À cette altitude, construire ne relève plus seulement de la maçonnerie : c’est un défi où le vent, le béton et même les ascenseurs atteignent leurs limites.
Fin juillet 2026, le prince Alwaleed bin Talal, principal investisseur du projet, a annoncé après une visite de chantier que la tour de Djeddah avait atteint 430 mètres et son 107e étage, soit environ 43 % de sa structure. Les équipes coulent désormais près d’un étage par semaine, « bien plus vite que jamais » selon l’ingénieur John Peronto. La livraison est visée pour août 2028.
Quand elle sera achevée, cette flèche plantée au bord de la mer Rouge, à une vingtaine de kilomètres au nord de Djeddah, deviendra le premier bâtiment de l’histoire à dépasser le kilomètre, coiffant largement le Burj Khalifa et ses 828 mètres, qui d’ailleurs a été dessinée par le même cabinet, Adrian Smith + Gordon Gill.
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Le géant a passé le 107e étage et vise 1 008 mètres, une hauteur que personne n’a jamais approchée
À un kilomètre, le vent fait la loi
Passé 800 mètres de hauteur, ce n’est plus la gravité qui inquiète les ingénieurs, mais le vent. Plus on s’élève, plus il souffle fort et de façon désordonnée. Le vrai danger porte un nom : le détachement tourbillonnaire. Des tourbillons se forment alternativement de part et d’autre de la tour et, s’ils se synchronisent, peuvent la faire osciller jusqu’à la rupture.
La parade tient dans la forme. La tour dessine un plan triangulaire à trois branches qui s’affine à mesure qu’il monte, ponctué de décrochements. Longuement éprouvée en soufflerie, cette silhouette fuselée casse les tourbillons avant qu’ils ne s’organisent. Sa ligne élégante n’a donc rien de gratuit : chaque mètre carré retranché en hauteur renforce la stabilité de l’ensemble.
Du béton pompé vers les nuages
Le béton est roi au Moyen-Orient, et c’est lui qui forme l’ossature de la tour. Reste à le hisser toujours plus haut. Le Burj Khalifa avait établi un record en le pompant à quelque 600 mètres ; ici, il faut viser près de 1 000 mètres. Un tel exploit a réclamé des pompes à très haute pression conçues sur mesure et des mélanges spéciaux, capables de rester fluides durant le long voyage dans les conduites, sans se déliter ni perdre en résistance, malgré la chaleur et l’air salin de la côte.
La tour finie engloutira environ 500 000 mètres cubes de béton et 80 000 tonnes d’acier. Sous la surface, toute cette masse repose sur un radier de cinq mètres d’épaisseur, lui-même planté sur 270 pieux forés profondément dans le sol sédimentaire du littoral.
Les ascenseurs qui ne pouvaient pas exister
À un kilomètre de haut, un ascenseur devient un casse-tête de plus à résoudre. Le problème vient du câble. Avec de l’acier classique, plus la cabine doit monter haut, plus le câble qui la tient est long… et donc lourd. Passé environ 500 mètres, ce câble devient si pesant qu’il peine déjà à supporter son propre poids, avant même d’y ajouter celui de la cabine et des passagers. Autant dire qu’un ascenseur filant d’une traite jusqu’au sommet d’une tour d’un kilomètre relevait, jusqu’ici, de l’impossible.
La solution est venue de la fibre de carbone. Le finlandais KONE a développé pour ce chantier son câble UltraRope, un ruban de carbone plusieurs fois plus léger que l’acier à résistance égale. En allégeant radicalement les masses en mouvement, il fait sauter le verrou de la hauteur et réduit au passage jusqu’à 15 % l’énergie consommée à la montée. Ce sont quatre ascenseurs équipés de cette technologie qui desserviront l’observatoire, avec une course verticale de plus de 630 mètres.
Au total, KONE fournira 67 équipements, dont sept ascenseurs à double cabine pour absorber les heures de pointe. Comme aucune cabine ne peut relier directement le sol au sommet sans dévorer un espace précieux, les passagers changeront d’ascenseur dans des halls intermédiaires perchés en altitude, les « sky lobbies ».

Crédit : Ammar Shaker – Wikimedia Commons
La prochaine grande étape sera la « sky terrace », l’observatoire perché à 630 mètres, promis comme le plus haut du monde, avec une vue courant sur 80 kilomètres de mer Rouge par temps clair. Les ingénieurs l’espèrent d’ici une soixantaine de semaines. Le vrai suspense reste pourtant entier : pomper du béton bien au-delà de 600 mètres, jamais réalisé à cette échelle, n’a pas encore été éprouvé dans les hauteurs finales. Le kilomètre se rapproche, mais c’est dans ses derniers mètres que la tour de Djeddah jouera sa légende.
Fiche technique de la tour de Djeddah :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Hauteur finale visée | Au moins 1 008 m (167 étages) |
| Hauteur atteinte (juillet 2026) | 430 m, 107e étage |
| Avancement structurel | Environ 43 % |
| Rythme de construction | Près d’un étage par semaine |
| Matériaux | 500 000 m³ de béton, 80 000 t d’acier |
| Mobilité verticale | 67 équipements KONE, jusqu’à 10 m/s, câble carbone UltraRope |
| Observatoire | 630 m, le plus haut du monde |
| Achèvement prévu | Août 2028 |
Sources :
- Thornton Tomasetti, Jeddah Tower
https://www.thorntontomasetti.com/project/jeddah-tower
Détails d’ingénierie par le bureau d’études structure : charges de vent en altitude, forme à trois branches, radier de 5 m sur 270 pieux. - Newsweek, World’s Tallest Building Soars As Skyscraper Hits Construction Milestone (juin 2026)
https://www.newsweek.com/worlds-tallest-skyscraper-construction-milestone-jeddah-tower-12086826
Jalon des 430 m et du 107e étage, rythme de construction et achèvement visé en août 2028. - KONE, Jeddah Tower : KONE équipe le plus haut gratte-ciel du monde
https://www.kone.fr/actualites-ressources/realisations/jeddah-tower.html
Détail de la mobilité verticale : 67 équipements, technologie UltraRope sur 630 m et gestion intelligente des flux.




