La France va miser une partie de son avenir nucléaire sur ce nouveau prototype de réacteur construit à quelques kilomètres du projet ITER à Cadarache par Stellaria et le CEA

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Ce réacteur nucléaire français pourrait manger ses propres déchets… et il vise désormais un site réel à Cadarache.

Stellaria et le CEA viennent d’officialiser leur volonté d’étudier l’implantation d’une installation nucléaire baptisée ALPHA sur le site de Cadarache, à deux pas d’un autre démonstrateur et non des moindres : ITER.

ALPHA est un ensemble complet, comprenant une maquette, un réacteur démonstrateur et même une unité dédiée à la fabrication du combustible sous forme de sels.

La Lettre d’Intention (LOI) signée par les deux parties et relative à l’étude de l’implantation d’une INB (Installation Nucléaire de Base) « ALPHA » signifie une chose : le projet quitte le monde des idées pour rentrer dans le réel.

Lire aussi :

Stellaria et le CEA signent une Lettre d’intention relative à la création d'(une installation nucléaire appelée « ALPHA »

Une INB désigne une Installation Nucléaire de Base, autrement dit le cadre réglementaire le plus strict pour toute installation nucléaire en France. Concrètement, cela couvre les réacteurs, les usines de traitement du combustible ou encore les sites de stockage de déchets.

Ces installations ne peuvent exister qu’après un processus long et exigeant, avec autorisation par décret, avis de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), enquête publique et contrôles sur toute leur durée de vie. Définies par l’article L593-2 du code de l’environnement, elles sont classées selon leur niveau de radioactivité et représentent environ 140 sites en France, des centrales d’EDF aux installations du CEA en passant par celles d’Orano.

C’est ce genre de site que le CEA et Stellaria veulent ouvrir à Cadarache pour expérimenter un nouveau type de réacteur.

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Stellarium, un réacteur qui change complètement les règles du jeu

Contrairement aux réacteurs classiques, où le combustible est solide, Stellaria développe un réacteur à sels fondus à combustible liquide, fonctionnant en neutrons rapides. Cette combinaison permet non seulement de produire de l’énergie, mais aussi de valoriser des ressources existantes comme les 300 000 tonnes d’uranium appauvri en France et de réduire une partie des déchets nucléaires à vie longue.

Autre rupture, son fonctionnement. Le réacteur opère à très basse pression (moins de 1,5 bar) et en convection naturelle, sans pompe ni pièce mécanique en mouvement dans le cœur, ce qui offre une architecture plus simple et un niveau de sûreté potentiellement élevé grâce à un combustible dit autostabilisant.

Le tout tient dans un bloc compact d’environ 7 mètres de haut pour 4 mètres de diamètre, avec une puissance cible de 250 MW thermiques (110 MW électriques). Sa capacité à moduler rapidement sa puissance le rapproche du fonctionnement d’une centrale à gaz, un atout dans un système énergétique de plus en plus variable.

Pourquoi Cadarache change tout

Le choix du site n’est pas un détail administratif. Cadarache est l’un des centres névralgiques de la recherche nucléaire en Europe.

On y trouve des plateformes expérimentales, des équipes de haut niveau et un environnement déjà structuré pour accueillir des installations sensibles. C’est aussi un lieu où coexistent plusieurs visions de l’énergie, de la fission à la fusion, avec des projets comme ITER à proximité.

Implanter un démonstrateur ici, même à l’état d’étude, donne une crédibilité immédiate au projet. Cela signifie que le dialogue avec les institutions est engagé, que des scénarios concrets sont envisagés et que l’on commence à regarder les contraintes d’implantation, de sûreté et d’exploitation.

Une start-up qui accélère très vite

Stellaria n’est pas une simple jeune pousse sortie de nulle part. Elle est issue du CEA et de Schneider Electric, ce qui lui donne une base technique solide dès le départ.

En quelques mois, l’entreprise a enchaîné des étapes que beaucoup mettent des années à franchir avec une levée de fonds de 23 millions d’euros en 2025, un premier contrat de pré-commande avec Equinix et surtout le dépôt d’une Demande d’Autorisation de Création en début d’année 2026.

