Le système D à la manière des garde-côtes canadiens.
Le 10 septembre 2026, à Prescott, en Ontario, la Garde côtière canadienne a officiellement accueilli le CCGS Judy LaMarsh dans sa flotte.
C’est un événement remarquable vu qu’il s’agit du premier grand navire affecté aux opérations des Grands Lacs depuis plus de trente ans !
Trois décennies sans renfort de taille sur l’un des axes maritimes les plus fréquentés du pays. En outre, pour combler les trous, le Canada n’a pas commandé un bâtiment neuf et a acheté un remorqueur d’occasion à l’autre bout du monde.
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Le CCGS Judy LaMarsh est officiellement intronisé au sein de la garde côtière canadienne
Un parcours peu commun pour un brise-glace
Ce navire est originellement sorti d’un chantier roumain en 2010, sous le nom de Mangystau-2. Lors de sa première vie, il a rempli la fonction de remorqueur-pompier commercial sur la mer Caspienne, sous pavillon du Turkménistan.
En 2021, le Canada le rachète à une compagnie du Nouveau-Brunswick, dans l’idée d’ajouter vite un brise-glace léger à sa flotte pendant que les vieux navires partent en révision. Entre 2023 et 2025, l’engin passe par la case chantier à Terre-Neuve : propulsion refaite, communications et navigation modernisées, quartiers d’équipage rénovés, et une grue toute neuve pour manipuler les bouées. Le voilà rebaptisé du nom de Judy LaMarsh, l’une des premières femmes ministres du Canada.
Le Judy LaMarsh est entré en service en décembre 2025 et a été officiellement accueilli dans la flotte des Grands Lacs lors d’une cérémonie à Prescott le 10 septembre.
Sa tâche est d’épauler les deux vétérans du secteur, le Samuel Risley et le Griffon. Sa zone de travail court sur 2 400 kilomètres le long de la frontière avec les États-Unis, du Saint-Laurent jusqu’au lac Supérieur.
Le Judy LaMarsh n’est d’ailleurs pas un cas isolé au sein de la flotte puisqu’il s’agit du quatrième brise-glace d’occasion que le Canada s’offre en quelques années, après les Jean Goodwill, Vincent Massey et Captain Molly Kool, d’anciens navires de ravitaillement offshore rachetés puis convertis. Quatre bateaux de seconde main pour tenir la ligne.
Une flotte de 118 navires, mais qui fatigue
Derrière ce bricolage se cache en effet un problème de fond. La Garde côtière canadienne aligne environ 118 navires, du canot de sauvetage au brise-glace lourd.
Sur le papier, c’est du costaud. Dans les faits, une bonne partie de cette « grande Armada » approche de la retraite, à commencer par les 19 brise-glaces du parc, dont plusieurs naviguent depuis les années 1970 ou 1980.
Voici un tableau récap de la flotte Garde côtière canadienne :
| Catégorie | Nombre indicatif | Rôle principal | Exemples |
|---|---|---|---|
| Brise-glaces lourds | 2 | Arctique et Saint-Laurent | Louis S. St-Laurent, Terry Fox |
| Brise-glaces moyens | environ 6 | Fleuves et golfe l’hiver, Arctique l’été | Pierre Radisson, Amundsen, Des Groseilliers, Henry Larsen |
| Brise-glaces légers et baliseurs | plusieurs | Grands Lacs, entretien des bouées | Samuel Risley, Griffon |
| Brise-glaces intérimaires (d’occasion) | 4 | Renfort en attendant les navires neufs | Jean Goodwill, Vincent Massey, Captain Molly Kool, Judy LaMarsh |
| Patrouilleurs semi-hauturiers | 9 | Surveillance des pêches et sécurité | Classe Hero |
| Navires scientifiques hauturiers | 4 | Recherche halieutique et océanographique | Classe Sir John Franklin, Naalak Nappaaluk |
| Aéroglisseurs | 4 | Zones peu profondes, sauvetage, bouées | Classe Waban-Aki |
| Canots de recherche et sauvetage | une quarantaine | Sauvetage côtier | Classes Bay et Cape |
Ordres de grandeur pour une flotte d’environ 118 navires, hors petites embarcations. Le total des unités capables de casser la glace, toutes catégories confondues, avoisine 19.
