À l’été 2024, une eau colorée signalée par des citoyens en baie de Concarneau a conduit les scientifiques à identifier une branche entière du vivant marin, jusque-là inconnue.
On imagine la découverte scientifique réservée aux laboratoires et aux grands instruments. Voici un contre-exemple bien utile et il a eu lieu en France !
À l’été 2024, en baie de Concarneau, c’est le signalement de simples observateurs qui a mené à l’identification d’une nouvelle classe de phytoplancton (des algues microscopiques qui peuplent l’océan).
L’Ifremer l’a rappelé le 7 juillet 2026, en dévoilant la nouvelle version de son programme de science participative, Phenomer, désormais épaulé par des satellites.
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Phenomer, l’application qui a permis à des bretons « ordinaire » de découvrir une nouvelle classe de plancton
Reprenons l’histoire depuis le début.
Ce jour d’été 2024, l’eau vire à une teinte inhabituelle en baie de Concarneau. Des participants au programme Phenomer le signalent, photos et localisation à l’appui. Des prélèvements sont réalisés dans la foulée, acheminés vers un laboratoire de l’Ifremer, puis passés au crible par des taxonomistes.
Verdict : l’échantillon renferme une classe de phytoplancton encore inconnue de la science !
Pour les néophytes, en biologie, le mot « classe » désigne un rang très élevé dans la classification du vivant, bien au-dessus de l’espèce : mettre au jour une nouvelle classe, ce n’est pas ajouter une feuille à l’arbre du vivant, mais une branche entière !
La publication est en cours de finalisation et à ce stade nous n’en savons malheureusement pas plus mais si c’était avéré, rendez-vous compte que cette classe n’aurait pas été débusquée au fond d’un océan lointain, mais à quelques encablures des côtes bretonnes, grâce à l’œil de citoyens « ordinaires » (quoique passionnés).
Comment marche Phenomer ?
Le phytoplancton, ce sont des microalgues invisibles à l’œil nu, qui vivent de photosynthèse comme les plantes terrestres. Au printemps et en été, quand la lumière, la température et les nutriments s’y prêtent, elles se multiplient à toute vitesse : c’est le « bloom », ou efflorescence.
Si elles deviennent assez nombreuses, elles colorent la mer (en vert, brun, rouge) parfois jusqu’à la rendre luminescente la nuit.
N’importe quel promeneur peut alors ouvrir l’application gratuite Phenomer, décrire ce qu’il voit, prendre une photo, et déposer un échantillon d’eau dans un relais local : un club nautique, une capitainerie ou une association. L’Ifremer se charge du reste.
Lancés en Méditerranée en 2023, puis étendus à tout le pays, ces signalements complètent le REPHY, le réseau officiel de surveillance du phytoplancton, et bouchent ses angles morts.
Selon une étude de 2020, près de 60 % des efflorescences repérées via Phenomer seraient autrement passées inaperçues. C’est ce maillage d’observateurs qui a rendu possible, à l’été 2024, l’identification de la nouvelle classe de la baie de Concarneau, et qui couvre aujourd’hui tout le littoral métropolitain, relayé par neuf stations marines de l’Ifremer. Restait une limite de taille : même nombreux, des yeux humains ne peuvent pas être partout à la fois.
Des satellites en renfort
La grande nouveauté de Phenomer 2.0, c’est l’arrivée des satellites. Un modèle d’intelligence artificielle, mis au point par l’Ifremer et le laboratoire ISOMer de Nantes Université, exploite les images des satellites européens Sentinel-2 et Sentinel-3, du programme Copernicus. Chaque jour, ces engins mesurent la chlorophylle à la surface de la mer, un bon indice de la présence d’algues. En croisant ces données avec les eaux colorées déjà recensées, l’outil estime la probabilité qu’un bloom apparaisse, et publie des cartes quotidiennes. Les citoyens peuvent s’abonner à des alertes par e-mail ou via l’appli, selon leur secteur, puis filer vérifier sur place. Les satellites repèrent le probable ; les humains confirment le réel.
Le dispositif y gagne en réactivité comme en couverture.

Pourquoi ça compte VRAIMENT
On pourrait croire ces eaux colorées anecdotiques. Elles ne le sont pas.
Le phytoplancton occupe la base de toute la chaîne alimentaire marine et fournit une bonne part de l’oxygène que nous respirons. Ses proliférations, pourtant naturelles, peuvent tourner au problème : certaines espèces libèrent des toxines qui contaminent coquillages et poissons, de quoi menacer l’aquaculture ou gâcher la baignade.
Quand ces blooms se multiplient ou surviennent hors saison, ils trahissent souvent un déséquilibre du milieu, lié notamment au réchauffement de l’eau.
Si un simple épisode d’eau colorée, dans une baie bretonne fréquentée, a suffi à révéler une classe entière de phytoplancton, combien d’autres inconnues patientent au large de nos côtes ? Plus de 5 000 espèces de microalgues sont déjà répertoriées, et chaque signalement peut en ajouter. En confiant un morceau de la surveillance à des milliers d’yeux, doublés désormais de ceux des satellites, l’Ifremer parie que l’océan du quotidien, celui des plages et des ports, a encore beaucoup à nous apprendre et peut faire progresser la science.
Il suffira peut-être d’une prochaine eau verte, un matin d’été, pour le vérifier.
Sources :
Ifremer, Des alertes satellites pour mieux traquer les blooms : les citoyens au cœur de la surveillance du phytoplancton (7 juillet 2026)
https://www.ifremer.fr/fr/presse/des-alertes-satellites-pour-mieux-traquer-les-blooms-les-citoyens-au-coeur-de-la
Communiqué de lancement de Phenomer 2.0, avec la découverte de Concarneau et le système d’alerte satellite.
Ifremer, Phenomer, l’observatoire participatif des eaux colorées
https://www.ifremer.fr/fr/participez-la-recherche-scientifique/phenomer
Présentation du programme : rôle des microalgues, lien avec le REPHY, fonctionnement des signalements.
Image de mise en avant : Lesbats Stephane (2022). Phénomène d’eau colorée verte en baie de Vilaine. Ifremer. https://image.ifremer.fr/data/00787/89882/




