Découverte chinoise majeure pour l’humanité d’une plante qui pourrait donner la clé pour nourrir neuf milliards d’êtres humains en 2040 : la Hygrophila difformis

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En passant sous l’eau, une plante d’aquarium des plus communes change carrément de moteur photosynthétique. Le genre de tour de passe-passe que les agronomes rêvent d’installer dans nos céréales !

On la trouve dans des milliers d’aquariums, on la taille sans y penser, et elle vient pourtant de livrer un secret que la recherche agricole traque depuis des décennies.

La fausse glycine d’eau (ou Hygrophila difformis), sait faire une chose qu’aucune de nos grandes cultures ne maîtrise : basculer d’un type de photosynthèse vers un autre, plus performant, dès qu’elle est immergée.

Une étude de l’Institut d’hydrobiologie de l’Académie des sciences de Chine, parue dans la revue Horticulture Research en 2026, vient d’en décortiquer le mécanisme. Une découverte qui tombe à pic, alors qu’il va falloir nourrir toujours plus d’humains sur une planète qui se réchauffe !

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Deux photosynthèses, une seule plante

Cette plante est ce qu’on appelle « hétérophylle » : ses feuilles changent de forme selon le milieu. À l’air libre, elles sont larges et dentelées ; sous l’eau, elles se muent en fine dentelle. Les chercheurs ont montré que ce déguisement cache un bouleversement bien plus profond, à l’échelle du métabolisme.

Hors de l’eau, la plante pratique la photosynthèse dite C3, celle de la grande majorité des végétaux. Une fois immergée, elle bascule vers une photosynthèse de type C4, plus rare et plus efficace, et se met à pomper le bicarbonate dissous dans l’eau pour compenser le manque de gaz carbonique.

Un véritable « star » de l’évolution !

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Résumé sur la photosynthèse de la Hygrophila difformis :

Critère Feuille à l’air Feuille sous l’eau
Forme de la feuille large et dentelée fine et découpée, comme de la dentelle
Photosynthèse utilisée le mode courant, dit C3 (celui du blé et du riz) un mode « turbo », dit C4 (celui du maïs), plus efficace
Où elle prend son carbone dans le CO₂ de l’air le CO₂ se faisant rare, elle pompe le bicarbonate de l’eau
Face à la lumière rien de particulier ses cellules se réaménagent pour capter le peu de lumière
Ce qu’elle y gagne un fonctionnement normal elle continue de pousser malgré la disette de carbone

Sous l’eau, le gaz carbonique diffuse environ 10 000 fois plus lentement que dans l’air, ce qui affame littéralement les plantes aquatiques. Basculer en C4 et puiser le bicarbonate, c’est leur façon de survivre à cette disette.

Le détail qui a épaté les spécialistes : la fausse glycine réussit cette C4 dans une seule et même cellule, alors que ce mode réclame d’ordinaire une architecture foliaire particulière, où deux types de cellules se passent le relais. Elle remanie au passage ses chloroplastes et mobilise une famille de 21 gènes chargés de manipuler le carbone.

Pourquoi la C4 est un trésor ?

Pour saisir l’intérêt de la découverte, un détour par la tuyauterie des plantes s’impose.

Toutes s’appuient sur une enzyme, la Rubisco, pour capturer le CO₂. Le souci, c’est que cette enzyme est distraite : elle confond parfois le gaz carbonique avec l’oxygène, ce qui lui fait gâcher de l’énergie lors de la photorespiration.

Les plantes en C4 ont trouvé la parade. Elles concentrent le CO₂ autour de la Rubisco, comme si elles lui servaient le bon carburant sur un plateau, et réduisent d’autant le gaspillage. Elles poussent donc plus vite, avec moins d’eau et moins d’azote, surtout sous forte chaleur et forte lumière. Le maïs, la canne à sucre ou le sorgho font partie de ce club de champions. Ces espèces ne pèsent qu’environ 3 % de la flore, mais assurent près d’un quart de la photosynthèse des terres émergées.

