La Belgique va inscrire son nom au Panthéon des inventeurs avec le premier moteur au monde fonctionnant à 100% à l’hydrogène et certifié par Lloyd’s Register

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À Gand, dans un atelier industriel de l’estuaire de l’Escaut, une équipe d’ingénieurs belges vient de marquer l’Histoire.

Le 17 juin 2026, la société de classification britannique Lloyd’s Register a en effet remis au moteur BeHydro 100 % hydrogène la toute première certification mondiale pour un moteur de navire fonctionnant exclusivement à l’hydrogène, sans aucun carburant fossile d’appoint.

Pour un secteur maritime mondial qui produit près de 3 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète et qui cherche désespérément à sortir du carbone, l’événement constitue un véritable seuil technologique.

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L’histoire commence en 2020 à Gand, port industriel des Flandres orientales, quand deux acteurs belges décident de joindre leurs forces. Anglo Belgian Corporation (ABC), motoriste centenaire spécialisé dans les moteurs marins de moyenne puissance, s’allie à CMB.TECH, le bras d’innovation du groupe maritime de la famille Saverys (Compagnie Maritime Belge). De ce mariage naît la coentreprise BeHydro, avec une mission unique : faire fonctionner un moteur de navire à l’hydrogène.

Dès 2023, BeHydro décroche une première certification mondiale Lloyd’s Register pour son moteur bicarburant, capable de tourner aussi bien au gazole qu’à un mélange gazole-hydrogène. Étape importante mais imparfaite, puisqu’il fallait encore une dose de carburant fossile pour amorcer la combustion de l’hydrogène. Trois ans plus tard, en juin 2026, la coentreprise passe au cran supérieur en éliminant complètement le gazole d’amorce. Le moteur tourne désormais à l’hydrogène pur, avec un allumage par bougie identique à ce qu’on trouve dans une essence de voiture. Sauf qu’ici, on parle d’un bloc de plus de 2 670 kilowatts.

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Comment fait-on brûler de l’hydrogène dans un moteur classique

L’hydrogène, c’est la promesse parfaite et le casse-tête technique réuni dans une seule molécule. Parfaite, parce que sa combustion ne produit ni carbone, ni soufre, ni quoi que ce soit qu’on n’ait pas envie de respirer. Casse-tête, parce que l’hydrogène est très léger, très volatil, et brûle dans des conditions plus délicates que le gazole. Il a une plage d’inflammabilité immense (de 4 % à 75 % de concentration dans l’air), il chauffe vite, et il a tendance à provoquer des phénomènes de pré-allumage que les motoristes connaissent depuis les années 1980 sous le nom de cliquetis hydrogène.

Le moteur BeHydro est parvenu à contourner ces difficultés. L’allumage se fait par bougie, comme une essence, mais avec un calibrage du mélange et du taux de compression sortis tout droit des moteurs marins lents à pistons. Le système tolère même de petites quantités d’impuretés dans l’hydrogène entrant, ce qui élargit considérablement les sources d’approvisionnement utilisables (l’hydrogène industriel n’est jamais pur à 100 %).

Tim Berckmoes, le directeur général d’ABC Engines, ne cache pas sa satisfaction : « Cette certification Lloyd’s Register de nos moteurs BeHydro 100 % hydrogène à zéro émission confirme la fiabilité d’une technologie d’avenir, prête pour les armateurs innovants du monde entier. »

Côté Lloyd’s Register, Claudene Sharp-Patel, directrice technique mondiale, valide l’industrialisation du concept : « La délivrance de ce certificat démontre que la technologie des moteurs thermiques à hydrogène atteint un niveau de maturité qui en fait une option viable pour les applications maritimes. »

Une gamme calibrée pour les petits navires, pas les méthaniers géants

La gamme certifiée par Lloyd’s Register, les moteurs DZ(D) H2, s’étend de 900 kilowatts à 2 670 kilowatts. C’est de la moyenne puissance, parfait pour des remorqueurs, des bateaux-pilotes, des navires de servitude offshore, des ferries fluviaux, des barges, des navires de pêche industrielle. C’est en revanche très loin des 15 000 kilowatts que développe un moteur Everllence ME-GI Mk10.7 sur un porte-voitures, et complètement hors de portée des 80 000 kilowatts d’un grand porte-conteneurs ou méthanier.

L’hydrogène se stocke mal à bord d’un navire qui doit parcourir de longues distances : il faut soit le maintenir liquide à -253 °C (compliqué), soit le comprimer à 700 bars (lourd), soit le transformer en ammoniac (autre chantier). Pour une grande traversée transpacifique, l’autonomie d’un cargo à hydrogène resterait inférieure à celle d’un cargo classique. En revanche, pour un remorqueur qui passe sa journée dans le port d’Anvers ou de Rotterdam et qui peut remplir ses réservoirs chaque nuit, c’est parfait. C’est précisément le créneau visé par BeHydro et par sa maison-mère CMB.TECH, qui a déjà construit le premier remorqueur à hydrogène du monde, le Hydrotug 1, mis en service à Anvers fin 2023.

