Un train à grande vitesse qui continue de rouler même quand le courant tombe : c’est l’une des promesses de la nouvelle rame japonaise que Taïwan vient de recevoir.
Le samedi 15 août 2026, le port de Kaohsiung, dans le sud de Taïwan, a vu débarquer d’un cargo la première rame N700ST commandée au Japon.
Douze rames de douze voitures chacune, 144 voitures au total, commandées en 2023 au consortium Hitachi-Toshiba pour environ 124 milliards de yens, soit près de 670 millions d’euros. La cérémonie de réception a réuni le ministre taïwanais des Transports, le maire de Kaohsiung et les représentants japonais.
Après plusieurs mois d’essais, la mise en service du premier train est visée pour le 1er juillet 2027.
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Taïwan a reçu ses nouvelles rames du Japon pour son Shinkansen
Des batteries pour finir le trajet sans courant
La nouveauté qui retient l’attention se cache sous le plancher. Le N700ST embarque des batteries lithium-ion de secours. En cas de coupure d’alimentation, un incident redouté sur une ligne à grande vitesse où les rames dépendent entièrement de la caténaire, ces batteries permettent au train de rouler à vitesse réduite jusqu’à un endroit sûr, une gare ou un point d’évacuation, au lieu de s’immobiliser en pleine voie. Elles peuvent aussi maintenir l’éclairage et les toilettes en fonctionnement le temps que la situation se règle.
Le reste de la fiche technique respire la même logique de sobriété. La chaîne de propulsion utilise des composants au carbure de silicium, un matériau qui supporte de fortes tensions en chauffant moins, ce qui autorise un refroidissement sans ventilateur. Cela permet des équipements plus légers, plus compacts et moins gourmands en électricité. Une suspension active corrige les mouvements de caisse pour amortir les secousses, le bruit et les vibrations reculent, et chaque siège dispose désormais de sa prise de courant. Quant au nez profilé de la rame, le président de l’opérateur Shih Che l’a comparé au bec d’un ornithorynque, ce qui, une fois qu’on l’a en tête, ne se voit plus autrement.

| Caractéristique | N700ST |
|---|---|
| Base technique | Shinkansen N700S de la compagnie japonaise JR Central |
| Constructeur | Consortium Hitachi-Toshiba |
| Commande | 2023 |
| Volume | 12 rames de 12 voitures, soit 144 voitures |
| Montant | environ 124 milliards de yens (environ 670 millions d’euros) |
| Longueur d’une rame | environ 300 mètres |
| Vitesse maximale | 300 km/h |
| Particularités | Batteries de secours, propulsion au carbure de silicium, suspension active, prise à chaque siège |
| Mise en service | 1er juillet 2027 (première rame), flotte complète d’ici 2028 |
Un réseau qui étouffe sous son succès
Ces rames ne remplacent pas les anciennes, elles s’y ajoutent. Le parc actuel, composé de rames 700T en service depuis l’ouverture de la ligne, reste sur les rails. Les N700ST viennent gonfler la capacité d’environ 25 % aux heures de pointe.
La ligne Taipei-Kaohsiung, quelque 350 kilomètres parcourus en environ 90 minutes, transporte en moyenne plus de 200 000 voyageurs par jour sur ses douze gares. Après presque vingt ans d’exploitation, elle montre ses limites, freinée par un manque de matériel roulant plus que par le tracé lui-même. D’où cette commande, la plus importante augmentation de parc depuis les débuts du réseau. Les nouvelles rames doivent aussi préparer le terrain à une extension vers le nord de l’île, récemment approuvée. Cette montée en gamme a toutefois un prix : l’opérateur envisage de relever ses tarifs le 1er juillet 2027, au moment de la mise en service, pour la première fois en vingt ans.
Une artère qui irrigue l’industrie du silicium
La ligne ne transporte pas que des voyageurs pressés. Elle longe la côte ouest de Taïwan, là où se concentrent les grands sites de production de semi-conducteurs qui font de l’île un maillon irremplaçable de l’électronique mondiale. Le corridor est parfois surnommé l’« artère de l’île du silicium ». Ingénieurs, cadres et techniciens l’empruntent chaque jour pour relier les pôles industriels du nord et du sud, et la fiabilité du train pèse directement sur celle d’une filière dont dépend une bonne partie de nos téléphones et de nos ordinateurs. Renforcer la capacité de cette ligne, c’est fluidifier la circulation des personnes autour d’une industrie stratégique.
Avant de gérer cette montée en puissance, l’opérateur devra franchir une étape moins visible mais délicate. Assemblage et essais statiques doivent s’achever d’ici novembre 2026, suivis d’une campagne d’essais dynamiques découpée en trois étapes et 69 tests, de la traction au freinage en passant par les équipements passagers, jusqu’à la fin avril 2027. Il faudra ensuite faire cohabiter deux générations de rames sur les mêmes voies, un vrai casse-tête d’exploitation et de maintenance.
La seule vraie vitrine du Shinkansen à l’export
Taïwan a été, en 2007, le premier réseau à grande vitesse au monde construit hors du Japon autour de la technologie Shinkansen. Près de vingt ans plus tard, l’île en demeure pour le moment la seule réussite à l’exportation. Le train japonais, référence mondiale de sécurité et de ponctualité depuis 1964, s’est en effet fort peu vendu au-delà de l’archipel, souvent devancé par des offres européennes ou chinoises jugées moins chères ou moins exigeantes en infrastructures.
À noter toutefois que l’Inde a retenu la technologie Shinkansen pour son corridor à grande vitesse entre Mumbai et Ahmedabad, quelque 500 kilomètres actuellement en chantier. Le projet, lancé au milieu des années 2010, accumule les retards, mais il réserve une surprise : c’est là que débuteront les rames E10, la toute dernière génération japonaise, dont Tokyo et New Delhi ont annoncé en juillet 2025 une mise en service simultanée dans les deux pays. Autrement dit, l’Inde ne recevra pas une technologie de seconde main, mais le nec plus ultra du Shinkansen, au même moment que le Japon lui-même.
Sources :
The Japan Times — New shinkansen model delivered to Taiwan (16 août 2026)
https://www.japantimes.co.jp/business/2026/08/16/taiwan-shinkansen-arrival/
Compte rendu de la cérémonie de livraison au port de Kaohsiung et détail de la commande.
Taipei Times — Next-gen HSR train arrives (16 août 2026)
https://www.taipeitimes.com/News/taiwan/archives/2026/08/16/2003862582
Réception de la première rame et projet de hausse des tarifs lié au plan Taiwan High-Speed Rail 2.0.
Railway Gazette International — First N700ST ‘platypus’ high speed trains en route to Taiwan (31 juillet 2026)
https://www.railwaygazette.com/taiwan/2026/07/31/first-n700st-platypus-high-speed-trains-en-route-to-taiwan/
Présentation technique de la rame, du consortium constructeur et du calendrier d’essais.




