La France vient d’être témoin de deux événements historiques pour le plus grand réacteur à fusion nucléaire du monde ITER

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Le plus grand réacteur à fusion du monde entre enfin dans le concret.

Le 27 mai 2026, à Cadarache, les équipes d’ITER ont vécu une journée bien remplie, c’est le moins qu’on puisse dire !

D’un côté, un cinquième morceau géant de la chambre à plasma a été glissé dans le puits du réacteur  (plus de la moitié est désormais en place).

De l’autre, à quelques centaines de mètres, la toute première bobine d’aimant supraconducteur vient d’être refroidie à -269 °C et s’apprête à encaisser un courant monstrueux.

Deux nouvelles, un même message : après vingt ans de fabrication de pièces, le plus grand projet scientifique de la planète passe enfin aux travaux pratiques !

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Pour ceux qui n’ont pas suivi le feuilleton, petit rappel. ITER, c’est la tentative la plus ambitieuse jamais menée pour reproduire sur Terre la réaction qui fait briller le Soleil : la fusion nucléaire. Trente-cinq pays, un budget qui se compte en dizaines de milliards, et un rêve un peu fou, celui d’une énergie quasi inépuisable et sans déchets de longue durée.

Un programme ambitieux, qui vient donc de cocher deux nouvelles cases.

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Un puzzle de 1 400 tonnes installé au millimètre près

Commençons par la chambre à vide, il s’agit d’une enceinte en forme d’anneau (un tore dans le jargon) où sera confiné le plasma. Elle doit être livrée en neuf gros quartiers et cette semaine, c’est le module n° 4 qui a rejoint ses voisins dans le puits du tokamak. Avec lui, cinq secteurs sur neuf sont en place, soit 200 degrés sur les 360 du cercle. La moitié du chemin est franchie.

Opération rondement mené en 36 heures et le plus intéressant, c’est la vitesse à laquelle les équipes apprennent. Le tout premier module avait en effet demandé 7,4 mois d’assemblage et d’installation. Le module n° 4, lui, a été bouclé en 5,5 mois. Près de deux mois grattés, et une opération menée en avance sur le calendrier. « Nous nous attendions à un effet d’apprentissage, mais il se concrétise plus vite que prévu », se réjouit Nicolas Sapet, chef de projet pour le sous-assemblage des secteurs. En clair : ITER trouve enfin son rythme de croisière.

Le grand froid : des aimants à un cheveu du zéro absolu

L’autre nouvelle du jour est un peu moins visible mais tout aussi cruciale pour le projet. Dans une nouvelle installation d’essais, la première grande bobine d’aimant supraconducteur d’ITER, baptisée TF07, vient d’être refroidie avec succès à 4 kelvins, soit -269 °C (à quatre degrés du zéro absolu, la température la plus basse que permettent les lois de la physique).

La première bobine de champ toroïdal soumise aux essais, baptisée TF07, apparaît ici installée dans le cryostat de 800 m³, quelques instants avant la fermeture définitive du couvercle. Depuis, cette gigantesque pièce supraconductrice a été refroidie avec succès jusqu’à sa température de fonctionnement de 4 kelvins, soit -269 °C. Les essais sous très forte intensité électrique vont désormais pouvoir commencer.
La première bobine de champ toroïdal soumise aux essais, baptisée TF07, apparaît ici installée dans le cryostat de 800 m³, quelques instants avant la fermeture définitive du couvercle. Depuis, cette gigantesque pièce supraconductrice a été refroidie avec succès jusqu’à sa température de fonctionnement de 4 kelvins, soit -269 °C. Les essais sous très forte intensité électrique vont désormais pouvoir commencer.

Pourquoi se donner tant de mal ? Parce que c’est le secret du tokamak. Pour que le plasma atteigne 150 millions de degrés (dix fois la température du cœur du Soleil) sans faire fondre les parois, il ne doit jamais les toucher. On le maintient donc en lévitation grâce à un champ magnétique colossal, généré par des aimants géants. Pour produire un tel champ sans consommer une quantité d’électricité délirante, ces aimants doivent être supraconducteurs, c’est-à-dire capables de laisser passer le courant sans aucune résistance. Cette propriété magique n’apparaît (pour le moment) qu’à des températures extrêmement basses. D’où le grand froid.

Il a fallu douze jours pour amener la bobine TF07 de la température ambiante à ses -269 °C.

