EDF se positionne sur un nouveau chantier nucléaire de 12,8 milliards d’euros au Royaume-Uni pour un projet de SMR couplé à un data center

Date:

Cottam, du charbon au nucléaire en une décennie.

Le 24 juin 2026, Holtec International (USA) et EDF (France) ont déposé une proposition conjointe au gouvernement britannique pour déployer jusqu’à 4 petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR pour Small Modular Reactors) sur le site de l’ancienne centrale à charbon de Cottam, dans le Nottinghamshire.

Le projet, estimé à 15 milliards de dollars (environ 12,8 milliards d’euros), vise à alimenter en électricité un futur data center géant de 1 gigawatt, dédié à l’intelligence artificielle.

Cette fois, on le sent clairement, la course au mix « nucléaire / data centers » est lancée !

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Le site de Cottam fait partie de ce que les Britanniques surnomment la « Megawatt Valley », une vallée industrielle de l’est de l’Angleterre qui a fourni pendant un siècle l’électricité au charbon de tout le pays. La centrale a fermé en 2019, et les tours de refroidissement caractéristiques ont été démolies en 2025.

Sauf que le site, lui, garde une infrastructure rare et précieuse : environ 364 hectares, une connexion au réseau électrique haute tension déjà en place, et de la place à revendre pour de nouvelles installations industrielles.

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C’est cette opportunité qu’EDF UK, Holtec et le promoteur immobilier britannique Tritax Management avaient repérée en septembre 2025, en y signant un premier protocole d’accord (Memorandum of Understanding). Neuf mois plus tard, en juin 2026, la proposition formelle est désormais sur la table du gouvernement britannique. Sur les 364 hectares (900 acres) du site, 61 hectares (150 acres) seront consacrés au data center et 40 hectares (100 acres) aux quatre réacteurs SMR-300. Le reste sera utilisé pour les infrastructures associées (stations électriques, postes de raccordement, refroidissement). Le projet s’inscrit dans le Trent Valley Supercluster, un dossier déposé auprès du gouvernement britannique pour faire reconnaître la zone comme « AI Growth Zone » officielle.

Le site de la centrale électrique de Cottam dans le Nottinghamshire, où Holtec, EDF et Tritax prévoient de développer des réacteurs SMR-300 et des centres de données.
Le site de la centrale électrique de Cottam dans le Nottinghamshire, où Holtec, EDF et Tritax prévoient de développer des réacteurs SMR-300 et des centres de données.
Caractéristique Valeur
Localisation Cottam, Nottinghamshire, Royaume-Uni
Surface totale du site 364 hectares (900 acres)
Acteurs principaux Holtec International (USA), EDF UK (France), Tritax Management (UK)
Date du dépôt officiel 24 juin 2026
Technologie Holtec SMR-300 (réacteur à eau pressurisée)
Nombre de réacteurs prévus Jusqu’à 4 SMR-300
Puissance totale 1 200 MW électriques (4 × 300 MW)
Surface dédiée aux SMR 40 hectares (100 acres)
Surface dédiée aux data centers 61 hectares (150 acres)
Investissement estimé 15 milliards de dollars (environ 12,8 milliards d’euros)
Capacité data centers 1 GW
Mise en service data centers Fin de la décennie (2029-2030)
Mise en service SMR Années 2030
Sous-traitants français Framatome (combustible) et Arabelle Solutions (turbines)
Statut réglementaire Stage 2 du Generic Design Assessment britannique validé
Inscription Trent Valley Supercluster, candidat AI Growth Zone

Rick Springman, le président de Holtec, a salué « un jalon important pour le projet et pour le nucléaire avancé en Grande-Bretagne ». Simone Rossi, CEO d’EDF UK, lui répond en évoquant « le soutien aux ambitions du gouvernement britannique pour étendre sa capacité nucléaire et le développement d’une région qui a tant donné au Royaume-Uni à travers son héritage charbonnier ».

Bref, ambiance positive de part et d’autre de l’Atlantique. Reste maintenant à convaincre les régulateurs britanniques !

