux côté mongol puisque plus de la moitié des bénéfices reviennent à Oulan-Bator, sans qu’il ait fallu sortir un seul tugrik (monnaie locale) d’investissement initial. C’est Orano qui finance tout, soit 500 millions de dollars (430 millions d’euros) pour la première phase. En contrepartie, le gouvernement mongol s’engage sur un cadre fiscal et légal stable pour trente ans. Les deux camps signent gagnant-gagnant.

La lixiviation in situ, ou comment dissoudre l’uranium dans son lit

Quand vous pensez « mine d’uranium », vous imaginez sans doute un trou béant, des bulldozers, des montagnes de cailloux radioactifs entassés. Oubliez tout ça pour Zuuvch Ovoo, Orano va utiliser ce qu’on appelle la lixiviation in situ, en anglais In-Situ Recovery, abrégée en ISR. C’est désormais la méthode la plus répandue au monde : plus de 60 % de l’uranium extrait sur la planète passe par cette technique.

Plutôt que d’aller chercher la roche pour la traiter en surface, on dissout l’uranium directement dans son gisement et on pompe la solution. Concrètement, on fore des dizaines de petits puits regroupés en cellules hexagonales. Six puits d’injection autour d’un puits central de production. Profondeur : entre 150 et 200 mètres. À l’intérieur, on envoie une solution composée à 99 % d’eau souterraine et à 1 % d’acide sulfurique. Le mélange traverse la couche de grès uranifère, dissout l’uranium qui s’y trouve piégé entre les grains de sable, et ressort sous forme de solution jaunâtre qu’on aspire vers la surface.

Direction l’usine de traitement. La solution passe sur des résines échangeuses d’ions qui retiennent l’uranium. On lave, on précipite, on sèche, et on obtient cette poudre jaune au nom évocateur de yellow cake (ou « concentré orange » chez nous). Encore pleine d’impuretés. Une dernière étape de calcination (un passage au four à très haute température) transforme la poudre jaune en une poudre noire, l’oxyde d’uranium U₃O₈, qui contient 80 % d’uranium pur. C’est le produit fini que les compagnies électriques achètent. Ensuite il faudra encore le convertir, l’enrichir, le mettre en pastilles, avant qu’il finisse en barre dans le cœur d’un réacteur EDF, américain ou japonais mais Orano s’arrête au U₃O₈.

Lixiviation d'uranium in situ

L’intérêt écologique est important puisqu’il n’y a ni mine à ciel ouvert, ni galeries souterraines ou de déchets à entasser pendant des siècles. Cette technique permet en outre d’utiliser cinq fois moins d’eau qu’une mine classique (220 m³ par tonne d’uranium produit), trois fois moins d’énergie. Aau-dessus du gisement, les troupeaux de chèvres et de chameaux des éleveurs nomades continuent de paître normalement.

Concernant l’acide sulfurique injecté, il finit par se transformer en sulfate au contact des roches, et plus de 99 % de l’acidité se neutralise naturellement en quelques années. La nappe phréatique minéralisée, isolée par des couches d’argile imperméables, ne communique pas avec les nappes peu profondes utilisées par les éleveurs. Le site pilote d’Umnut, mené par les mêmes équipes une décennie plus tôt, a démontré que la qualité de l’eau revenait à des valeurs proches de l’initial onze ans après la fin de l’extraction.

Le Niger, blessure encore ouverte

Pendant plus de cinquante ans, l’uranium nigérien a alimenté une bonne partie des 56 réacteurs français. Le pays sahélien était un pilier de la souveraineté énergétique française. Le 26 juillet 2023, un coup d’État militaire a porté au pouvoir le général Abdourahamane Tiani et en juin 2024, le régime militaire a retiré à Orano le permis d’exploitation d’Imouraren, un gisement géant de 200 000 tonnes de réserves avant de nationaliser Somaïr (la filiale d’Orano dans le pays) l’année suivante.

Plus d’un demi-siècle de présence française balayé en deux ans. Plusieurs procédures d’arbitrage international sont en cours, mais leur issue reste très incertaine. Pendant ce temps, la junte a clairement indiqué qu’elle se tournait vers d’autres partenaires, notamment russes via Rosatom.

