Le Français Colas décoche un contrat de 104 millions d’euros sur le 2e plus grand réseau d’Amérique latine avec des infrastructures clé de la ligne 9 de Santiago

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La France équipe le métro de Santiago depuis quarante ans, et personne ne le sait.

Colas Rail a remporté le 25 juin 2026 un nouveau contrat sur la future Ligne 9 du métro de Santiago du Chili pour 104 millions d’euros.

À première vue, c’est un dossier ferroviaire de plus pour Colas Rail, filiale ferroviaire du groupe Colas, lui-même propriété de Bouygues.

À y regarder de plus près, c’est l’épilogue provisoire d’une histoire qui commence en 1984, quand le ministre chilien des Travaux publics annonçait la création d’une troisième ligne de métro à Santiago, en présence des dirigeants d’une société française aujourd’hui oubliée du grand public : la SOFRETU.

Depuis cette date, à peu près tout ce qui circule sous Santiago, ou presque, porte une empreinte tricolore !

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Le métro de Santiago, ouvert en 1975, est aujourd’hui le deuxième plus grand réseau d’Amérique latine derrière Mexico, et le sixième des Amériques au total. 7 lignes, 143 stations, 149 kilomètres de voies, 2,5 millions de voyageurs par jour, 700 millions par an. Il a été élu meilleur réseau souterrain des Amériques en 2012. C’est l’un des très rares métros au monde dont deux lignes (la 3 et la 6) fonctionnent entièrement sans conducteur, une rareté absolue en Amérique latine.

Cette modernité doit énormément à l’industrie française. En 1984, la SOFRETU, filiale d’ingénierie de la RATP, structure le projet de la ligne 3 avec un financement français de 180 millions de dollars.

Même les Américains viennent faire la queue pour avoir recours aux compétences de cette agence en France qui a battu en 2025 un record de chiffre d’affaires : l’ONERA

En 1993, c’est GEC-Alsthom qui décroche le contrat de matériel roulant de la ligne 5 : 58 rames sur pneus de type NS-93, sœurs jumelles des MP 89 qui circulent encore sous Paris.

En 2002, Alstom remporte le contrat des 60 rames Metropolis sur pneus de la ligne 4, équipées du système de pilotage automatique Urbalis.

En 2012, Systra, l’ingénieriste héritier de la SNCF et de la RATP, signe les contrats de conception et de mise en service des lignes 3 et 6 automatiques. En septembre 2024, le même Systra a décroché les études préliminaires de la Ligne 9.

À cela s’ajoutent Colas Rail sur la voie, l’électrification et la maintenance, et Egis-Acoustb sur les études vibratoires des lignes 3, 7, 8 et 9. Pour mesurer l’ampleur de la domination, il faut comprendre qu’aucun opérateur de métro au monde, à l’exception peut-être de celui du Caire, ne dépend autant d’un écosystème industriel français hors France.

Que comprend le contrat de Colas Rail de 104 millions d’euros à Santiago ?

Le contrat du 25 juin couvre la conception, la fourniture, l’installation et la mise en service des systèmes électriques de la future Ligne 9, ainsi que sa maintenance pendant vingt ans.

Concrètement, Colas Rail va livrer quatre briques essentielles que la plupart des usagers ne voient jamais mais sans lesquelles aucun métro ne roule :

Équipement À quoi ça sert
1 centre de distribution électrique Réceptionner le courant haute tension du réseau chilien et le répartir sur toute la ligne
8 sous-stations de redressement Convertir le courant alternatif (50 Hz) en courant continu (750 V) utilisable par les rames
39 postes d’éclairage et de force Alimenter les stations, les escaliers mécaniques, la ventilation et les services aux voyageurs
Système SCADA dédié Superviser et piloter en temps réel l’énergie, la traction et la logique de traction depuis un PCC

Le SCADA (pour Supervisory Control and Data Acquisition) est le système nerveux d’un métro moderne. C’est lui qui collecte en temps réel les milliers de données techniques de la ligne (tension électrique, consommation des rames, position des trains, état des aiguillages), les remonte vers un poste de commande centralisé, et permet aux opérateurs d’agir à distance sur n’importe quel équipement. Quand vous lisez “panne d’alimentation sur la ligne X” dans le métro, c’est le SCADA qui a identifié la défaillance et déclenché l’alerte. Sans SCADA fiable, pas de métro automatique, pas de fréquence élevée, pas de sécurité voyageurs.

Autre brique souvent ignorée du grand public : les sous-stations de redressement. Le réseau électrique chilien produit du courant alternatif (le même qu’à la maison). Les rames de métro, elles, fonctionnent au courant continu, généralement entre 750 et 1 500 volts. Pour faire la conversion, on installe le long de la ligne des bâtiments techniques équipés de redresseurs, qui transforment l’alternatif en continu. Les huit sous-stations prévues sur la Ligne 9 vont garantir que chaque rame, à tout moment, dispose de l’énergie suffisante pour rouler à pleine puissance malgré l’éloignement du point d’alimentation.

Une science fine d’ingénieurs en électrotechnique, dont Colas Rail a fait l’une de ses spécialités historiques.

Tracé ligne 9 métro de Santiago.

Ce que change la Ligne 9 pour Santiago

La Ligne 9 représente un investissement total de 2,5 milliards d’euros pour 27 kilomètres et 19 stations, avec un objectif de mise en service échelonnée en trois phases (2030, 2032 et 2033). Tracée sur l’avenue Santa Rosa, elle desservira huit communes du Nord au Sud de Santiago : Recoleta, Santiago centre, San Miguel, San Joaquín, La Granja, San Ramón, La Pintana, Puente Alto. La Pintana est l’une des dernières grandes communes de l’agglomération à ne pas avoir le métro. Ses 200 000 habitants attendaient cette connexion depuis vingt ans.

