Le WindRunner fait saliver tous les amoureux d’aéronautique avec des mensurations hors norme.
Le 5 juillet 2026, la startup américaine Radia, basée à Boulder au Colorado, et le groupe danois Blue Water Shipping, spécialiste mondial de la logistique de projets, ont annoncé une alliance stratégique pour combiner leurs forces autour d’un projet aéronautique parmi les plus audacieux de la décennie.
Radia travaille depuis plusieurs années en effet sur le WindRunner, un avion cargo géant de 108 mètres de long conçu pour transporter des pales d’éoliennes de plus de 100 mètres directement sur les sites de construction. Blue Water, de son côté, gère depuis Esbjerg (capitale mondiale de l’éolien offshore) les chaînes logistiques industrielles les plus complexes de la planète. Ensemble, ils veulent inventer un nouveau modèle : livrer des composants XXL de porte à porte, sans transbordement, en semaines plutôt qu’en mois.
C’est une alliance qui parle autant à l’énergie qu’à l’humanitaire ou à la défense. Si le pari tient ses promesses, il pourrait redéfinir ce qu’on entend par « fret aérien » à horizon 2030.
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Radia signe un partenariat avec Blue Water Shipping autour du WindRunner, le futur plus grand avion du monde
Un avion qui devrait battre des records de volume, pas pas de poids
Commençons par la fiche technique, parce qu’elle sort de l’ordinaire. Le WindRunner devrait mesurer 108 mètres de long, avec une envergure de 80 mètres et une hauteur de 24 mètres. À titre de comparaison, l’Antonov An-225 Mriya (le géant ukrainien détruit par les Russes en février 2022 sur l’aéroport de Hostomel) mesurait 84 mètres et l’Airbus culminait à 73 mètres. Autrement dit, si Radia parvient à le certifier, le WindRunner sera le plus long avion jamais construit !
L’intérêt de cet appareil ne réside toutefois pas dans son poids. Il pourra transporter environ 72 tonnes de charge utile (l’équivalent d’un Boeing C-17 Globemaster américain), pas une performance exceptionnelle non plus. Sa véritable arme, c’est le volume interne : 7 700 mètres cubes de soute, soit douze fois le volume d’un Boeing 777 cargo et neuf fois celui de l’ancien An-225 ! La soute pourra accueillir un objet de 105 mètres de long, ce qui correspond exactement à la longueur maximale des pales d’éoliennes terrestres de nouvelle génération.
Pour rendre l’appareil vraiment utile, Radia a fait deux choix techniques originaux. D’abord, l’avion peut atterrir et décoller sur une piste de 1 800 mètres, y compris non revêtue (gravier compacté, terrain semi-préparé). Ensuite, la porte de chargement est située à l’avant, dans le nez qui bascule vers le haut, comme sur les Boeing 747 cargo. Cela permet un chargement direct par roll-on / roll-off avec du matériel standard, sans grue spéciale ni équipement au sol dédié. L’autonomie devrait atteindre les 2 000 kilomètres en pleine charge, à une vitesse de croisière de Mach 0,6 (environ 740 km/h) et jusqu’à 12 500 mètres d’altitude pour un équipage de deux pilotes.
Pourquoi c’est un problème gigantesque à résoudre ?
Le pari de Radia repose sur un problème logistique bien réel. Les pales d’éoliennes modernes ne cessent de grandir : les modèles onshore actuels frôlent les 70 mètres, la prochaine génération dépassera les 100 mètres. Or au-delà de 70 mètres, transporter une pale par la route devient un cauchemar : les convois exceptionnels coincent dans les virages, les ponts trop bas les bloquent, les tunnels sont impossibles. Le transport par bateau plus camion suppose un port proche, ce qui exclut les zones intérieures des continents (au hasard, le centre des États-Unis, le Kazakhstan, le Sahel ou la Mongolie).
Résultat, la logistique représente aujourd’hui près de 20 % du coût total d’une éolienne installée en zone isolée. La promesse du WindRunner, c’est de livrer une pale de 105 mètres directement sur le site de montage, à quelques centaines de mètres du futur mât. Radia parle de faire chuter les coûts logistiques d’un facteur trois. Le potentiel économique attire déjà des industriels comme Vestas, GE Vernova et Siemens Gamesa, tous en discussion avec Radia depuis plusieurs années.
Blue Water Shipping, le partenaire qui sait déjà comment déplacer un géant
Le groupe danois, fondé en 1972 à Esbjerg sur la côte ouest du Jutland, s’est imposé au fil des décennies comme l’un des logisticiens de référence de l’éolien mondial. Esbjerg est la capitale mondiale de l’éolien offshore, port de sortie de la plupart des grands champs européens en mer du Nord. Blue Water y a construit un savoir-faire redoutable dans la gestion des composants XXL : pales, mâts, nacelles, fondations gravitaires, sous-stations électriques.