Le SMR-300 est un réacteur à eau pressurisée (REP) à deux boucles sûr et sécurisé, qui fournit une source constante d'énergie propre à partir de la chaleur de fission du combustible d'uranium faiblement enrichi.
Le SMR-300 est un réacteur à eau pressurisée (REP) à deux boucles sûr et sécurisé, qui fournit une source constante d’énergie propre à partir de la chaleur de fission du combustible d’uranium faiblement enrichi.

Le SMR-300, c’est quoi exactement ?

Si le grand public connaît plus ou moins l’EPR (l’imposant réacteur français de 1 600 MW qu’on construit à Hinkley Point ou à Flamanville), le SMR reste une catégorie nettement moins familière. La différence pourtant est claire et fondamentale : un EPR est un dinosaure de l’industrie nucléaire, conçu sur mesure et construit sur site pendant 10 à 15 ans. Un SMR, lui, est conçu pour être fabriqué en usine, transporté par modules, et assemblé sur place en quelques années.

Le SMR-300 de Holtec, plus précisément, est un réacteur à eau pressurisée (PWR pour Pressurized Water Reactor) classique miniaturisé. Il produit 300 mégawatts d’électricité et 1 050 mégawatts de chaleur, ce qui le rend aussi utilisable pour des applications industrielles (chauffage urbain, production d’hydrogène, dessalement).

La particularité maison ? Une sécurité dite « walk-away safe ». Comprendre : si tout le monde abandonne le réacteur en cas d’accident, sans électricité, sans intervention humaine, sans pompage d’eau, la machine se met d’elle-même en arrêt sûr grâce à des systèmes passifs (gravité, convection naturelle, dilatation thermique). Une réponse directe au syndrome de Fukushima, où l’absence d’électricité avait précipité la catastrophe.

Comme tout SMR sérieux, le SMR-300 a aussi vocation à être refroidi à l’air dans les zones où l’eau manque. Un argument décisif pour les régions désertiques mais aussi pour de plus en plus de sites européens confrontés au stress hydrique l’été.

Voici comment il se compare aux principaux concurrents qui se bousculent aujourd’hui sur le marché mondial des SMR :

Modèle Fabricant Puissance Technologie Statut
SMR-300 Holtec (USA) 300 MWe PWR (eau pressurisée) Construction Palisades 2026, Cottam en projet
SMR Rolls-Royce Rolls-Royce SMR (UK) 470 MWe PWR (eau pressurisée) Choix officiel UK pour Wylfa, FID en 2029
BWRX-300 GE-Hitachi (USA/Japon) 300 MWe BWR (eau bouillante) Construction en cours en Ontario (Canada)
AP300 Westinghouse (USA) 300 MWe PWR (eau pressurisée) En développement
Natrium TerraPower (USA, Bill Gates) 345 MWe Réacteur rapide au sodium Construction démarrée au Wyoming
Linglong One CNNC (Chine) 125 MWe PWR (eau pressurisée) Opérationnel à Hainan depuis 2026
Nuward EDF (France) 170 MWe (par module, 2 modules) PWR (eau pressurisée) Restructuration stratégique 2024, redémarrage

Sur les six concurrents internationaux les plus crédibles, cinq sont d’origine américaine et un seul britannique. Côté français, le projet Nuward d’EDF a connu une grosse restructuration stratégique en 2024 et n’est pas encore au niveau de maturité industrielle de ses rivaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles EDF UK choisit de s’allier avec Holtec plutôt que de pousser sa propre technologie en Grande-Bretagne.

Pragmatique, mais pas anodin.

Pourquoi cette association EDF-Holtec ?

À première vue, le couplage peut sembler étrange. Holtec n’est pas une marque grand public mais une vraie référence industrielle américaine basée à Camden dans le New Jersey, spécialisée historiquement dans le stockage du combustible usé et le démantèlement des centrales. La société est dirigée par Kris Singh, fondateur charismatique, et son SMR-300 a la particularité d’avoir été conçu dès l’origine comme une solution pour les sites nucléaires existants à reconvertir (et accessoirement pour les data centers). Holtec mène actuellement aux États-Unis son programme phare « Mission 2030 », qui consiste à installer ses deux premiers SMR-300 baptisés Pioneer 1 et 2 sur le site de Palisades dans le Michigan. Une centrale qu’Holtec est aussi en train de redémarrer (la première mise à l’arrêt définitif jamais relancée aux États-Unis, financée par un prêt fédéral de 1,52 milliard de dollars du Department of Energy). Le permis de construire a été déposé auprès du régulateur américain (NRC) fin 2025.