Vue en coupe de l'Hydotug 1 - Crédit photo : CMB.TECH
Vue en coupe de l’Hydotug 1 – Crédit photo : CMB.TECH

La fiche technique du moteur certifié

Voici les données techniques principales de cette nouvelle gamme BeHydro 100 % hydrogène telle qu’elle vient d’être validée par Lloyd’s Register :

Caractéristique Valeur
Désignation BeHydro 100 % hydrogène (gamme V8 à V16)
Type Moteur thermique 4 temps à pistons
Cycle thermodynamique Cycle Otto, allumage commandé par bougie
Carburant Hydrogène pur, sans carburant fossile d’appoint
Plage de puissance certifiée 900 à 2 670 kilowatts (1 200 à 3 580 chevaux)
Nombre de cylindres 8, 12 ou 16 selon la variante
Vitesse de rotation 1 000 tr/min (moteur moyenne vitesse)
Alésage / course 256 mm × 310 mm (estimation, gamme DZD/DZC d’ABC)
Tolérance aux impuretés Compatible avec hydrogène industriel courant
Émissions à l’échappement Vapeur d’eau uniquement (zéro CO2, NOx, SOx, particules)
Matériaux critiques Sans lithium, cobalt, platine ni terres rares
Applications principales Remorqueurs, ferries, bateaux-pilotes, navires de servitude
Usages secondaires Génération électrique stationnaire, traction ferroviaire
Poids estimé 12 à 25 tonnes selon la variante (non publié officiellement)
Prix unitaire estimé 800 000 à 2 millions d’euros (non communiqué)
Lieu de fabrication ABC Engines, Gand (Belgique)
Certification Lloyd’s Register, Type Approval Certificate (17 juin 2026)

NDLR : Les chiffres marqués comme estimés ne sont pas communiqués officiellement par BeHydro. Ils sont dérivés des fiches techniques publiques de la gamme bicarburant DZD/DZC d’ABC Engines, sur laquelle la version 100 % hydrogène est construite. Les versions définitives commerciales seront affinées en 2026-2027 selon les premiers retours clients.

Le moteur 16 DZ(D) H2 développe 2 670 KW (ou 3 580 CV).
Le moteur 16 DZ(D) H2 développe 2 670 KW (ou 3 580 CV).

Une longueur d’avance pour BeHydro

L’événement de Gand intervient à un moment où les grands motoristes mondiaux peinent encore sur la question hydrogène. Le suisse WinGD, le japonais Mitsubishi et même l’allemand Everllence travaillent sur des prototypes de moteurs à hydrogène, mais aucun n’a encore obtenu de certification mondiale pour une combustion 100 % hydrogène. Ils restent pour l’instant cantonnés aux versions bicarburant, où l’hydrogène cohabite avec du gazole ou de l’ammoniac.

BeHydro a pris une longueur d’avance qui se compte en années, et l’a fait en partant d’un acteur qui n’apparaît même pas dans les radars du secteur. C’est un peu comme si, demain matin, un petit motoriste lillois certifiait le premier moteur d’avion 100 % hydrogène avant Rolls-Royce ou Pratt & Whitney. La nouvelle est de cette ampleur, à l’échelle navale.

Reste la grande inconnue, qui ne dépend ni d’ABC ni de Lloyd’s Register : la disponibilité d’hydrogène vert dans les ports du monde. Aujourd’hui, l’écrasante majorité de l’hydrogène industriel est produite à partir de gaz naturel, avec un bilan carbone à peine meilleur que le gazole. Pour que le moteur BeHydro tienne ses promesses environnementales, il lui faut un hydrogène fabriqué par électrolyse, à partir d’électricité renouvelable. Ce qui se fait, mais à des prix encore trois à quatre fois supérieurs à ceux du gazole marin. L’Europe pousse, avec son règlement FuelEU Maritime qui taxe les énergies fossiles à partir de 2025, mais le chemin reste long avant que les ports d’Anvers, Hambourg, Rotterdam ou Marseille soient équipés de stations hydrogène à grande échelle.

Sources :

Lloyd’s Register, First class approval granted for 100 % hydrogen marine engine (17 juin 2026)
https://www.lr.org/en/knowledge/press-room/press-listing/press-release/2026/first-class-approval-granted-for-100-hydrogen-marine-engine/
Communiqué officiel de la société de classification britannique annonçant la délivrance du premier certificat mondial pour un moteur marin 100 % hydrogène.

ABC Engines, Lloyd’s Register grants first class type approval for BeHydro 100 % hydrogen marine engine (17 juin 2026)
https://www.abc-engines.com/en/news/lloyds-register-grants-first-class-type-approval-for-behydro-100-hydrogen-marine-engine
Communiqué du motoriste belge ABC Engines, déclaration de son directeur général Tim Berckmoes et détails de la gamme certifiée (900 à 2 670 kilowatts).

Offshore Energy, Hydrogen-fuelled shipping takes step forward as BeHydro’s engine gets go-ahead (18 juin 2026)

Hydrogen-fuelled shipping takes step forward as BeHydro’s engine gets go-ahead


Présentation de la coentreprise BeHydro entre Anglo Belgian Corporation et CMB.TECH, et rappel de la certification bicarburant obtenue en 2023.

Image de mise en avant : Hydrotug 1, Crédit photo : Port d’Anvers-Bruges

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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