La France brille encore une fois dans le nucléaire avec un nouveau centre unique en Europe à Romans-sur-Isère qui sera dédié à l’impression 3D de pièces à usage civil et militaire

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Framatome inaugure à Romans-sur-Isère un centre de fabrication additive unique en Europe.

Le 2 juillet 2026, Framatome (filiale d’EDF, champion français du nucléaire civil et industriel) a officiellement inauguré à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, son nouveau centre de fabrication additive métallique.

Le groupe a annoncé qu’il s’agissait du premier centre de ce genre en Europe, capable de produire des pièces métalliques de quelques grammes à plusieurs tonnes pour deux marchés stratégiques : le nucléaire et la défense.

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Situé sur le site historique de Framatome à Romans-sur-Isère (là où l’entreprise fabrique déjà les assemblages de combustible nucléaire pour EDF depuis des décennies), le nouveau centre est prévu pour combiner trois activités : la production industrielle de composants pour les clients internes et externes, la R&D avancée pour développer de nouveaux procédés, et un pôle de formation destiné aux équipes internes de Framatome et à ses partenaires industriels.

Le site a été baptisé du nom de l’Amiral Bernard-Antoine Morio de l’Isle, décédé en 2024. Un choix symbolique, cet ancien officier général de la Marine nationale, Commandeur de la Légion d’honneur, avait terminé sa carrière au commandement des forces sous-marines et de la force océanique stratégique (l’ALFOST, qui pilote les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la dissuasion française). Il avait en outre rejoint Framatome comme conseiller du CEO pour y apporter son expertise du monde militaire.

Baptiser le centre en son nom était ainsi une manière de rappeler le lien entre nucléaire civil et défense qui sont les deux facettes d’une même pièce pour Framatome.

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La fabrication additive métallique, ou comment fabriquer autrement

La fabrication additive métallique (ou « impression 3D métallique » pour le grand public) est un changement de paradigme industriel majeur. Là où l’usinage traditionnel consiste à enlever de la matière à partir d’un bloc massif (fraisage, tournage, perçage), la fabrication additive ajoute de la matière couche par couche pour construire une pièce à partir de rien. D’où son nom : on additionne des couches de métal jusqu’à obtenir la forme finale.

Deux technologies dominent aujourd’hui le marché industriel, et Framatome a choisi de combiner les deux à Romans-sur-Isère, ce qui n’est pas si fréquent.

Le premier procédé est la fabrication additive par dépôt fil (Wire Arc Additive Manufacturing, ou WAAM). Le principe est proche de la soudure : un fil métallique est fondu par un arc électrique et déposé couche par couche sur une pièce en construction. On peut fabriquer très vite des pièces massives (plusieurs tonnes, plusieurs mètres) avec une précision moyenne. C’est la technologie idéale pour les gros composants nucléaires comme les internes de cuve, les tuyauteries de forte section, ou certaines pièces de sous-marins. L’avantage majeur : la vitesse de dépôt (plusieurs kilogrammes par heure) et le coût de la matière première (un simple fil métallique). L’inconvénient : la précision reste limitée à quelques dixièmes de millimètres, ce qui exige souvent une finition par usinage traditionnel.

Le second procédé est la fusion laser sur lit de poudre (Laser Powder Bed Fusion, ou LPBF). Là, on part d’un lit de poudre métallique très fine (typiquement des grains de 20 à 60 micromètres) qu’on fond localement au laser point par point. Chaque couche de poudre est ainsi solidifiée selon le motif voulu, puis on ajoute une nouvelle couche de poudre par-dessus, et on recommence. Cela permet une précision spectaculaire (quelques dizaines de micromètres) et la capacité à produire des géométries impossibles à usiner traditionnellement (canaux internes, structures en treillis, formes organiques). En revanche, c’est beaucoup plus lent (quelques dizaines de grammes par heure) et les pièces restent modestes en taille (jusqu’à environ 500 mm de côté).

La combinaison des deux permet à Framatome de couvrir tout le spectre des besoins : des grosses pièces massives par le WAAM aux composants haute précision par le LPBF. Un vrai atout industriel. Au-delà de la taille et de la précision, la fabrication additive offre quatre avantages structurels :

  • elle raccourcit les délais (de plusieurs mois à quelques semaines pour des pièces complexes),
  • elle optimise la matière (moins de gaspillage qu’avec l’usinage),
  • elle permet de fabriquer à la demande plutôt que sur stock, ce qui sécurise les chaînes d’approvisionnement en cas de rupture,
  • enfin elle contribue aussi à réduire l’empreinte carbone des fabrications, avec des procédés électrifiés et une utilisation optimisée de l’énergie.