L’impact attendu est massif. Le trajet entre Bajos de Mena (au sud) et Puente Cal y Canto (au centre) passera de 65 minutes à 30 minutes, soit une réduction de 55 % du temps de transport. Plus de 2 millions de résidents bénéficieront directement de la nouvelle ligne. Au-delà du gain pratique, c’est un enjeu de justice sociale. Santiago est une métropole de 7,3 millions d’habitants marquée par d’énormes inégalités entre les communes du nord-est, prospères, et celles du sud, plus populaires.

Donner le métro à La Pintana et San Ramón, c’est donc désenclaver des quartiers historiquement abandonnés par la politique des transports. La Ligne 9 sera connectée à sept lignes existantes du réseau et fonctionnera, comme les lignes 3 et 6, en automatique intégral.

La ligne 9 du métro de Santiago permettra de désenclaver les communes de La Pintana et San Ramón.
La ligne 9 du métro de Santiago permettra de désenclaver les communes de La Pintana et San Ramón.

Colas Rail, un champion tricolore que personne ne voit

Colas Rail reste largement méconnu en France, même si la filiale est l’un des leaders mondiaux des infrastructures ferroviaires. L’entreprise est née en janvier 2008 de la fusion de deux pépites historiques : Seco-Rail (héritière de Pierre Desquenne, créée en 1936) et Spie Rail. Le groupe couvre douze métiers ferroviaires, de la voie ferrée à la caténaire, de la signalisation à la maintenance, du fret au matériel roulant.

L’entreprise est présente dans plus de 20 pays. France (29 implantations), Royaume-Uni (où elle est présente depuis 25 ans et exploite même des trains de fret), Allemagne (depuis le rachat de Hasselmann en octobre 2022), Pologne, Italie, Suisse, République tchèque, Serbie, Croatie. En Afrique, elle pèse au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Égypte, en Guinée. En Asie, en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, à Singapour. Et au Chili, depuis plus de dix ans, sur les lignes 3, 6, l’extension des lignes 2 et 3, la maintenance globale du réseau depuis 2016, et désormais la future Ligne 9.

Le contrat de Santiago s’inscrit d’ailleurs dans une excellente dynamique commerciale puisque rien que cette année, Colas Rail a signé trois contrats pour un montant total de 430 millions d’euros sur la future LGV Kénitra-Marrakech au Maroc, en prévision de la Coupe du monde de football 2030 et un contrat de 40 millions d’euros avec Network Rail pour la maintenance de huit trains-ateliers Robel sur les 32 000 kilomètres du réseau britannique.

En 2025, le groupe avait en outre déjà obtenu le deuxième tronçon de la future ligne Alameda-Melipilla au Chili.

À l’échelle de Bouygues, les prises de commandes dans le ferroviaire ont bondi de 17 % sur l’année 2025.

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Le ferroviaire latino-américain, un marché à reconquérir

L’enjeu pour Colas Rail dépasse largement Santiago. L’Amérique latine est devenue, en moins d’une décennie, l’un des marchés les plus stratégiques de la mobilité urbaine. Mexico, Bogotá, São Paulo, Lima, Quito investissent massivement dans leurs métros. Le Chili reste un point d’ancrage privilégié pour les groupes français : Bouygues TP est présent sur d’autres infrastructures, Vinci aussi mais la concurrence se durcit.

Les espagnols (FCC, Acciona, Ferrovial, Sacyr) jouent la carte de la langue commune et de la proximité culturelle pour décrocher des marchés. Les italiens, regroupés au sein de Webuild, sont actifs sur les grands ouvrages. Surtout, les chinois, CRRC pour le matériel roulant et CRCC pour le génie civil, commencent à s’implanter en Amérique latine à coups de financements publics et de prix cassés. Au Chili, le métro est encore largement à l’écart de cette concurrence chinoise, mais pour combien de temps ? Le Mexique a déjà laissé entrer CRRC sur certaines lignes de métro et de tramway. L’Argentine et le Brésil flirtent avec les offres chinoises.

Pour Colas Rail, garder le pied au Chili est donc autant une affaire de chiffre d’affaires que de positionnement stratégique. Si l’entreprise tient ses promesses sur la Ligne 9, elle s’assurera presque automatiquement les futurs contrats de la Ligne 7 (2,5 milliards d’euros, 2028) et de la Ligne 8. Si elle échoue, l’écosystème français bâti depuis quarante ans à Santiago pourrait se fissurer.

Sources :

  • Colas, Colas remporte un nouveau contrat ferroviaire au Chili (25 juin 2026)
    https://www.bouygues.com/app/uploads/2026/06/CP-Colas-25.06.2026-contrat-ferroviaire-au-Chili.pdf
    Communiqué officiel détaillant le périmètre du contrat de 104 M€ sur la Ligne 9 du métro de Santiago.
  • Wikipédia, Métro de Santiago
    https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tro_de_Santiago
    Historique complet du réseau depuis 1975, présence française (SOFRETU, GEC-Alsthom, Alstom), financements, lignes automatiques.
  • Railway Technology, Santiago Metro, Chile — New Lines Project
    https://www.railway-technology.com/projects/santiago-metro-new-lines/
    Détail des futures Lignes 7, 8 et 9, calendrier, coûts, impact démographique sur les communes desservies.
  • Metro de Santiago (site officiel), Nuevos Proyectos : Línea 9
    https://www.metro.cl/nuevos-proyectos/linea-9
    Source officielle avec la carte interactive et toutes les caractéristiques de la future ligne 9.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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