D’un côté, la Corée du Sud fusionne ses deux compagnies de train à grande vitesse pour n’en faire qu’une. De l’autre, la France ouvre grand son rail à la concurrence. Deux pays, deux stratégies diamétralement opposées pour un même objectif : des billets moins chers.
Le 2 août 2026, l’autorité coréenne de la concurrence a donné son feu vert final à une opération qui semble prendre l’Europe à contre-pied. L’opérateur historique KORAIL, qui exploite les trains KTX, va pouvoir absorber son rival SR et ses trains SRT, ainsi que la participation de 58,95 % détenue par l’État dans cette dernière.
À partir du 1er septembre, les deux réseaux n’en formeront plus qu’un, sous la seule bannière KTX, avec une billetterie unique et des tarifs revus à la baisse.
Cela peut sembler ironique quand on voit qu’en France, on semble faire le chemin exactement inverse !
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La Corée du sud fait machine arrière sur son réseau ferroviaire après dix ans de concurrence
Remontons en 2016. Cette année-là, Séoul ouvre une deuxième compagnie ferroviaire, SR, avec une mission claire : casser le monopole de KORAIL et introduire de la concurrence sur le rail à grande vitesse. La recette fonctionne un temps. Les trains SRT arrivent avec des tarifs environ 10 % moins chers que les KTX, ce qui force l’opérateur historique à revoir ses remises. Le voyageur y gagne, mais se retrouve aussi coincé entre deux systèmes de billetterie et deux cartes de fidélité.
Dix ans plus tard, le gouvernement change son fusil d’épaule. Il juge désormais qu’un opérateur unique sert mieux les voyageurs qu’une rivalité entre deux maisons publiques. Séoul s’est bien gardé bien de déclarer que l’expérience de 2016 était « ratée » : ce qui a changé, dit-il, c’est le jugement sur la structure la plus avantageuse. Le résultat n’en reste pas moins un retour à la case départ dix ans après (en gros « je ne dirais pas que c’est un échec, ça n’a pas marché »).
Au 1er septembre, les tarifs KTX baisseront d’environ 10 % pour s’aligner sur ceux, plus doux, des SRT, et ce pour trois ans. La réservation passera désormais par une plateforme unique, KORAIL+, lancée début août.
Côté capacité, le gouvernement promet environ 15 000 places supplémentaires en semaine et 17 000 le week-end, soit à peu près 6 % de mieux, en couplant les rames KTX et SRT et en assouplissant l’usage des gares. Ces gains viennent d’une meilleure organisation, pas de lignes neuves. Le tronçon saturé entre Pyeongtaek et Osong devra d’ailleurs patienter jusqu’à une extension prévue pour 2028.
Pendant ce temps-là, la France ouvre grand les portes
Là où la Corée referme, la France déverrouille. Depuis décembre 2020, sous l’impulsion des règles européennes, n’importe quel opérateur disposant des autorisations nécessaires peut faire rouler ses trains sur les lignes à grande vitesse françaises, sans subvention et à ses propres risques. Le monopole de la SNCF, vieux de plusieurs décennies, semble vivre ses dernières heures.
Les premiers à s’engouffrer dans la brèche sont venus de l’étranger. L’italien Trenitalia fait circuler ses rames rouges Frecciarossa sur Paris-Lyon-Marseille depuis 2021, ainsi que sur Paris-Milan. L’espagnol Renfe relie de son côté Marseille à Barcelone et Madrid depuis 2023. Sur l’axe Paris-Lyon, l’un des plus fréquentés d’Europe, l’arrivée de Trenitalia a déjà fait bouger les prix vers le bas.
Les nouveaux venus français : Proxima, Le Train et les autres
Jusqu’ici, la concurrence française restait surtout une affaire d’opérateurs étrangers déjà rodés ailleurs.
La nouveauté, c’est l’irruption de jeunes compagnies privées bien françaises. La plus avancée s’appelle Proxima. En avril 2026, elle a dévoilé sa première rame Avelia Horizon (le même train que le futur TGV M de la SNCF), fruit d’une commande de 12 exemplaires passée à Alstom pour 1 milliard d’euros. La compagnie souhaite attauqer les axes chargés vers l’ouest, Paris-Bordeaux et Paris-Rennes, avec la promesse de près de 10 millions de sièges supplémentaires par an. Les premiers trains sont attendus vers 2028.
Dans le même sillage, une autre start-up, Le Train, née en Charente et basée à Bordeaux, veut relier les villes du Grand Ouest sans passer par la capitale : Bordeaux-Nantes et Bordeaux-Rennes. Le projet a pris du retard mais vise lui aussi une mise en service autour de 2028. Le législateur pousse dans la même direction : un projet de loi voté au Sénat au printemps 2026 obligera la plateforme SNCF Connect à vendre, d’ici fin 2027, les billets des concurrents comme Trenitalia ou Renfe, histoire d’en finir avec les soupçons de verrouillage.
Le mouvement français, loin de ralentir, prend de l’ampleur.
Deux visions du train pas cher
Alors… qui a raison ? La Corée parie qu’un opérateur unique, débarrassé des doublons, peut baisser les prix et mieux remplir ses trains. La France (un peu aidée par les réglementations européennes) mise sur l’inverse, la pression de rivaux affamés pour tirer les tarifs vers le bas. Deux théories du guichet moins cher, aux antipodes l’une de l’autre.
Une nuance, toutefois, empêche de faire de ce duel un match parfaitement symétrique. La « concurrence » coréenne de 2016 opposait deux compagnies… toutes deux publiques. C’est donc l’État qui se faisait concurrence à lui-même. Fusionner KORAIL et SR revient dès lors autant à supprimer un doublon coûteux qu’à tourner le dos à la concurrence, ce qui n’a pas tout à fait le même sens que d’empêcher des opérateurs privés d’entrer sur le marché. En France, au contraire, ce sont bien des acteurs indépendants, étrangers ou privés, qui viennent bousculer l’historique.
Quant à la fameuse baisse de 10 % coréenne, elle mérite un astérisque. Il ne s’agit pas d’une condition contraignante de la fusion, mais d’un engagement sur trois ans, sans pénalité en cas de non-respect. Le ministère des Transports n’a d’ailleurs rien tranché pour l’après-2028. Le voyageur coréen gagne donc à coup sûr sur le court terme, mais la suite reste à écrire.
Comme souvent avec les trains, on connaît l’heure de départ, beaucoup moins celle d’arrivée !

Sources :
- The Korea Times, Korea approves KORAIL-SR merger (2 août 2026)
https://www.koreatimes.co.kr/amp/business/companies/20260802/korea-approves-korail-sr-merger
Feu vert de l’autorité de la concurrence à l’absorption de SR par KORAIL et détail du plan sur trois ans. - Korea JoongAng Daily, One fare, one rail (2 août 2026)
https://www.koreajoongangdaily.com/business/one-fare-one-rail/12803722
Sur la fin de la structure à deux opérateurs et l’unification KTX-SRT. - Groupe SNCF, L’ouverture à la concurrence
https://www.groupe-sncf.com/fr/groupe/strategie/ouverture-concurrence
Cadre de l’ouverture du rail français, présence de Trenitalia et de la Renfe sur les lignes à grande vitesse.
Image de mise en avant : KTX-Sancheon n° 07 – crédit : Minseong Kim (Creative Commons)




