Invisible la « flotte fantôme » russe ? Plus pour longtemps grâce à cette nouvelle arme déployée par l’UE et le Royaume-Uni : INFLECION

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L’Europe s’apprête à mettre en orbite un satellite capable de sommer un cargo de décliner son identité, et de démasquer ceux qui préfèrent le silence.

En juin 2026, l’Agence spatiale européenne a signé un contrat de 10,9 millions d’euros avec une entreprise écossaise, AAC Clyde Space, pour bâtir une constellation de douze satellites dédiés à la surveillance maritime.

La somme peut paraître relativement modeste à l’échelle du spatial pourtant l’enjeu, lui, l’est beaucoup moins : reprendre la main sur ce qui se passe réellement au large, à l’heure où des centaines de navires ont appris à s’effacer des écrans.

Lire aussi :

L’ESA signe un contrat avec l’Agence spatiale britannique et AAC Clyde Space pour lancer la constellation INFLECION destinée aux communications de sécurité maritime

Le contrat signé ne couvre qu’une brique du programme, baptisé INFLECION. Cette brique-là, le « lot 1 » dans le jargon, porte sur le développement et la démonstration en orbite de la constellation. Coût du lot : environ 21,7 millions d’euros, réglés à parts égales par l’agence spatiale britannique et par l’ESA, via son programme ARTES consacré à la sûreté et à la sécurité.

Londres et Bruxelles partageant la facture d’un outil de renseignement maritime, on aurait tendance à dire que le Brexit n’a (heureusement) pas encore de prise sur certains sujets importants, notamment en termes de défense.

Le programme complet avoisine 30,7 millions d’euros. Une phase de définition, déjà bouclée pour moins d’un million, a ouvert la marche. Douze satellites doivent suivre, avec une démonstration des services attendue pour le début de 2029.

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Récap du projet en quelques chiffres : 

Élément Détail
Contrat signé (juin 2026) 10,9 millions d’euros — développement et démonstration en orbite
Lot « Workstream 1 » ≈ 21,7 millions d’euros, cofinancés à 50 % par l’agence spatiale britannique
Programme INFLECION complet ≈ 30,7 millions d’euros
Phase de définition (achevée) 0,85 million d’euros
Constellation prévue 12 satellites — démonstration des services début 2029
Chef de file AAC Clyde Space (Glasgow), à la tête d’un consortium britannique

Le VDES, ou l’AIS qui apprend à répondre

Pour saisir l’affaire, il faut connaître l’AIS. Depuis les années 2000, tout navire de commerce d’une certaine taille émet en continu un signal radio VHF livrant son identité, sa position, sa route et sa vitesse. C’est l’équivalent maritime du transpondeur d’un avion. Efficace, mais à sens unique : le navire parle, personne ne lui répond, et sa portée s’arrête là où finit la côte.

Le VDES doit corriger les deux défauts. Même bande de fréquences (156 à 162 mégahertz), même antenne à bord, mais une communication qui circule dans les deux sens : navire vers terre, terre vers navire, et surtout navire vers satellite. Certains l’appellent déjà l’« AIS 2.0 ». Là où l’AIS plafonne autour de 9,6 kilobits par seconde, le VDES grimpe jusqu’à 307 kilobits : une trentaine de fois plus de débit, de quoi transmettre bulletins météo, corrections de route ou messages de sécurité sans saturer les ondes.

Le détail qui compte : en mai 2026, l’Organisation maritime internationale a adopté une résolution intégrant le VDES à son cadre réglementaire, avec une échéance visée autour de 2028. La technologie que financent l’ESA et Londres est donc en passe de devenir une norme mondiale.

Les flottes fantômes représenteraient jusqu'à 10% du trafic mondial.
Les flottes fantômes représenteraient jusqu’à 10% de la flotte marchande mondiale, selon l’Institut français des relations internationales.

Trois yeux valent mieux qu’un

INFLECION ne se contente pas de faire parler les navires. Le système croise trois capteurs complémentaires. Le VDES ouvre le dialogue avec les bâtiments coopératifs. L’écoute électromagnétique (le renseignement d’origine radio, fourni ici par la société britannique Horizon Technologies) repère les émissions radar et radio d’un navire, même muet côté AIS. Le radar imageur SAR, apporté par Iceye, photographie enfin les coques de jour comme de nuit, et à travers les nuages.

La logique tient en une phrase : un navire honnête coche les trois cases. Celui qui coupe son transpondeur en rate une, mais laisse toujours une trace radar ou une signature électromagnétique. Superposez les trois couches, et le silence devient suspect !

Les trois yeux d'INFLECION

Traquer ceux qui s’éteignent

Une part croissante du transport maritime a fait de l’invisibilité un métier. La « flotte fantôme » russe (des pétroliers vieillissants, mal assurés, immatriculés sous pavillon de complaisance) représenterait aujourd’hui près de 10 % de la flotte marchande mondiale, selon l’Institut français des relations internationales ! Environ 600 tankers écouleraient à eux seuls quelque 70 % du pétrole russe exporté par voie maritime, transpondeur souvent coupé pour brouiller les pistes.

L’Union européenne, elle, ne peut sanctionner que ce qu’elle parvient à nommer : sa liste noire est passée d’un peu plus de 400 navires à l’automne 2025 à près de 600 en décembre. Derrière ces bâtiments, des montages opaques : dès avril 2022, la compagnie publique russe Sovcomflot transférait 92 navires à une société de gestion basée à Dubaï, le temps d’une écriture comptable, pour se mettre hors d’atteinte des sanctions. Chaque coque effacée des radars, c’est un peu de la surveillance européenne qui s’aveugle et douze satellites, soudain, ne paraissent plus de trop.

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2028, l’année où tout se joue

Reste à transformer l’essai. Douze satellites, c’est peu au regard des constellations géantes qui peuplent désormais l’orbite basse. La démonstration n’est attendue qu’en 2029, et l’histoire du spatial regorge de calendriers repoussés. La technologie, elle, a déjà fait ses preuves : la Norvège teste également le VDES en orbite depuis 2017. Le marché mondial des services associés, estimé autour de 1,9 milliard de dollars (environ 1,6 milliard d’euros) en 2024 par les cabinets spécialisés, pourrait doubler d’ici le début des années 2030.

Tout se cristallise autour de 2028. Si l’échéance de l’Organisation maritime internationale tient, chaque nouveau navire de commerce devra parler VDES. Ceux qui auront lancé leurs satellites à temps capteront ce trafic ; les autres regarderont passer les données.

L’Europe et le Royaume-Uni ont posé leur jalon. Il leur reste à prouver qu’un œil de douze satellites suffit à surveiller un océan !

Sources :

SpaceNews, AAC Clyde Space wins ESA contract to complete maritime-monitoring constellation (juin 2026)

AAC Clyde Space wins ESA contract to complete maritime-monitoring constellation


Détail du contrat, capacité de « sommer » les navires et de repérer ceux qui coupent leur AIS.

ESA, INFLECION project set to transform maritime safety and sustainability from space
https://www.esa.int/Applications/Connectivity_and_Secure_Communications/INFLECION_project_set_to_transform_maritime_safety_and_sustainability_from_space
Présentation du programme, des trois technologies et du budget global de 30,7 M€.

Organisation maritime internationale (IMO), IMO adopts first global Code for autonomous ships (mai 2026)
https://www.imo.org/en/mediacentre/pressbriefings/pages/imo-adopts-mass-code.aspx
Résolution intégrant le VDES au cadre réglementaire, en alternative à l’AIS.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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