De son côté, EDF possède quelque chose d’unique : l’expertise opérationnelle nucléaire britannique. Le groupe français exploite déjà 5 centrales nucléaires au Royaume-Uni, construit Hinkley Point C avec son grand frère chinois CGN, et finalise actuellement le tour de table de Sizewell C. EDF UK est dirigée par Simone Rossi, un italien expérimenté du marché britannique, qui voit dans cette opération une diversification utile : passer du tout-EPR (gros, cher, long) au mix EPR + SMR (plus flexible, plus court, mieux adapté aux nouveaux usages). La complémentarité est claire. Holtec apporte le réacteur et la technologie. EDF apporte la connaissance du terrain britannique, des régulateurs, et de la chaîne d’approvisionnement nucléaire européenne. Tritax, le promoteur immobilier, apporte les data centers.

Petite cerise sur le gâteau : le projet prévoit d’utiliser du combustible et des services nucléaires français via Framatome, et des turbines françaises via Arabelle Solutions (l’ancien GE Steam Power, racheté par EDF en 2024 pour un milliard d’euros). Donc même si le réacteur est américain, la filière française gagne quand même au passage. Voilà comment on fait du business international intelligemment !

Trump, Miliband et l’Atlantic Partnership

Si le timing du dépôt formel intervient en juin 2026, le projet a en réalité été lancé politiquement en septembre 2025, à la veille d’une visite d’État du président Donald Trump au Royaume-Uni. Cette semaine particulière (du 14 au 24 septembre 2025) a vu se concrétiser ce qu’on appelle désormais l’Atlantic Partnership for Advanced Nuclear Energy, un cadre de coopération bilatérale entre Washington et Londres qui a généré plus de 100 milliards de dollars d’accords nucléaires en quelques jours, selon Power Magazine. Outre Cottam, on y trouve par exemple le projet Centrica + X-energy pour 12 réacteurs Xe-100 à Hartlepool (jusqu’à 6 GW potentiel), et Last Energy + DP World pour des microréacteurs au port de London Gateway.

Le ministre britannique de la Sécurité énergétique, Ed Miliband, ne cache pas son enthousiasme : « Les petits réacteurs modulaires joueront un rôle clé dans notre futur mix énergétique propre. » Cela tombe bien, le Royaume-Uni a un besoin énorme et urgent. La demande électrique britannique va exploser avec l’arrivée massive de data centers IA, et le réseau actuel ne suit pas. Le gouvernement a fixé l’objectif de 24 GW de nucléaire en 2050, soit le triple de la capacité actuelle. Mais les EPR Hinkley Point C et Sizewell C ne suffiront pas. Il faut des SMR. Et il les faut vite.

Cela dit, Holtec et EDF ne sont pas seuls en lice. Le gouvernement britannique a officiellement choisi en 2025, à l’issue d’un appel d’offres national, la technologie Rolls-Royce SMR pour son premier déploiement industriel à Wylfa, dans le nord du Pays de Galles. Au moins trois réacteurs Rolls-Royce de 470 MW y sont prévus, avec une décision finale d’investissement attendue en 2029. La concurrence avec Cottam est donc réelle. Mais Whitehall a explicitement précisé que le choix de Rolls-Royce « ne ferme pas la porte » à d’autres technologies SMR. Le marché britannique est donc ouvert à un mix de technologies, et le Royaume-Uni pourrait bien finir par avoir aussi bien du Rolls-Royce que du Holtec, du X-energy et du Last Energy.

Quand les data centers IA sauvent le nucléaire

Voilà ce qu’il faut peut-être retenir de cette histoire au-delà de l’événement industriel. La grande renaissance nucléaire qu’on observe en 2026 n’est pas portée principalement par la décarbonation (même si elle en bénéficie), mais par un besoin nouveau et soudain : celui des data centers d’intelligence artificielle. Microsoft, Google, Amazon, Meta, OpenAI ont besoin de gigawatts d’électricité 24 heures sur 24, fiables, propres, dédiés. Le solaire et l’éolien, qui dépendent du temps qu’il fait, ne peuvent pas faire le boulot tout seuls. Le gaz émet trop de CO₂ et coûte cher. Le nucléaire, lui, coche toutes les cases et les SMR, en particulier, sont parfaitement dimensionnés (300 à 500 MW) pour servir un campus de data centers.