Le grand renouvellement, enfin lancé
La bonne nouvelle, c’est que le remplacement est en route, et il est massif. Le Canada a confié à ses chantiers un carnet de commandes qui donne le tournis. Seaspan, à Vancouver, doit livrer jusqu’à 16 brise-glaces polyvalents, pour une enveloppe estimée à 14,2 milliards de dollars canadiens (près de 7,4 milliards d’euros). Le chantier Davie, au Québec, en construira jusqu’à six autres, plus léger, ainsi qu’un des deux brise-glaces polaires lourds prévus. Irving, à Halifax, ajoute deux patrouilleurs arctiques, les futurs Donjek Glacier et Sermilik Glacier, pour 2,1 milliards de dollars canadiens, environ 1,1 milliard d’euros.
La mauvaise nouvelle, c’est le calendrier. Les premiers de ces géants ne sont pas attendus avant 2030, et l’histoire récente des chantiers navals canadiens et américains invite à la méfiance sur les délais. D’ici là, il faudra bien que quelqu’un dégage les chenaux gelés chaque hiver. D’où les quatre brise-glaces d’occasion, dont le Judy LaMarsh, achetés pour faire la soudure.
Du rafistolage assumé, en somme, pour éviter la panne sèche pendant que les cales se remplissent.
Une Garde côtière propulsée dans la défense avec de vieux rafiots
Il y a un détail qui n’a l’air de rien, dans cette cérémonie de Prescott : ce n’est pas le ministre des Pêches qui a pris la parole, mais celui de la Défense, David McGuinty. La raison est que depuis le 2 septembre 2025, le Canada a rattaché sa Garde côtière au ministère de la Défense. L’agence reste civile et n’a pas vocation à être armée, mais son budget, environ 2,84 milliards de dollars canadiens par an, compte désormais dans les dépenses militaires que le pays doit présenter à l’OTAN pour atteindre la barre des 2 % de son produit intérieur brut.
Derrière cette pirouette comptable se cache une vraie ambition. Ottawa veut confier à sa Garde côtière un rôle de sentinelle, surtout dans un Arctique de plus en plus convoité, où le passage du Nord-Ouest s’ouvre à mesure que la banquise recule. En mai 2026, le gouvernement a promis 816 millions de dollars canadiens sur sept ans, environ 425 millions d’euros, pour créer un centre de surveillance maritime à Iqaluit et équiper ses hélicoptères de matériel de reconnaissance.
On demande donc à cette flotte de faire davantage, de surveiller plus loin, de tenir un rôle quasi stratégique. Sauf qu’on le lui demande avec des brise-glaces des années 1970 et un ancien remorqueur turkmène remis à neuf. Entre les missions qu’on lui promet et les coques dont elle dispose, la Garde côtière canadienne joue les prochaines années sur un pari : que les navires neufs sortent des chantiers avant que les vieux ne rendent l’âme.
Sources principales :
Gouvernement du Canada — Flotte : catégories de navires de la Garde côtière canadienne
https://www.canada.ca/fr/garde-cotiere-canadienne/services/flotte/categories-navires.html
Composition officielle de la flotte par catégorie : brise-glaces, patrouilleurs, navires scientifiques et aéroglisseurs.
Gouvernement du Canada — La Défense nationale accueille la Garde côtière canadienne au sein de l’Équipe de la Défense (2 septembre 2025)
https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/nouvelles/2025/09/la-defense-nationale-accueille-la-garde-cotiere-canadienne.html
Intégration de la Garde côtière au ministère de la Défense, statut civil maintenu et objectifs de sécurité.
CBC News — Canadian Coast Guard getting $816M to boost Arctic security (22 mai 2026)
https://www.cbc.ca/news/politics/mcguinty-arctic-coast-guard-drones-radar-9.7208608
Détail des 816 millions de dollars sur sept ans pour le rôle sécuritaire de la Garde côtière dans l’Arctique.
Vanguard — The Future Fleet of the Canadian Coast Guard (septembre 2025)
https://vanguardcanada.com/the-future-fleet-of-the-canadian-coast-guard/
Programme de renouvellement : brise-glaces polyvalents, de programme et polaires, et âge de la flotte actuelle.
The Maritime Executive — Canada Moves its Coast Guard Into its Defense Ministry (3 septembre 2025)
https://maritime-executive.com/article/canada-moves-coast-guard-out-of-regulatory-agency-into-defense-ministry
Contexte de l’intégration à la Défense, comptabilité OTAN et rôle élargi de surveillance maritime.
Crédit image de mise en avant : Gouvernement du Canada