Un timing calculé au millimètre près

Framatome se trouve à un carrefour stratégique majeur, entre la renaissance nucléaire qui bat son plein et le boom des dépenses militaires en Europe.

Côté nucléaire, le carnet de commandes de Framatome n’a jamais été aussi rempli. Le programme EPR2 lancé par Emmanuel Macron prévoit la construction de 6 réacteurs à Penly, Gravelines et Bugey, avec une option pour 8 réacteurs supplémentaires. Framatome est le fournisseur de la chaudière nucléaire et du combustible. À l’international, Hinkley Point C au Royaume-Uni entre dans sa phase de finition, et Sizewell C est en pleine finalisation du tour de table. À cela s’ajoutent des contrats en Slovaquie (Mochovce), en Tchéquie (Dukovany 5), en Finlande, sans oublier ITER pour lequel Framatome fournit plusieurs composants critiques. Le récent partenariat Cottam au Royaume-Uni (annoncé le 24 juin 2026 par Holtec et EDF, dont nous avons parlé dans nos colonnes) prévoit également Framatome comme fournisseur de combustible pour les 4 SMR-300 américains. La demande explose. Chaque nouveau réacteur nécessite des milliers de pièces mécaniques complexes, dont certaines à géométries impossibles à obtenir autrement que par fabrication additive.

Côté défense, la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 française mobilise 413 milliards d’euros sur sept ans, soit une hausse de 40 % par rapport à la LPM précédente. Une partie importante de ce budget ira à la Marine nationale, notamment pour la modernisation de la Force Océanique Stratégique (SNLE 3G en cours de développement pour remplacer les Triomphant à partir de 2035) et pour la finalisation de la classe Suffren (six sous-marins nucléaires d’attaque de type Barracuda). Framatome fournit historiquement les chaufferies nucléaires qui propulsent ces sous-marins, ainsi que les cœurs des porte-avions à propulsion nucléaire. Autant dire que la fabrication additive va servir à produire une partie des pièces critiques de ces bâtiments stratégiques, avec la sécurité industrielle et la souveraineté maximales.

À plus large échelle, la fabrication additive est devenue une brique clé de la souveraineté industrielle depuis le choc de la crise du COVID en 2020 et surtout depuis la guerre en Ukraine de 2022. Les industriels européens ont réalisé à quel point leurs chaînes d’approvisionnement étaient dépendantes de fournisseurs lointains (souvent chinois ou nord-américains), et qu’une pièce manquante pouvait bloquer toute une ligne de production pendant des mois. La fabrication additive résout largement ce problème : quand on peut imprimer sur place une pièce de rechange en quelques jours, plutôt que d’attendre des mois qu’elle arrive par bateau, la résilience industrielle change de dimension. C’est cette logique qui a poussé Framatome à investir massivement dans un centre intégré sur le sol français, plutôt que de s’appuyer sur des sous-traitants étrangers.

La Drôme monte en puissance industrielle

La Drôme est en train de devenir progressivement l’une des vitrines de la relance industrielle française, et Framatome renforce clairement son ancrage territorial. Le site historique de Romans-sur-Isère est déjà bien connu pour la fabrication des assemblages combustibles qui alimentent les 56 réacteurs nucléaires d’EDF. Il rejoint désormais le club des grands sites industriels français qui bénéficient d’une intégration verticale de bout en bout, de la R&D à la production en passant par la formation.

Une vingtaine de personnes travaillent actuellement au centre. Cela peut paraître modeste mais c’est un début. L’usine devrait monter en puissance progressivement au fur et à mesure des commandes, avec un potentiel de plusieurs dizaines d’emplois qualifiés à moyen terme (ingénieurs procédés, techniciens de qualification, opérateurs, formateurs). Dans une agglomération drômoise qui a beaucoup souffert des délocalisations des années 2000-2010 (notamment dans le textile et la chaussure), l’arrivée d’un site industriel de pointe de ce type est plutôt une bonne nouvelle.

