Et si la prochaine révolution dans l’automobile venait de Californie ?
Le 28 juin 2026, Faraday Future a annoncé l’obtention du brevet américain US 12 630 004, qui couvre une architecture de transmission hybride d’un genre nouveau, intitulée Range-Extending Hybrid Transmission System. L’idée, si elle tient ses promesses, pourrait simplifier considérablement la chaîne motrice de millions de véhicules dans les années à venir.
Le brevet arrive en effet à un moment charnière pour l’industrie automobile qui cherche en ce moment la bonne formule pour combiner moteur électrique et thermique sans complexifier davantage les voitures. La proposition de Faraday Future est suffisamment radicale pour mériter qu’on s’y attarde, et l’entreprise prévoit de l’intégrer dès cette année à son nouveau véhicule, le Super One.
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Faraday Future dépose un brevet pour un nouveau système de transmission hybride pour l’automobile qui intrigue les ingénieurs
Dans un véhicule hybride classique, comme une Toyota Prius ou une BMW xDrive40e, le moteur thermique, le moteur électrique et les roues sont reliés par une transmission mécanique complexe, faite d’engrenages planétaires, d’embrayages multiples et de jeux de pignons savamment imbriqués. Chaque composant a sa place et sa fonction, mais l’ensemble est lourd, coûteux à fabriquer, et plus lent à réagir quand le système doit passer d’un mode à un autre.
Faraday Future propose une approche radicalement différente : découpler complètement les trois éléments.
Dans son architecture brevetée, le moteur thermique, le générateur-moteur électrique et les roues motrices ne sont plus reliés en permanence. Ils communiquent à travers une série d’arbres et d’embrayages que la voiture peut activer ou désactiver à volonté. Le moteur thermique peut entraîner directement les roues, ou fonctionner uniquement comme générateur d’électricité, ou rester à l’arrêt pendant que le moteur électrique fait tout le travail. Toutes les combinaisons sont possibles, et toutes peuvent fonctionner en même temps.
La promesse marketing de l’entreprise : « strong range extension with weak hybridization », c’est-à-dire en français : forte extension d’autonomie avec une hybridation légère.
En clair, on a tous les bénéfices d’un hybride sophistiqué (autonomie longue, performance, flexibilité) sans la complexité mécanique habituelle.
Récapitulatif des éléments clés du brevet US 12 630 004 :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Numéro de brevet | US 12 630 004 (United States Patent and Trademark Office) |
| Intitulé officiel | Range-Extending Hybrid Transmission System |
| Déposant | Faraday Future (Hanford, Californie) |
| Innovation principale | Découplage complet entre moteur thermique, générateur-moteur électrique et roues motrices |
| Composants clés | Source rotative (moteur thermique), générateur-moteur, différentiel, arbres multiples, embrayages |
| Modes de fonctionnement | 100 % électrique, thermique direct, générateur-prolongateur, hybride combiné, toutes sources simultanées |
| Promesse technique | « Strong range extension with weak hybridization » (autonomie longue avec hybridation simple) |
| Avantages annoncés | Transmission simplifiée, coût réduit, fiabilité accrue, meilleures performances en climat froid |
| Plateforme cible | AIHER (AI Hybrid Extended-Range Electric Powertrain), lancée en 2025 |
| Premier véhicule prévu | Super One (livraisons phasées Q2 2026 → Q1 2027) |
| Statut industriel | Brevet validé, intégration sur Super One en cours |
Pourquoi ça pourrait compter pour toute la chaîne automobile ?
Si l’invention tient ses promesses en production réelle, l’impact pourrait être considérable. Les hybrides classiques sont aujourd’hui pénalisés par leur transmission, qui représente jusqu’à 15 % du coût total d’un groupe motopropulseur et qui complique terriblement l’industrialisation. Toyota a passé vingt-cinq ans à perfectionner son Hybrid Synergy Drive, et personne n’arrive vraiment à le copier avec la même efficacité. Le découplage proposé par Faraday Future, s’il est viable industriellement, permettrait à n’importe quel constructeur d’assembler un hybride performant avec des composants beaucoup plus simples.
Le brevet s’inscrit aussi dans une catégorie automobile qui explose en ce moment : les EREV (Extended Range Electric Vehicles), c’est-à-dire les voitures électriques avec prolongateur d’autonomie. Le principe est simple : on roule à l’électricité, et quand la batterie faiblit, un petit moteur thermique se déclenche pour recharger en route. La voiture conserve ainsi toutes les sensations d’une électrique, mais sans l’angoisse de panne.
Le pionnier du genre fut la BMW i3 REX en 2014. Aujourd’hui, le segment est dominé par la Mazda MX-30 R-EV avec son moteur rotatif Wankel, et surtout par les Chinois de Li Auto, qui ont vendu plus de 500 000 EREV en 2024 et se classent comme le numéro un mondial du genre. La proposition de Faraday Future semble donc arriver exactement au bon moment pour s’inscrire dans cette dynamique mondiale.
