Un géant français prend la seconde place du marché des déchets dangereux aux États-Unis suite à son rachat du groupe Clean Earth

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Le 1er juin 2026, le géant français des services à l’environnement a planté un nouveau drapeau sur le territoire américain.

Veolia a officiellement finalisé l’acquisition de Clean Earth, une opération à 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) qui propulse le groupe au deuxième rang du marché américain des déchets dangereux, juste derrière l’incontesté Clean Harbors.

Pour le champion français, c’est une opération qui va permettre de doubler d’un seul coup son activité dans un secteur en pleine ébullition, là où la décarbonation, la relocalisation industrielle et la chasse aux PFAS créent un appel d’air massif.

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Clean Earth est une entreprise américaine basée à Philadelphie, propriété jusque-là d’Enviri Corporation (ancien Harsco). Enviri avait construit cette filiale en deux étapes : un premier rachat en 2019, puis l’acquisition en 2020 de Stericycle Environmental Solutions pour 462,5 millions de dollars, fusionnée avec Clean Earth, ce qui avait donné un acteur national des déchets dangereux avec 88 sites de traitement, 19 installations TSDF (Treatment, Storage and Disposal Facilities) certifiées par l’EPA, et plus de 700 permis d’exploitation couvrant l’ensemble du territoire.

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Enviri voulant recentrer sa stratégie sur son activité historique de l’acier (Harsco Environmental), c’est finalement Veolia, qui lui cherchait un game-changer pour son expansion américaine, qui finit avec Clean Earth dans son portefeuille.

Informations principales sur le rachat de Clean Earth :

Caractéristique Valeur
Acheteur Veolia (France)
Cible Clean Earth (filiale d’Enviri Corporation, USA)
Date de finalisation 1er juin 2026
Valeur d’entreprise 3 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros)
Multiple de valorisation x9,8 EBITDA estimé 2026 (après synergies)
Synergies attendues 120 millions de dollars par an d’ici la 4e année
Collaborateurs ajoutés 2 600 salariés Clean Earth
Sites Clean Earth absorbés 88 sites (dont 19 TSDF certifiés EPA, 700+ permis)
Total sites Veolia US déchets dangereux Plus de 150 sites
CA Veolia US après acquisition 6,3 milliards de dollars (proforma 2025)
CA mondial Veolia déchets dangereux 5,2 milliards d’euros
Marge EBITDA déchets dangereux 17 %
Position au classement US 2e acteur américain (derrière Clean Harbors)

C’est mine de rien un changement d’échelle pour notre champion français qui, jusqu’ici, alignait quelques dizaines de sites de traitement aux États-Unis. Avec ce rachat il disposera désormais d’une présence nationale dense avec plus de 150 sites, 6 incinérateurs haute température autorisés par la RCRA (Resource Conservation and Recovery Act), 33 installations EPA et un millier de permis.

Estelle Brachlianoff, la DG de Veolia, ne s’en est d’ailleurs pas caché : « Cette transaction renforce notre position sur le marché américain des déchets dangereux en pleine croissance, libère un fort potentiel de création de valeur et rapproche nos offres des secteurs les plus dynamiques de l’économie américaine. »

Veolia profite de l’effet d’entraînement aux États-Unis

Entre le CHIPS Act qui ramène la production de semi-conducteurs sur le sol national, l’Inflation Reduction Act qui finance massivement les énergies propres, et la relocalisation accélérée des chaînes pharmaceutiques, les volumes de déchets dangereux explosent. Les semi-conducteurs produisent par exemple des résidus chimiques sophistiqués, les batteries de véhicules électriques génèrent des bains acides et des solvants tandis que les usines pharmaceutiques laissent derrière elles des principes actifs hautement toxiques. Chaque tonne de production high-tech crée une obligation de traitement spécialisé et la capacité de traitement, elle, est très surveillée : on n’ouvre pas un nouveau site d’incinération RCRA tous les matins aux États-Unis !

Veolia a flairé le filon depuis plusieurs années. Le chiffre d’affaires américain du groupe a plus que doublé en cinq ans, passant d’environ 2 milliards de dollars (environ 1,7 milliard d’euros) en 2019 à 5,4 milliards (environ 4,6 milliards d’euros) en 2024. L’objectif officiel est de doubler à nouveau cette taille d’ici 2030. L’acquisition de Clean Earth fait passer le compteur à 6,3 milliards de dollars (environ 5,4 milliards d’euros) dès le 1er juin 2026, soit déjà près du tiers du chemin à parcourir.

Les PFAS, le filon doré qui change la donne

Petit détour technique nécessaire. Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont une famille d’environ 15 000 molécules synthétiques inventées dans les années 1940 par les laboratoires américains. On les surnomme les « polluants éternels » parce qu’elles ne se dégradent presque jamais dans l’environnement. Leur structure chimique repose sur des liaisons carbone-fluor extrêmement stables, ce qui les rend imperméables, antiadhésives et résistantes à la chaleur. Vous en avez chez vous sans même le savoir : dans le revêtement de votre poêle Tefal, dans les vêtements de pluie, dans les emballages alimentaires gras, dans certains cosmétiques, dans les mousses anti-incendie. Pratique. Sauf que ces molécules ont depuis été reliées à des cancers, des perturbations endocriniennes, des atteintes hépatiques et rénales… et qu’elles s’accumulent dans l’eau, le sol, le sang, partout.