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La fabrication additive, brique essentielle de la souveraineté française

L’inauguration du centre de Romans-sur-Isère s’inscrit dans un mouvement de fond qui dépasse largement Framatome. Depuis 2022, l’État français a lancé plusieurs plans stratégiques (France 2030, plan de relance industrielle, ambition « choose France ») pour reconstituer un tissu industriel de pointe capable de tenir face à la concurrence chinoise et américaine. La fabrication additive métallique est identifiée comme l’une des technologies critiques d’avenir, aux côtés des semi-conducteurs, des batteries, de l’hydrogène et de l’intelligence artificielle.

Sur ce terrain, Framatome n’est évidemment pas seul. Safran a ouvert dès 2019 son propre campus de fabrication additive au Haillan, en Gironde, pour produire des pièces des moteurs LEAP qui équipent les Airbus A320neo et les Boeing 737 MAX. Airbus imprime déjà en 3D des pièces cabines et des composants de moteurs. Naval Group travaille sur la fabrication additive pour les pièces de rechange de la flotte française. Chez les fournisseurs, les Allemands EOS (leader mondial des machines LPBF) et Trumpf restent des références technologiques incontournables, mais l’écart avec les acteurs français se resserre. On peut également citer les petites pépites en développement : AddUp (coentreprise Michelin-Fives, basée à Clermont-Ferrand), Lisi Aerospace, ou encore Prodways.

Ce qui distingue le centre de Romans-sur-Isère, c’est son positionnement dual nucléaire-défense, rarement réuni sur un même site en Europe. La plupart des acteurs de la fabrication additive métallique se concentrent sur l’aéronautique civile ou le médical, où les volumes sont plus importants et où les certifications sont plus faciles à obtenir. Framatome fait le pari inverse : servir deux marchés hautement réglementés (sûreté nucléaire d’un côté, secret défense de l’autre), avec des exigences de qualité, de traçabilité et de sécurité extrêmes. Si le pari fonctionne, l’entreprise se positionnera comme l’un des rares acteurs européens capables de fournir des pièces critiques certifiées pour deux filières stratégiques de premier plan. Un vrai fossé technologique à creuser face aux concurrents.

La fabrication additive n’est pas encore la technologie dominante de l’industrie mondiale. Elle représente aujourd’hui un marché de l’ordre de 5 milliards de dollars pour la partie métallique, avec une croissance annuelle de 20 à 25 % qui devrait faire tripler ce chiffre d’ici 2030. Mais elle devient rapidement une brique essentielle pour toute l’industrie de pointe.

Pour la France, qui cherche depuis dix ans à retrouver la souveraineté sur ses grandes filières stratégiques (nucléaire, défense, aéronautique, spatial), l’ouverture du centre de Romans-sur-Isère est un pas concret dans la bonne direction. À suivre de près dans les prochaines années : la montée en puissance du site, les premiers gros contrats gagnés à l’international, et l’éventuelle extension des capacités pour absorber la vague de demandes qui approche.

La renaissance industrielle française se jouera aussi dans ces choix technologiques discrets qui, mis bout à bout, dessinent les contours d’une nouvelle ère.

Résumé en un coup d’oeil sur le nouveau centre de fabrication additive métallique de Romans-sur-Isère :

nouveau centre de fabrication additive métallique de Romans-sur-Isère

Sources :

  • Framatome, Framatome inaugure un centre de fabrication additive à Romans-sur-Isère (2 juillet 2026)
    https://www.framatome.com/medias-actualites/actualites/framatome-inaugure-un-centre-de-fabrication-additive-a-romans-sur-isere/
    Communiqué officiel de l’inauguration, avec citations de Grégoire Ponchon et description technique des deux procédés utilisés.
  • Ministère des Armées, Loi de programmation militaire 2024-2030
    https://www.defense.gouv.fr/lpm-2024-2030
    Détails officiels de la LPM 2024-2030 (413 milliards d’euros), avec les orientations sur la Force Océanique Stratégique et la modernisation des sous-marins.
  • SFEN (Société Française d’Énergie Nucléaire), Le programme EPR2 : où en est-on ? (2026)
    https://www.sfen.org/rgn/programme-epr2/
    Point d’étape sur le programme EPR2 français (6 réacteurs + option 8) et les fournisseurs impliqués, dont Framatome pour la chaudière et le combustible.
  • France Relance, Plan de relance industriel — Fabrication additive et souveraineté
    https://www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/mesures/fabrication-additive-souverainete
    Contexte politique et industriel du plan France 2030 sur les technologies de rupture, dont la fabrication additive.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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