Vingt ans sans un seul défaut relevé par l’autorité de sûreté nucléaire américaine pour l’usine de Richland.
Le 30 juin 2026, Framatome a annoncé que son site de Richland, dans l’État de Washington, a passé pour la dixième fois consécutive l’examen bisannuel de la NRC, l’autorité de sûreté américaine, avec la mention suprême : « aucun domaine ne nécessite d’amélioration ».
Vingt ans, dix examens de suite et zéro reproche ! Un score qui en dit long sur l’excellence opérationnelle d’un site français implanté depuis 55 ans en Amérique.
Quand on connait la sévérité de la NRC (l’autorité de sûreté nucléaire américaine), on se dit qu’il y a quand même de quoi être fier du niveau atteint par le Français dans le pays de l’oncle Sam.
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Le Français Framatome signe 20 ans d’excellence reconnue par les Américains dans son usine de Richland
Un examen dont même les Américains ont peur
Créée en 1975, basée dans le Maryland, la NRC est réputée pour serrer la vis à tout ce qui manipule de l’uranium enrichi sur le sol américain.
Ses Licensee Performance Reviews (LPR), les examens bisannuels, passent au crible quatre catégories : la sûreté des opérations, les contrôles radiologiques, le support à l’installation, et une catégorie fourre-tout qui recouvre la sécurité, la formation des équipes ou la gestion documentaire.
À chaque examen l’inspecteur donne une note, la meilleure étant « No area needing improvement » : rien à redire. Une fois, c’est déjà difficile mais décrocher la mention parfaite dix fois de suite pendant vingt ans tient carrément de l’exception industrielle.
Tony Robinson, le CEO américain de Framatome, ne s’emballe pas dans son communiqué. « Notre culture de la sûreté-sécurité et de la qualité est la priorité de Framatome et de tous nos sites de production industrielle. Cette nouvelle revue confirme l’engagement de nos équipes envers les normes les plus élevées de l’industrie. »
Bref, on continue à bien faire notre boulot et à le faire bien !
Que regroupe exactement le terme de « combustible nucléaire » ?
Le combustible nucléaire des réacteurs de puissance, celui qui alimente les 56 réacteurs français ou les 94 réacteurs américains, commence en réalité sa vie sous forme de pastilles cylindriques d’oxyde d’uranium (UO2). Chaque pastille fait environ un centimètre de hauteur pour un peu moins d’un centimètre de diamètre. Une taille qui tient dans le creux de la main. Notez que chacune de ces pastilles contient l’équivalent énergétique d’une tonne de charbon, on comprend mieux dès lors l’intêret du nucléaire.
Ces pastilles sont fabriquées à partir d’uranium enrichi entre 3 et 5 % en uranium 235, l’isotope fissile qui doit produire la réaction en chaîne. Elles sont pressées, cuites au four à haute température, puis rectifiées au micron près. Ensuite, on les empile dans des tubes en alliage de zirconium (un métal qui résiste très bien à la corrosion et qui laisse passer les neutrons), d’environ 4 mètres de long, appelés « crayons ». Chaque crayon contient environ 350 pastilles.
On assemble enfin ces crayons par grappes de 200 à 300 dans une structure métallique qui va constituer un « assemblage combustible ». C’est ce dernier qu’on charge ensuite dans le cœur du réacteur : entre 150 et 250 assemblages selon la taille du réacteur, chacun pesant environ 600 kg. Ces assemblages restent en réacteur trois à quatre ans, en produisant de l’énergie par fission des noyaux d’uranium 235. Puis on les retire, on les remplace, et on les stocke en attendant leur destination finale (retraitement en France, stockage direct aux États-Unis).
Le tout est un objet technique d’une précision folle. Une pastille mal calibrée peut créer un « point chaud » qui endommage la gaine. Un crayon mal soudé peut relâcher des gaz radioactifs dans le circuit primaire. Un assemblage mal aligné peut mal absorber les neutrons. À chaque étape, la moindre erreur peut coûter des semaines d’arrêt à un réacteur, soit potentiellement des dizaines de millions d’euros de perte pour l’exploitant. D’où la rigueur folle des inspections NRC, et d’où le prestige de zéro défaut sur vingt ans !
