Un nid de frelon asiatique effondré au sol. Et juste à côté, une nuée de minuscules fourmis jaunes en plein travail. Simple coïncidence… ou l’une de ces batailles invisibles que la nature livre en permanence, à quelques millimètres sous nos pieds ?
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Une intervention de routine sur un nid de frelons asiatiques… à une exception près
Tout commence comme une intervention parmi d’autres. Mon frère Rémi, qui intervient pour ALLO FRELONS en Aveyron, est appelé à Saint-Étienne-de-Maurs, dans le Cantal voisin, pour un nid primaire de frelons asiatiques découvert tombé au sol, sous une jardinière. Rien d’inhabituel à ce stade de la saison : au printemps, les fondatrices installent leurs petits nids de démarrage dans des recoins abrités, et il n’est pas rare qu’ils se décrochent.
Sauf qu’en s’approchant pour observer les lieux de plus près, un détail attire son attention : une nuée de minuscules fourmis jaunes s’active directement au contact du nid. Quelques prélèvements et un passage à la loupe plus tard, tout converge vers une seule espèce : Solenopsis fugax, la fameuse « fourmi voleuse ».
Solenopsis fugax, la « fourmi voleuse »
Avec ses 2 millimètres environ, Solenopsis fugax compte parmi les plus petites fourmis de France. Discrète à l’extrême, elle vit l’essentiel de son existence sous terre : en dehors des vols nuptiaux, on n’observe ses ouvrières au grand jour que de façon exceptionnelle. C’est précisément ce qui rend l’observation à découvert si intrigante.
Son surnom n’est pas usurpé. On l’appelle aussi « fourmi brigande », et pour cause : c’est une spécialiste du cambriolage ! Les myrmécologues parlent de lestobiose, un comportement de pillage organisé que peu d’espèces poussent aussi loin.
Sa vraie spécialité : cambrioler le couvain… des autres fourmis
Voici comment elle procède. La « voleuse » installe son nid juste à côté de celui de fourmis bien plus grosses qu’elle (souvent des Lasius). Puis elle creuse vers la colonie voisine des galeries si étroites que les ouvrières hôtes ne peuvent pas s’y faufiler. Quand une éclaireuse repère une chambre pleine de couvain (œufs, larves, nymphes), elle recrute en masse.
Le plus stupéfiant reste son arme chimique : elle fait suinter de son aiguillon un venin extrêmement répulsif qui dissuade, puis chasse littéralement les ouvrières hôtes des salles convoitées. Le festin peut alors commencer, sans danger. Une étude publiée dans la revue Ecology a estimé l’impact de ce pillage sur les populations de fourmis voisines : il est considérable.
Retenez bien ce point, car il est décisif pour la suite : la proie documentée de Solenopsis fugax, c’est le couvain d’autres fourmis. Pas celui des frelons.
Stricto sensu, ce n’est donc théoriquement pas une chasseuse de frelons asiatiques.

Alors, que faisait-elle au contact d’un nid de frelon ?
C’est là que mon observation devient intéressante et qu’il faut résister à la tentation de raconter une belle histoire. Le nid présentait tous les signes d’une colonie en échec, et il était tombé au sol. Or on sait que les fourmis, de manière générale, exploitent volontiers les brèches d’un nid de frelon affaibli, abandonné ou écroulé pour en piller discrètement le couvain. Les carabes font de même avec les larves restées au sol.
L’hypothèse la plus honnête est donc celle de l’opportunisme : ces fourmis ont très probablement profité d’un nid déjà condamné, plutôt que de l’avoir fait chuter. Un nid primaire peut échouer pour quantité de raisons (mort de la fondatrice, parasitisme, météo, fragilité du support).
Impossible, à ce stade, d’affirmer que Solenopsis fugax est responsable du déclin de la colonie. Corrélation n’est pas causalité, et un naturaliste honnête s’arrête à ce qu’il peut prouver.
Ce que dit vraiment la science sur les « ennemis naturels » du frelon asiatique
La question revient en boucle sur le terrain : le frelon asiatique a-t-il des prédateurs capables de le réguler ? La réponse, telle qu’elle ressort des travaux du Muséum national d’Histoire naturelle, est nuancée mais claire : en Europe, aucun prédateur ne suffit à contrôler ses populations.
Il existe bien des ennemis opportunistes, et la liste a de quoi surprendre :
- la bondrée apivore, rapace qui éventre les nids accessibles pour en consommer les larves ;
- le guêpier d’Europe, chasseur aérien qui capture parfois des frelons au vol ;
- certaines araignées (épeires) dont les toiles piègent les imprudents ;
- les carabes et les fourmis, qui pillent le couvain des nids tombés ou affaiblis ;
- les mouches asilides et quelques micro-guêpes parasitoïdes.
Mais aucune de ces interactions n’a d’effet régulateur à l’échelle d’un territoire. À ce jour, la seule méthode réellement efficace contre le frelon asiatique reste la destruction des nids par un professionnel.
Pourquoi ces petites histoires de terrain comptent quand même
Quand on parle de régulation naturelle, on pense spontanément aux oiseaux, aux chauves-souris ou aux grands prédateurs. Pourtant, certaines des interactions les plus déterminantes du vivant se jouent à quelques millimètres sous nos pieds, dans un monde souterrain que nous observons rarement.
C’est tout le sens de notre métier : chaque intervention est aussi une occasion d’observer et d’apprendre. Une précision s’impose toutefois, pour ne pas se tromper de conclusion : découvrir qu’une fourmi opportuniste fréquente un nid déjà mort ne signifie absolument pas qu’il faut « laisser faire la nature ».
Face à un nid actif, l’attente n’est jamais une option et c’est même le meilleur moyen de transformer une situation gérable en danger réel.
Vous repérez un nid ? Les bons réflexes
- Ne jamais s’approcher ni tenter de détruire soi-même un nid actif.
- Garder ses distances, surtout en présence d’enfants ou d’animaux.
- Signaler le nid et faire appel à un professionnel certifié.
ALLO FRELONS est votre technicien local de confiance pour la destruction des nids de guêpes et de frelons. Intervention réalisée par un professionnel certifié Certibiocide, avec un devis transparent annoncé à l’avance et une intervention garantie.




