Les Français ne connaissent pas son nom et pourtant sans cette entreprise leur pays n’aurait ni sous-marin ni porte-avions nucléaires : TechnicAtome

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Cinquante ans dans l’ombre du nucléaire français.

Basée à Villiers-le-Bâcle, sur le plateau de Saclay, TechnicAtome conçoit depuis cinquante ans les chaufferies nucléaires compactes qui équipent les sous-marins et les porte-avions de la Marine nationale. Une compétence si rare qu’elle est détenue par seulement trois pays au monde : la France, les États-Unis et la Russie. Avec l’entrée en réalisation du porte-avions « France Libre », le renouvellement des sous-marins lanceurs d’engins et la fin du programme Barracuda, TechnicAtome aborde la décennie la plus chargée de son histoire pour un carnet de commandes record de 3,5 milliards d’euros, un chiffre d’affaires en hausse de 24 % en deux ans, et 100 recrutements programmés en 2026.

Pas mal pour une société dont la plupart des Français ignorent jusqu’à l’existence !

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TechnicAtome s’est rendu indispensable au secteur du nucléaire français

L’entreprise est née en 1972 d’un essaim du Commissariat à l’énergie atomique. Le CEA détache 150 ingénieurs de son Département de construction des piles pour créer sa première filiale industrielle. Sa mission est alors de concevoir et fabriquer des réacteurs nucléaires pour la Marine nationale, qui veut alors se doter de sous-marins capables de rester en plongée des semaines durant. Deux ans plus tard, le Département de propulsion nucléaire rejoint la nouvelle entité. Le noyau dur est constitué !

Pendant cinquante ans, TechnicAtome traversera tous les soubresauts de la filière nucléaire française. Elle a été absorbée par Areva en 2006 sous le nom d’Areva TA, puis libérée du groupe en 2017 quand celui-ci s’effondrait sous le poids du dossier finlandais d’Olkiluoto. Depuis, l’entreprise est repassée sous contrôle direct de l’État. Son actionnariat dit tout de son rôle stratégique : l’Agence des participations de l’État détient 50,3 %, le CEA et Naval Group 20,3 % chacun, EDF complète à 9 %. Un quatuor public typiquement français, avec autour de la table à la fois l’État, le concepteur des navires et l’exploitant de l’énergie nucléaire civile.

Aujourd’hui c’est une entreprise de 2 200 salariés, répartis sur les huit sites qui maillent le territoire au plus près des grands ports militaires : Cadarache, Aix-en-Provence, Toulon, Brest, Cherbourg, Bordeaux, Nantes. Là où la Marine répare ses navires nucléaires, TechnicAtome n’est jamais loin.

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Trois programmes simultanés, un calendrier verrouillé

Ce qui rend l’année 2026 historique, c’est l’accumulation des chantiers.

Pour la première fois, TechnicAtome conduit en parallèle trois grands programmes structurants de la dissuasion et de la défense françaises. Chacun pèse plusieurs milliards d’euros, chacun a un calendrier propre, chacun mobilise des centaines d’ingénieurs.

Le programme phare concerne un tout petit projet (dont vous n’avez probablement jamais entendu parler) : « la France Libre ». Annoncé par le président de la République en décembre 2025, ce porte-avions de nouvelle génération succédera au Charles de Gaulle vers 2038. Avec 78 000 tonnes contre 42 500 pour son aîné, il pèse près du double. Pour le propulser à 27 nœuds malgré ce gabarit, TechnicAtome a conçu une nouvelle chaufferie baptisée K22, capable d’emporter deux fois plus d’énergie que les K15 actuelles. L’autonomie visée entre deux rechargements de combustible passerait de 7 à 10 ans. L’entreprise parle d’une « prouesse de technologie et d’industrialisation ». Vu les enjeux, le terme n’est pas usurpé !

Le réacteur K15 équipe notamment le porte-avions Charles de Gaulle et les sous-marins de la classe Suffren.
Le réacteur K15 équipe notamment le porte-avions Charles de Gaulle et les sous-marins de la classe Suffren.

Le deuxième chantier concerne les sous-marins de classe Barracuda. Cette nouvelle génération de sous-marins nucléaires d’attaque remplace progressivement les vieux Rubis hérités des années 1980. Sur six unités prévues, trois sont déjà admises au service actif (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville) et le De Grasse a vu sa chaufferie diverger (elle a commencé la réaction en chaîne de fission) en décembre 2025. Le rythme est soutenu : une nouvelle chaufferie démarre environ tous les dix-huit mois. Les deux dernières unités sont attendues d’ici 2030.

Enfin le dernier et non des moindres, le programme SNLE 3G ! Ce dernier prépare le remplacement des actuels sous-marins lanceurs d’engins de la classe Le Triomphant, qui portent la composante océanique de la dissuasion nucléaire française. La chaufferie sera dérivée de la K15 actuelle, avec des innovations sur la durée de vie du cœur et la disponibilité opérationnelle. Première livraison attendue en 2037.