C’est exactement ce schéma qui se concrétise à Cottam. Le data center de 1 GW sera d’abord alimenté par des énergies renouvelables (solaire et éolien à grande échelle sur le site), puis les SMR-300 prendront progressivement le relais à partir des années 2030. À ce moment-là, les opérateurs IA britanniques disposeront d’un site complètement autonome, à la fois data center et centrale électrique, capable de produire et de consommer son propre courant en boucle fermée. Un modèle qui devrait se répliquer ailleurs en Europe, en commençant par la Suède, l’Italie ou la France. Sans oublier que Microsoft a déjà signé un accord aux États-Unis pour redémarrer un réacteur historique de Three Mile Island et alimenter ses serveurs IA. Le mariage entre nucléaire et IA n’est pas une promesse théorique. C’est une réalité qui se construit en ce moment même.

Pour la France et pour EDF en particulier, l’opération Cottam est un petit coup de génie tactique. Sans pousser un SMR français qui n’est pas encore prêt, le groupe se positionne comme un acteur central du déploiement européen des SMR, transporte ses sous-traitants français dans la danse, et apprend en grandeur réelle les codes du métier en s’associant à un partenaire américain de confiance.

Reste à voir si les régulateurs britanniques (notamment l’Office for Nuclear Regulation) donneront le feu vert dans des délais raisonnables, et si le couple Holtec-EDF tiendra ses promesses sur les coûts et les délais mais le mouvement semble cette fois bien lancé !

Sources :

  • EDF Energy, Holtec International, EDF UK and Tritax announce plans to develop Cottam site with data centres and advanced nuclear technologies (15 septembre 2025)
    https://www.edfenergy.com/media-centre/holtec-international-edf-uk-and-tritax-announce-plans-develop-cottam-site-data-centres-and
    Communiqué original du MoU annoncé avant la visite de Donald Trump au Royaume-Uni, avec déclarations d’Ed Miliband et Kris Singh.
  • Holtec International, UK PM’s Office Announces the Joint Plan by Holtec International and EDF UK to Provide SMR-300s to Power Data Centers at the Cottam site (septembre 2025)
    https://holtecinternational.com/hh-40-19 /
    Présentation officielle Holtec du projet Cottam et de l’investissement estimé à 15 milliards de dollars.
  • Power Magazine, UK Confirms Wylfa as Launch Site for First Nuclear SMR Fleet (novembre 2025)
    https://www.powermag.com/uk-confirms-wylfa-as-launch-site-for-first-nuclear-smr-fleet /
    Détails sur l’Atlantic Partnership for Advanced Nuclear Energy et plus de 100 milliards de dollars d’accords UK-USA, ainsi que sur la décision Wylfa pour Rolls-Royce.
  • Data Center Dynamics, UK and US firms outline plans for advanced nuclear development and SMR powered data centers (mars 2026)
    https://www.datacenterdynamics.com/en/news/uk-and-us-firms-outline-plans-for-advanced-nuclear-development-and-smr-powered-data-centers /
    Détails sur les 900 acres du site Cottam, la répartition des surfaces et le Trent Valley Supercluster.
  • US Department of Energy, Holtec’s Small Modular Reactor Can Go Almost Anywhere, Even Michigan
    https://www.energy.gov/ne/articles/holtecs-small-modular-reactor-can-go-almost-anywhere-even-michigan /
    Présentation officielle du SMR-300 et du prêt fédéral de 1,52 milliard de dollars accordé à Holtec pour Palisades.
  • Holtec Britain, Holtec International and EDF in the UK announce plans to deploy SMR-Powered data centres at Cottam, UK
    https://holtecbritain.com/holtec-international-and-edf-in-the-uk-announce-plans-to-deploy-smr-powered-data-centres-at-cottam-uk /
    Présentation détaillée du site Cottam, des plans d’investissement et des sous-traitants français (Framatome, Arabelle Solutions).

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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