Sans débattre du bienfondé de la décision du Niger (ce n’est pas l’objectif de cet article), reste qu’Orano avait absolument besoin d’un nouveau site stable, dans un pays démocratique, hors du périmètre russe et chinois pour se relancer.

La Mongolie cochait toutes les cases.

Mine de Zuuvch Ovoo en Mongolie - crédit : Orano
Mine de Zuuvch Ovoo en Mongolie – crédit : Orano

Le marché de l’uranium en effervescence

Après quinze ans de déprime suite à la catastrophe de Fukushima en 2011, le cours de l’uranium a triplé entre 2020 et 2026. Le prix spot oscille désormais entre 80 et 100 dollars la livre d’oxyde d’uranium, avec un pic à 101,41 dollars en janvier 2026.

Surtout, le prix des contrats à long terme (ceux que les compagnies électriques signent sur 10 ou 15 ans) atteint 93 dollars la livre en mars 2026, soit son plus haut niveau depuis dix-huit ans.

Pourquoi cette envolée ? Parce que le monde a besoin de nucléaire. 445 réacteurs tournent aujourd’hui sur la planète, 54 sont en construction. Vingt-deux pays, dont la Mongolie elle-même, se sont engagés à la COP28 à tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050. La demande d’uranium devrait passer de 60 000 à 100 000 tonnes par an d’ici 2040, soit +67 %.

Or l’offre primaire ne suit pas. Une pénurie est attendue à partir de 2030. Bringer Zuuvch Ovoo en production juste avant ce mur, c’est viser le bon moment.

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Une coopération qui passe entre la Russie et la Chine

Coincée entre Moscou au nord et Pékin au sud, la Mongolie cultive depuis des années sa politique du « troisième voisin » : chercher activement des partenaires hors de ses deux voisins encombrants. La France a su s’engouffrer, notamment grâce à la visite d’État d’Emmanuel Macron à Oulan-Bator en mai 2023 qui avait permis de sceller politiquement le projet. Trois ans plus tard, c’est sur le terrain qu’il prend forme.

Pour Orano, Zuuvch Ovoo referme un cycle douloureux et en ouvre un nouveau, asiatique cette fois. Avec ses 2 500 tonnes annuelles, la mine couvrira à terme une part substantielle des besoins du parc français (environ 8 000 tonnes par an pour les 56 réacteurs EDF), avec une livraison qui devrait commencer pile au moment où le programme EPR2 entrera dans sa phase de construction intensive.

Bien sûr, rien n’est joué. Construire une mine à 1 600 kilomètres d’Oulan-Bator, dans un désert où les hivers descendent à -40 °C et où les routes sont rares, n’a rien d’évident. Le calendrier est serré, les coûts peuvent déraper, et la diplomatie peut toujours réserver des surprises. Mais avec trente ans de présence locale dans les bagages et le savoir-faire de KATCO en transposition directe, Orano a probablement toutes les cartes pour réussir. Pour la France, c’est une carte de plus dans un jeu géopolitique qui se complique. Pas mal pour un groupe qu’on disait à la dérive il y a dix-huit mois.

Sources :

  • Sfen, En Mongolie, Orano lance la construction de sa mine d’uranium à Zuuvch Ovoo (12 juin 2026)

    En Mongolie, Orano lance la construction de sa mine d’uranium à Zuuvch Ovoo


    Article officiel de la Société française d’énergie nucléaire sur le lancement de la construction et la chronologie du projet.

  • Orano, Zuuvch Ovoo Project, uranium mining for sustainable future (consulté en juin 2026)
    https://cdn.orano.group/orano/docs/default-source/orano-doc/presse/dossiers-presse/brochure-badrakh-energy.pdf?sfvrsn=d23a4f55_6
    Présentation officielle de la mine par Badrakh Energy LLC, la filiale locale d’Orano
  • Connaissance des Énergies, Réserves et production d’uranium naturel (consulté en juin 2026)
    https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/reserves-duranium-naturel-dans-le-monde
    Fiche pédagogique de référence sur les principaux producteurs miniers et les réserves mondiales.
  • Investing News Network, Uranium Price Update : Q1 2026 in Review (avril 2026)
    https://investingnews.com/uranium-forecast/
    Analyse trimestrielle du marché de l’uranium début 2026.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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