Le futur SNLE de 3e génération de la Marine nationale, baptisé Invincible, doit entrer en service vers 2036. Sa chaufferie nucléaire, actuellement préparée par TechnicAtome, sera assemblée de manière modulaire dès 2028 sur le site de Nantes-Indret avant son intégration à Cherbourg.Dérivée des réacteurs K15 des sous-marins Le Triomphant-class submarine, cette nouvelle génération de chaufferies doit améliorer les performances, la sûreté et la durée de vie du cœur nucléaire des futurs SNLE français.
Le futur SNLE de 3e génération de la Marine nationale, baptisé Invincible, doit entrer en service vers 2036. Sa chaufferie nucléaire, actuellement préparée par TechnicAtome, sera assemblée de manière modulaire dès 2028 sur le site de Nantes-Indret avant son intégration à Cherbourg.
Dérivée des réacteurs K15 des sous-marins Le Triomphant-class submarine, cette nouvelle génération de chaufferies doit améliorer les performances, la sûreté et la durée de vie du cœur nucléaire des futurs SNLE français.

TechnicAtome n’en est  pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà conçu les 22 chaufferies nucléaires embarquées depuis 1972.

Programme Navires concernés Chaufferie Jalons clés
Porte-avions « France Libre » 1 PA-NG (78 000 t) 2 × K22 Réalisation lancée fin 2025, livraison vers 2038
SNA Barracuda 6 sous-marins de classe Suffren K15 Suffren (2022), Duguay-Trouin (2024), Tourville (2025), De Grasse (divergence déc. 2025), 2 unités restantes d’ici 2030
SNLE 3G 4 sous-marins lanceurs d’engins K22 dérivée Conception détaillée achevée, livraison du premier bâtiment vers 2037

Une montée en puissance soutenue par un virage civil

En 2025, TechnicAtome affichait un chiffre d’affaires de 683 millions d’euros, en hausse de 24 % par rapport à 2023, et un résultat net de 84 millions. Le carnet de commandes atteint 3,5 milliards en 2026, dont 2,3 milliards enregistrés sur la seule année 2025. L’effectif suit l’activité : 2 200 salariés en CDI fin 2025, avec 100 recrutements supplémentaires programmés pour 2026.

À côté de ces engagements militaires, l’entreprise construit dans le civil le réacteur Jules Horowitz à Cadarache, futur outil de recherche et de production de radio-isotopes médicaux. Son réacteur d’essais à terre (RES), en exploitation depuis 2018, doit également servir à produire du tritium à partir de 2027 (un isotope précieux à la fois pour la dissuasion et pour les futurs réacteurs à fusion). TechnicAtome a longtemps participé au projet de petit réacteur modulaire Nuward aux côtés d’EDF avant de quitter le programme lors de la refonte du design.

Son PDG Loïc Rocard confirme néanmoins l’intérêt du groupe pour la chaleur nucléaire industrielle, un marché émergent qui consiste à fournir de la vapeur ou de la chaleur haute température à des industriels (sidérurgie, chimie) plutôt que de l’électricité. Le projet historique Thermos, lointain ancêtre français des SMR de chauffage urbain, refait ainsi surface sous des formes plus modernes.

Pour absorber cette charge croissante, l’entreprise a ouvert depuis 2024 une stratégie d’acquisitions ciblées. En juillet 2024, elle a racheté Daher-Valves avec Framatome (la société reprenant son nom historique de Vanatome). En octobre, elle a acquis Technoplus Industries aux côtés d’Onet et en mars 2025, Segault.

Trois fournisseurs spécialisés dans la robinetterie et les composants nucléaires critiques, qu’elle préfère désormais détenir plutôt que dépendre du marché. Au total, TechnicAtome travaille avec environ 150 entreprises partenaires, dont 98 % sont françaises.

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Une décennie sans droit à l’erreur

Reste un défi de taille : tenir le calendrier. Mener trois programmes en parallèle, sur des cycles d’ingénierie de plus de dix ans, avec une chaîne de sous-traitance composée à 98 % de PME françaises, n’a rien d’évident. Les compétences sont rares, les départs en retraite massifs dans la filière, et la concurrence pour recruter des ingénieurs nucléaires s’intensifie partout en Europe avec la relance de l’atome civil.

Le plan stratégique baptisé « CAP 2035 », adopté fin 2025, vise précisément à sécuriser ce point : compétences, visibilité industrielle des sous-traitants, garantie d’exécution des contrats. Le moindre retard sur la chaufferie K22, sur la qualification des composants ou sur la production des cœurs nucléaires aurait des répercussions en chaîne sur le calendrier de la Marine, sur la livraison des sous-marins, sur la mise en service du futur porte-avions. Et donc, in fine, sur la crédibilité de la dissuasion française.

Sources :

  • TechnicAtome, Résultats financiers : TechnicAtome poursuit sa trajectoire (5 mai 2026)
    https://www.technicatome.com/resultats-financiers-technicatome-poursuit-sa-trajectoire /
    Annonce officielle du chiffre d’affaires 2025 et du carnet de commandes record.
  • SFEN (Ludovic Dupin), France Libre, Barracuda, Invincible : TechnicAtome entre dans une décennie de charge historique (12 mai 2026)
    https://www.sfen.org/rgn/france-libre-barracuda-invincible-technicatome-entre-dans-une-decennie-de-charge-historique / Analyse détaillée des trois programmes structurants de TechnicAtome, citations des dirigeants et calendrier industriel.
  • Wikipédia, TechnicAtome (consulté en mai 2026) https://fr.wikipedia.org/wiki/TechnicAtome
    Fiche encyclopédique : histoire, actionnariat, activités, filiales, sites et évolution capitalistique depuis 1972.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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