Richland, 55 ans d’histoire française plantée dans le Washington
Ouvert à la charnière des années 1960-1970 sous le nom de Jersey Nuclear Company, le site de Richland a changé plusieurs fois de propriétaire au fil des grands mouvements de l’industrie nucléaire : Siemens Power Corporation dans les années 1990, puis Framatome ANP dans les années 2000, puis AREVA NP, puis à nouveau Framatome depuis 2018 (quand EDF a repris la maison-mère après le grand plan de restructuration d’AREVA). Cinq changements de nom, mais une continuité industrielle française depuis les années 1990.
Aujourd’hui, l’usine s’étend sur plusieurs bâtiments au 2101 Horn Rapids Road, dans la partie nord de Richland. On y fabrique tous les maillons de la chaîne : poudre d’oxyde d’uranium (UO2), pastilles, crayons, assemblages complets. C’est la seule installation aux États-Unis qui intègre la conversion d’uranium et la fabrication d’assemblages dans un même site, ce qui lui donne un avantage industriel réel. Elle fournit environ 5 % du combustible nucléaire américain et sert environ 30 % de la flotte nucléaire américaine avec certains de ses composants. Ce qui montre que même avec une part de marché en volume modérée, Framatome touche une part significative des grands opérateurs américains.
Fiche technique de l’usine de Framatome de Richland :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Localisation | Richland, État de Washington (région des Tri-Cities) |
| Ouverture du site | Fin des années 1960 (55 ans en 2026) |
| Effectifs actuels | Environ 600 professionnels |
| Part de la production américaine | Environ 5 % du combustible nucléaire américain |
| Part des réacteurs américains servis | Environ 30 % de la flotte nucléaire US |
| Performance NRC | 10 examens bisannuels consécutifs avec la mention maximale sur 20 ans |
| Licence NRC 40 ans obtenue | 2009 (première de l’histoire aux États-Unis) |
| Validité de la licence | Jusqu’en 2049 |
| Types de réacteurs servis | Réacteurs à eau pressurisée (PWR) et à eau bouillante (BWR) |
| Nouvelles capacités approuvées en 2026 | Combustible LEU+ (entre 5 et 10 % U-235) et haut taux de combustion |
LEU+ et higher burnup, les deux paris techniques qui changent tout
Richland n’est pas juste un vieux site vertueux qui produit « sagement » du combustible standard. En mai 2026, l’usine a franchi deux jalons réglementaires majeurs auprès de la NRC qui vont transformer son offre commerciale.
Premier jalon : la NRC a approuvé la fabrication de combustibles à taux d’enrichissement supérieur à 5 % en U-235, communément appelé « LEU+ » (Low-Enriched Uranium Plus). Pourquoi c’est stratégique ? Parce que les nouveaux designs de combustible à haut rendement, qui promettent des cycles de rechargement plus longs et une meilleure efficacité économique, nécessitent ce type d’uranium. Or, jusqu’à récemment, seuls les Russes (via Rosatom/Tenex) avaient les capacités industrielles de le fabriquer à l’échelle commerciale. Les États-Unis ont interdit l’importation d’uranium enrichi russe en mai 2024, ce qui a créé une pénurie mondiale. Framatome à Richland se positionne donc pour combler ce trou, en s’associant à des enrichisseurs comme Centrus Energy (basé à Piketon en Ohio) qui fournit la matière brute. Framatome fabrique les assemblages à partir de cette matière. Première production prévue en 2027, après un Operational Readiness Review (ORR) prévu début 2027.

Deuxième jalon : le haut taux de combustion (higher burnup). C’est un peu technique, mais l’idée est simple. Actuellement, un réacteur PWR standard fait un cycle de rechargement de 18 mois : on ouvre la cuve, on remplace un tiers des assemblages, on referme, et c’est reparti. La NRC vient d’autoriser Framatome à concevoir des combustibles capables de rester en réacteur plus longtemps, permettant d’espacer les rechargements à 24 mois. Bénéfice pour l’opérateur : moins d’arrêts, plus d’énergie produite par cycle, moins de déchets par kilowattheure. Bénéfice pour l’environnement : moins de matière radioactive à gérer en fin de vie. C’est une évolution qui touche les designs de combustibles GAIA (accident tolerant) et HTP (high thermal performance) de Framatome, deux références du marché.
À court terme, Richland est déjà engagé sur plusieurs contrats symboliques. En mars 2026, Framatome a signé avec NuScale Power (l’un des principaux développeurs américains de SMR) un contrat pour fabriquer à Richland les assemblages combustibles du design NuFUEL-HTP2, avec au moins 444 assemblages pour le premier client US dès 2030. En parallèle, l’usine a livré les premiers assemblages de Barakah aux Émirats arabes unis (première centrale nucléaire commerciale du monde arabe, 4 réacteurs coréens de 1 400 MW chacun) et devrait fournir le combustible de plusieurs autres projets internationaux.