L’EPA a commencé à siffler la fin de la récréation le 10 avril 2024 en fixant un seuil strict dans l’eau potable américaine à 4 nanogrammes par litre pour les deux PFAS les plus toxiques, le PFOA et le PFOS, et à 10 ng/L pour quatre autres molécules secondaires. Dans la foulée, l’agence a classé le PFOA et le PFOS comme « substances dangereuses » sous le Superfund (loi CERCLA), ce qui transfère désormais le coût de la dépollution aux industriels pollueurs eux-mêmes plutôt qu’aux contribuables.
Les conséquences ont été immédiates et brutales. En juin 2023, le géant chimique 3M avait déjà signé un accord historique pour verser jusqu’à 10,3 milliards de dollars en valeur actualisée sur 13 ans (soit 12,5 milliards en montant maximal) aux fournisseurs publics américains d’eau potable. Quelques jours plus tôt, le trio Chemours-DuPont-Corteva avait conclu un accord similaire à 1,185 milliard. Et la justice américaine traite aujourd’hui des centaines d’autres dossiers contre des fabricants, des distributeurs, et des utilisateurs industriels de ces molécules.

Le marché du traitement des PFAS, lui, est en train de prendre une ampleur considérable. Selon MarketsandMarkets, le marché de la seule filtration PFAS devrait passer de 2,34 milliards de dollars en 2026 à 3,28 milliards en 2031. Et tout le secteur englobant remédiation, filtration et traitement des déchets pourrait représenter jusqu’à 132 milliards de dollars (environ 112 milliards d’euros) cumulés sur cinq ans selon Environmental Business Journal !

Veolia s’y est positionné en pionnier. Le groupe a développé une technologie maison baptisée Drop, brevetée, capable de détruire jusqu’à 99,9999 % de certains PFAS dans les flux de déchets liquides. Elle équipe déjà 20 lignes d’incinération en Europe (France, Allemagne, Espagne, Pologne, Royaume-Uni, Suisse, Hongrie). Aux États-Unis, Veolia exploite déjà 30 sites traitant des PFAS dans ses installations de traitement des eaux usées, principalement dans le Nord-Est et le groupe vise plus de 100 sites opérationnels d’ici 2029. L’arrivée de Clean Earth, qui avait lancé en janvier 2024 son propre programme PFAS baptisé Resolve, vient muscler considérablement cette feuille de route.

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Duel à venir avec Clean Harbors

Si Veolia prend désormais la seconde place sur le juteux marché américain, Clean Harbors reste en tête. Le groupe basé dans le Massachusetts, fondé en 1980, génère un CA annuel de l’ordre de 5,8 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros) et possède la plus grande capacité d’incinération aux États-Unis avec 7 incinérateurs RCRA actifs.

L’adversaire sera coriace pour Veolia. Clean Harbors a des décennies d’expérience nationale, un maillage industriel inégalé et une marque ultra-établie auprès des grands donneurs d’ordre.

Veolia, lui, mise sur sa portée mondiale (le groupe est déjà le n°1 mondial des déchets dangereux), sur sa technologie maison (Drop pour les PFAS, expertise multi-secteurs), et sur sa capacité à intégrer des services croisés eau/énergie/déchets que ne propose pas son concurrent américain.

Sources :

  • Veolia, Veolia finalise l’acquisition de Clean Earth et double son activité de déchets dangereux aux États-Unis (1er juin 2026)
    https://www.veolia.com/fr/actualites/communiques-de-presse/finalisation-acquisition-clean-earth
    Communiqué officiel de Veolia sur l’acquisition de Clean Earth et les chiffres-clés de la transaction.
  • Waste Dive, PFAS treatment market potential estimated at $132M, experts predict (27 octobre 2025)
    https://www.wastedive.com/news/pfas-treatment-market-potential-132-million-estimate/803850/
    Analyses Environmental Business Journal sur le marché PFAS et la position de Veolia.
  • MarketsandMarkets, PFAS Filtration Market (février 2026)
    https://www.marketsandmarkets.com/ResearchInsight/pfas-filtration-market.asp
    Données chiffrées sur le marché mondial PFAS et les leaders technologiques (Veolia, AECOM, Xylem).
  • Veolia, BeyondPFAS, our suite of end-to-end PFAS management solutions
    https://www.veolia.com/en/solutions/beyondpfas-veolias-new-end-end-pfas-offer
    Présentation officielle de l’offre Veolia sur les PFAS, dont la technologie brevetée Drop.
  • Clean Earth, History
    https://www.cleanearthinc.com/about/history
    Historique officiel de Clean Earth, de son acquisition par Harsco en 2019 et de la fusion avec Stericycle Environmental Solutions en 2020.
  • Enviri Corporation, Clean Earth segment
    https://www.enviri.com/clean-earth/
    Présentation officielle du segment Clean Earth d’Enviri et de ses 90 sites de traitement.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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