Le rêve d’un riz en C4

Voilà pourquoi la fausse glycine intéresse bien au-delà des aquariophiles.

Depuis plus de dix ans, un consortium international financé par la fondation Bill-et-Melinda-Gates, le C4 Rice Project, s’échine à installer cette photosynthèse haute performance dans le riz, une plante en C3. Le but est de gonfler le rendement de la céréale de moitié, tout en réduisant ses besoins en eau et en engrais.

Le hic, c’est précisément cette architecture à deux cellules qu’exige la C4 classique, redoutablement difficile à recréer par génie génétique. Or la fausse glycine prouve qu’on peut faire de la C4 dans une cellule unique, sans cet échafaudage. Elle offre ainsi aux ingénieurs un plan alternatif, dessiné par l’évolution elle-même. Les auteurs de l’étude ne s’y trompent pas : ils présentent leur plante comme un modèle précieux pour la future ingénierie des cultures.

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Nourrir neuf milliards de bouches sur une planète plus chaude

La population mondiale a dépassé les huit milliards et filera vers plus de neuf milliards autour de 2040. Dans le même temps, les surfaces cultivables se réduisent et les épisodes climatiques extrêmes se multiplient, quand les gains de rendement hérités de la  « Révolution verte » (bond technologique qu’a connu l’agriculture au cours de la période 1960-1990), eux, plafonnent. Le riz nourrit à lui seul près de la moitié de l’humanité : lui faire gagner ne serait-ce que quelques points de rendement changerait le quotidien de centaines de millions de personnes. Améliorer la photosynthèse figure parmi les rares leviers encore largement inexploités.

Une plante d’aquarium ne remplira évidemment pas les greniers du monde mais en dévoilant comment un végétal jongle entre deux moteurs selon son environnement, elle rapproche peut-être d’un cran le jour où le riz saura, lui aussi, respirer plus efficacement, sauvant au passage une grosse partie de la population mondiale de la famine.

Résumé sur Hygrophila difformis et l’agriculture mondiale :

Hygrophila difformis et l'agriculture mondiale

Sources :

  • Abeer Kazmi, Gaojie Li, Jingjing Yang, Xuyao Zhao, Md Fakhrul Islam, Xiaozhe Li, Dwi Fajar Sidhiq, Seisuke Kimura, Keiko U Torii, Hongwei Hou, Physiological and multi-omics analyses on photosynthesis and carbon utilization reveal biochemical carbon concentrating mechanisms (CCMs) in Hygrophilla difformis under submergenceHorticulture Research, 2026;, uhag230, https://doi.org/10.1093/hr/uhag230
  • Photosynthesis Research (Springer), Photosynthesis and food security: the evolving story of C4 rice (2023)
    https://link.springer.com/article/10.1007/s11120-023-01014-0
    Sur le C4 Rice Project financé par la fondation Gates et l’enjeu de rendement pour la sécurité alimentaire.
  • Annals of Botany, Cooperation of an external carbonic anhydrase and HCO₃⁻ transporter supports underwater photosynthesis in submerged leaves of Hygrophila difformis (2024)
    https://academic.oup.com/aob/article/133/2/287/7313512
    Sur l’utilisation du bicarbonate par la fausse glycine d’eau pour photosynthétiser sous l’eau.

 

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Matthieu Aigron
Matthieu Aigronhttps://www.bulle1924.fr/
Matthieu Aigron est un passionné de gastronomie traditionnelle française, "revisitée" ou non. Il a fait ses études chez Ferrandi avant de faire ses armes aux Plaza Athénée Paris et au Saint-James. Il est désormais Chef du restaurant "Bulle 1924" à Reims. Il vous donne rendez-vous sur Media24.fr pour vous parler des dernières nouveautés en matière de tourisme, de gastronomie ou tout simplement vous partager sa fameuse recette de la blanquette de veau !

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