La French Touch en pleine renaissance nucléaire américaine
Le combustible nucléaire aux États-Unis se joue à trois. Le leader historique est Westinghouse, racheté en novembre 2023 par le Canadien Cameco (49 %) et le fonds Brookfield (51 %) pour 7,875 milliards de dollars (environ 6,7 milliards d’euros). Il fournit environ la moitié du combustible américain depuis son usine de Columbia en Caroline du Sud. Le second est Global Nuclear Fuel (coentreprise GE-Hitachi), qui couvre à peu près 30 % du marché, principalement sur les réacteurs à eau bouillante. Framatome arrive en troisième position avec ses ~5 % de production à Richland, en gagnant régulièrement des parts.
Les 20 ans de mention parfaite deviennent franchement intéressants à ce niveau de concurrence. Les grandes compagnies d’électricité américaines (Duke Energy, Constellation, Southern Company, Vistra), qui exploitent la plupart des réacteurs nucléaires du pays, repensent depuis quelques années leur stratégie de sécurité d’approvisionnement en combustible. Après les tensions géopolitiques des dernières années (guerre en Ukraine, sanctions russes, tensions avec la Chine), ils veulent des fournisseurs multiples, une traçabilité totale, et évidemment une fiabilité maximale. Sur ces trois critères, Framatome à Richland coche toutes les cases : filiale d’une entreprise européenne (donc alliée diplomatiquement fiable), maison-mère basée en France (EDF détient 80,5 % de Framatome, Mitsubishi Heavy Industries 19,5 %), et 20 ans de mention parfaite à la NRC. Un vrai argument commercial pour convaincre les électriciens américains d’ajouter Framatome à leur liste de fournisseurs.
La logique commerciale se répercute directement sur les carnets de commande. Ces derniers mois, Framatome a signé plusieurs gros contrats aux États-Unis : NuScale évidemment, mais aussi la fourniture du combustible pour le redémarrage de Palisades dans le Michigan (première centrale mise à l’arrêt définitif jamais relancée aux États-Unis), et les futurs SMR-300 de Holtec à Cottam au Royaume-Uni (via son partenariat avec EDF UK, qu’on a couvert dans nos colonnes le 24 juin dernier). Tout ça sans compter l’accord de long terme avec Vattenfall pour les centrales suédoises de Forsmark et Ringhals.
Reste à voir jusqu’où Framatome pourra pousser cet avantage. Les 600 personnes de Richland travaillent déjà à plein régime. Le prochain défi sera de monter en capacité pour absorber le combustible LEU+ dès 2027, tout en tenant le rythme sur les livraisons standard.
Un défi industriel de taille, mais qui semble à la portée d’une équipe qui n’a pas fait la moindre bourde en 20 ans.
Sources :
- Framatome, 20 ans d’évaluations de performance exemplaires pour l’usine américaine de Framatome à Richland (30 juin 2026)
https://www.framatome.com/medias/20-ans-devaluations-de-performance-exemplaires-pour-lusine-americaine-de-framatome-a-richland/
Communiqué officiel de Framatome sur le 10e examen bisannuel réussi de la NRC et les 20 ans consécutifs de mention maximale. - ANS / Nuclear Newswire, Framatome licensed to produce LEU+ fuel at its Richland plant (8 mai 2026)
https://www.ans.org/news/2026-05-08/article-8017/framatome-licensed-to-produce-leu-fuel-at-its-richland-plant/
Précisions techniques sur la licence LEU+ (5 à 10 % U-235) et le processus d’Operational Readiness Review prévu début 2027. - Nuclear Engineering International, NRC approves Framatome AFM (7 mai 2026)
https://www.neimagazine.com/news/nrc-approves-framatome-afm/
Détails du programme Advanced Fuel Management de Framatome et de l’intégration unique de la conversion d’uranium et fabrication d’assemblages sur un même site. - World Nuclear Association, High-Assay Low-Enriched Uranium (HALEU)
https://world-nuclear.org/information-library/nuclear-fuel-cycle/conversion-enrichment-and-fabrication/high-assay-low-enriched-uranium-haleu
Contexte mondial sur la course au HALEU et LEU+, l’interdiction d’uranium russe (mai 2024) et la position des acteurs américains (Centrus Energy).