Déposer une DAC, ce n’est pas seulement demander une autorisation, c’est accepter de figer un design, de démontrer sa sûreté et d’entrer dans un processus réglementaire long et exigeant.

Autrement dit, Stellaria ne teste plus une idée et tente de prouver qu’elle peut construire un réacteur !

Une pièce de plus dans un puzzle nucléaire en pleine recomposition

Cette annonce s’inscrit dans un moment très particulier pour la filière française.

Depuis deux ans, les projets se multiplient. Certains misent sur des réacteurs de nouvelles générations comme Stellaria, Otrera ou newcleo, tandis que d’autres cherchent à décarboner directement l’industrie ou les villes avec des petits réacteurs dont la technologie est elle déjà éprouvée, à l’image de Jimmy Energy ou Calogena.

Pour expliquer plus simplement aux lecteurs, nous allons reprendre les 3 acteurs français principaux sur des réacteurs de générations IV (la plus sophistiquée).

Représentation d'artiste du réacteur d'Otrera.
Représentation d’artiste du réacteur d’Otrera.

Trois visions du nucléaire avancé : plomb, sodium ou sel fondu

Chez newcleo, le choix repose sur un réacteur à neutrons rapides refroidi au plomb liquide. Le principe reste proche du nucléaire classique : le combustible est solide, sous forme de barreaux de MOX, plongés dans une cuve où circule le plomb pour évacuer la chaleur. L’objectif est d’atteindre environ 200 MW électriques.

Du côté de Otrera, le réacteur utilise du sodium liquide, une technologie bien connue en France (qui en a été un des précurseurs) grâce aux programmes Phénix et Superphénix. Le réacteur vise environ 300 MW thermiques pour 110 MW électriques, avec une cuve très compacte, inférieure à 3 mètres de diamètre. Ici, l’enjeu n’est pas de tout réinventer, mais de rendre cette technologie enfin industrialisable à grande échelle.

Enfin, Stellaria pousse la rupture encore plus loin. Son réacteur à sels fondus utilise un combustible liquide, directement dissous dans le fluide. Le cœur devient entièrement fluide, avec une circulation continue qui permet d’envisager une gestion dynamique du combustible et une réduction des déchets. La puissance cible tourne autour de 110 MWe par unité.

Pour résumer : newcleo et Otrera refroidissent un combustible solide, Stellaria transforme le combustible lui-même en liquide.

Comparaison des technologie des réacteurs de Stellaria, newcleo et Otrera.

Un soutien massif de l’État, mais une course mondiale

Derrière cette effervescence, il y a une stratégie très claire. Le programme France 2030 prévoit environ un milliard d’euros pour soutenir les réacteurs innovants.

L’idée est d’accélérer la transition énergétique, reconstruire une filière industrielle nucléaire (certes encore opérante mais vieillissante) et rester dans la course face aux grandes puissances. Les scénarios climatiques évoquent un possible doublement du nucléaire mondial d’ici 2050, ce qui transforme ces projets en enjeux stratégiques.

Dans le même temps, la concurrence avance vite. La Chine développe ses propres réacteurs à sels fondus, les États-Unis relancent leurs programmes et le Royaume-Uni structure une filière SMR ambitieuse.

Le premier à démontrer un réacteur fonctionnel à grande échelle prendra une avance considérable !

Sources :

  • CEA, Stellaria et le CEA signent une Lettre d’Intention relative à l’étude de l’implantation d’une INB « ALPHA » sur le centre du CEA de Cadarache (Mardi 21 avril 2026)
    Communiqué de presse
  • Gouvernement français, France 2030 : 2 premiers lauréats de nouveaux petits réacteurs nucléaires innovants (12 mars 2026),
    https://www.info.gouv.fr/actualite/france-2030-2-premiers-laureats-de-nouveaux-petits-reacteurs-nucleaires-innovants
    communication officielle présentant les premiers projets sélectionnés dans le cadre du plan France 2030 pour le développement de petits réacteurs nucléaires, avec un focus sur les technologies retenues et les enjeux de souveraineté énergétique.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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