L’entreprise emploie environ 3 000 personnes dans plus de 70 pays et sait à peu près tout gérer : le transport maritime, le fret ferroviaire, le convoi routier exceptionnel, mais aussi les douanes, les permis, les assurances et la coordination des sous-traitants.
Le partenariat annoncé cette semaine n’est pas exclusif, chacun reste libre de collaborer avec d’autres, mais les deux sociétés se donnent le statut de « preferred partners » : elles répondront ensemble aux appels d’offres. Rasmus Svane, directeur du développement produit Éolien chez Blue Water, résume l’ambition : « Notre collaboration avec Radia représente une occasion de repenser ce qui est possible en combinant les solutions de transport multimodales. »

Trois marchés visés au-delà de l’éolien
Le WindRunner ne sera pas confiné à l’énergie. Radia et Blue Water annoncent explicitement viser quatre secteurs : l’énergie et le cargo de projet, l’aide humanitaire et le secours en cas de catastrophe, la logistique aérospatiale (transport d’étages de fusées, de fuselages complets), et la logistique militaire.
Sur le volet défense, le potentiel est particulièrement intéressant. Le WindRunner pourrait transporter en une seule fois six hélicoptères CH-47 Chinook sans démontage, ou quatre CV-22 Osprey, ou douze Apache, ou même quatre F-35 en configuration complète. Un F-16 tient à l’intérieur avec ses ailes déployées. Le Pentagone a compris l’intérêt : le Command des transports américains (TRANSCOM) a signé en mai 2025 un accord de recherche coopérative (CRADA) avec Radia. Le Congrès a suivi dans la loi de programmation militaire 2026, en soulignant l’absence actuelle de capacité américaine pour transporter des charges de plus de 90 mètres.
Pour l’humanitaire, l’atout est aussi net : après un tremblement de terre, un tsunami ou une crise majeure, le WindRunner peut poser un hôpital de campagne complet, plusieurs groupes électrogènes, ou une usine mobile de traitement d’eau directement sur une piste rustique proche de la zone sinistrée, sans dépendre d’un aéroport intact.
Un pari technique encore à valider
Reste que le WindRunner n’a pas encore volé. La conception est finalisée, les tests en soufflerie ont validé l’aérodynamique (peut-être à l’ONERA dont nous vous avons récemment parlé ?), et Radia travaille désormais avec ses fournisseurs de composants pour lancer la production. Le premier vol est attendu fin de décennie, avec un objectif d’opérations commerciales à partir de 2030. Le modèle économique choisi par Radia est original : la société ne vendra pas l’avion, elle proposera un service de transport-as-a-service, un peu comme un armateur affrète ses navires à ses clients. Une manière d’éviter la lourdeur de la certification client-par-client et de garder la main sur l’opération.
Le principal doute, en 2026, concerne le calendrier. Radia a levé plusieurs centaines de millions de dollars, s’est associée à des fournisseurs aéronautiques de premier plan et vient de multiplier les partenariats stratégiques (Maximus Air en 2025 pour le Moyen-Orient, Blue Water Shipping cette semaine) mais la certification d’un avion aussi hors norme prendra vraisemblablement plus de temps que prévu.
L’industrie aéronautique connaît trop d’histoires de programmes révolutionnaires qui n’ont jamais décollé. Les aficionados d’aéronautique prient pour que ce ne soit pas le cas du WindRunner !
Sources :
- Radia, Radia and Blue Water Shipping Announce Strategic Collaboration to Support Oversized and Complex Global Logistic (mise à jour 2026)
https://radia.com/media/radia-and-blue-water-shipping-announce-strategic-collaboration-to-support-oversized-and-complex-global-logistic /
Annonce officielle du partenariat Radia / Blue Water Shipping. - Breaking Defense, How Radia hopes to move DoD cargo with the world’s largest airplane, Michael Marrow et Valerie Insinna (19 septembre 2025)
https://breakingdefense.com/2025/09/how-radia-hopes-to-move-dod-cargo-with-the-worlds-largest-airplane /
Détails de l’accord CRADA signé en mai 2025 avec US TRANSCOM et positions du Congrès américain sur le manque de capacité de transport aérien pour charges dépassant 90 mètres. - AvioRadar, Radia develops the world’s next largest aircraft (octobre 2025)
https://avioradar.net/en/radia-develops-the-worlds-next-largest-aircraft /
Détails techniques complémentaires (charge militaire de 12 Apache, 6 Chinook, 4 F-35), autonomie de 2 000 km à Mach 0,6, altitude 12 500 m.