Une plateforme baptisée AIHER pour soutenir l’ambition
Le brevet rejoindra une architecture plus large lancée en 2025 par l’entreprise, baptisée AIHER pour AI Hybrid Extended-Range Electric Powertrain. Cette plateforme combine la flexibilité d’un hybride classique avec l’autonomie d’une électrique à prolongateur, le tout piloté par des algorithmes d’intelligence artificielle censés optimiser en temps réel le passage d’un mode à l’autre selon la conduite, la météo et l’état de la batterie. C’est précisément le genre d’orchestration où le découplage mécanique apporté par le nouveau brevet prend tout son sens : sans liaison mécanique permanente entre les organes, l’IA peut basculer instantanément entre configurations sans surcoût de transmission.
Faraday Future avance par ailleurs un argument intéressant : son système serait particulièrement adapté aux climats très froids, où les batteries lithium-ion perdent une grande partie de leur capacité utile. Avec un moteur thermique capable de prendre le relais en générateur sans transition mécanique, le véhicule conserverait des performances stables même par grand froid. Un atout commercial sérieux pour les marchés nord-américains, scandinaves ou russes, où l’autonomie réelle des électriques pures fait encore débat.

Un constructeur à l’histoire mouvementée mais qui avance
Faraday Future a été fondée en 2014 par Jia Yueting, ancien patron du géant chinois de la tech LeEco. La société s’est longtemps construite une réputation de gros annonceur au Consumer Electronics Show de Las Vegas avant de réussir, en 2023, à lancer la production de son premier modèle, le FF91, à Hanford en Californie. Vendu à 309 000 dollars dans sa version d’origine (environ 287 000 euros), le véhicule cible volontairement un marché de niche très haut de gamme, ce qui explique des volumes encore modestes.
L’entreprise s’apprête désormais à passer à l’étape suivante avec le Super One, son nouveau véhicule de série basé sur la plateforme AIHER. Les livraisons doivent commencer dès le deuxième trimestre 2026 auprès de partenaires sélectionnés, monter en cadence à l’automne, et atteindre le grand public début 2027. Le constructeur vise 4 900 ventes en 2027 et 55 000 unités en 2030. En décembre 2025, Faraday Future a annoncé un accord avec ZEVO, une plateforme américaine de partage de véhicules présente en Californie, au Texas, en Arizona, en Floride et au Nevada, portant sur un total de 1 000 Super One. Un signal commercial sérieux, dans un marché de l’autopartage urbain en plein boom.
La société a également diversifié son activité en lançant en début d’année 2026 une gamme de robots humanoïdes baptisée EAI Robotics, dont les premières unités ont été livrées dès mars. Cette double casquette « véhicules + robots » s’inscrit dans la stratégie globale de l’entreprise autour de l’intelligence artificielle embarquée.
Après une restructuration de 100 millions de dollars de dette en 2025, l’équité actionnariale est repassée en territoire positif, ce qui donne un peu d’air pour exécuter les ambitions industrielles.
Le brevet est là, à Faraday Future de le faire vivre
Le brevet US 12 630 004 sera intégré aux premiers Super One livrés cette année. C’est la première fois qu’une architecture de transmission hybride aussi découplée arrivera sur un véhicule de série, et l’industrie automobile mondiale surveillera de près les retours utilisateurs des premières unités. Si le système tient ses promesses en conditions réelles, plusieurs grands équipementiers pourraient s’y intéresser, soit pour licence, soit pour développement conjoint. Les fabricants asiatiques en particulier, déjà dominants sur l’EREV, regardent attentivement toute innovation susceptible d’abaisser le coût des chaînes motrices hybrides.
Reste maintenant à Faraday Future à transformer cette idée brillante en réalité industrielle. La trajectoire est tracée, les premières livraisons sont calées, le partenariat avec ZEVO offre un débouché commercial concret. Le constructeur californien tient peut-être enfin l’invention qui justifiera, douze ans après sa création, son ambition d’inventer une voiture autrement.
Verdict dans quelques mois, quand les premiers Super One commenceront à rouler sur les routes américaines !
Sources :
- Faraday Future / SEC, Faraday Future Secures U.S. Patent for Hybrid Extended Range Transmission System for Future Usage in Its Vehicle Lineup That Will Enable Robust Range Extension and Reduce Mechanical Complexity (25 juin 2026)
https://investors.ff.com/news-releases/news-release-details/ff-announces-fourth-quarter-and-full-year-2025-financial-0
Communiqué de presse officiel annonçant le brevet déposé sur le Range-Extending Hybrid Transmission System - Stocktitan, Faraday Future signs ZEVO agreement for 1 000 Super One vehicles (19 décembre 2025)
https://www.stocktitan.net/news/FFAI/faraday-future-plan-to-complete-ff-91-2-0-delivery-and-transaction-rmeacfluj6sv.html
Détails du contrat avec ZEVO, plateforme américaine de partage de véhicules couvrant cinq États (Californie, Texas, Arizona, Floride, Nevada). - Electrek, Faraday Future FF91 — Production and delivery saga (mise à jour 2025-2026)
https://electrek.co/guides/faraday-future-ff91/
Historique de la production du FF91 depuis le démarrage en mars 2023 à Hanford en Californie, prix de lancement à 309 000 dollars.
Image de mise en avant : Représentation d’artiste du système breveté par Faraday Future réalisée à l’aide de Dall-E et de Canva.