Les ingénieurs vont à présent la pousser dans ses retranchements en y injectant un courant maximal de 68 000 ampères. L’enjeu : vérifier qu’elle tient le choc et surtout valider les systèmes de détection du « quench ». Ce mot, un peu barbare, désigne le cauchemar des physiciens : si l’aimant sort de ses conditions idéales, il perd brutalement sa supraconductivité, et le courant gigantesque qui le traverse se transforme en chaleur et en tension, avec des dégâts potentiels considérables. Apprendre à détecter ce phénomène en une fraction de seconde est donc vital.

Détail malin qui mérite d’être souligné : cette installation d’essais n’a pas été construite à partir de rien. Les équipes ont recyclé un ancien bâtiment qui servait jadis à fabriquer les plus grosses bobines du projet. « En réaffectant des infrastructures existantes, nous avons mis en place une solution concrète pour réduire les risques », explique Pietro Barabaschi, le directeur général d’ITER. Une fois les essais d’ITER terminés, l’installation sera même prêtée à d’autres acteurs de la fusion. On y reviendra.

Petit rappel : qu’est-ce qu’on essaie de faire, au juste ?

Le but d’ITER n’est pas de produire de l’électricité. C’est une machine dédiée à la recherche fondamentale. Son objectif, résumé en un chiffre, c’est Q=10 : produire 500 mégawatts de puissance de fusion en n’injectant que 50 mégawatts dans le plasma.

Soit dix fois plus d’énergie récupérée qu’injectée dans la réaction. Personne n’y est jamais parvenu de façon soutenue. Si ITER y arrive, ce sera la preuve que la fusion peut un jour devenir une vraie source d’énergie.

Voici où en est le calendrier, tel qu’il a été révisé en 2024 :

Étape Échéance De quoi s’agit-il
Assemblage de la chambre à vide En cours (5 secteurs sur 9 en mai 2026) Montage du tore qui contiendra le plasma
Essais cryogéniques des aimants Démarrés en mai 2026 Validation des bobines supraconductrices à -269 °C
Premier plasma 2034 Première mise en route de la machine
Pleine puissance magnétique 2036 Champ magnétique à son intensité maximale
Fusion deutérium-tritium 2039 Les vraies réactions de fusion, objectif Q=10
Successeur DEMO puis centrale commerciale 2045-2060 Premiers réacteurs raccordés au réseau électrique

Avec ces deux nouveautés brevetées sur son réacteur à fusion nucléaire, le français Renaissance Fusion vise une mise en service d’ici 2035

La fourmi publique et les lièvres privés

Reste une question qui fâche un peu : pendant qu’ITER avance à son rythme de paquebot, une nuée de start-ups privées promet la même chose en deux fois moins de temps. L’Américaine Commonwealth Fusion Systems, soutenue par des milliards de dollars de capital-risque, vise une démonstration nette d’énergie avant 2030 avec son tokamak compact SPARC. La grenobloise Renaissance Fusion (qu’on a déjà croisée dans nos colonnes), mise sur un stellarator à aimants supraconducteurs gravés au laser. D’autres encore, au Royaume-Uni, au Japon, en Chine, avancent à coups de levées de fonds spectaculaires.

Faut-il y voir une compétition mortelle ? Pas vraiment. ITER joue le rôle de la grosse fourmi méthodique : il défriche les problèmes fondamentaux, met au point les technologies, accumule les données. C’est d’ailleurs tout le sens de cette installation d’essais cryogéniques qui sera ouverte au privé une fois la campagne ITER terminée. Les lièvres privés, eux, parient sur des machines plus petites, des aimants nouvelle génération et une prise de risque plus agressive pour griller la politesse au mastodonte public.

La vérité, c’est que personne ne sait encore qui passera la ligne en premier. Les start-ups vont vite, mais elles n’ont jamais rien prouvé à grande échelle. ITER va lentement, mais c’est lui qui possède l’expérience et les infrastructures.

Et il se pourrait bien que les deux mondes finissent par avoir besoin l’un de l’autre, le public fournissant le socle de connaissances sur lequel le privé bâtira les premières centrales.

Sources :

  • ITER Organization, « Petits pas pour grands résultats » (27 mai 2026)
    https://www.iter.org/fr/actualites-iter/petits-pas-pour-grands-resultats
    Article expliquant les avancées progressives réalisées sur le chantier ITER et leur importance dans le développement du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire.
  • ITER Organization, « L’installation d’essais cryogéniques des aimants entre en service » (27 mai 2026)
    https://www.iter.org/fr/actualites-iter/linstallation-dessais-cryogeniques-aimants-entre-en-service
    Article présentant la mise en service de l’installation dédiée aux essais cryogéniques des aimants supraconducteurs d’ITER, une étape essentielle pour la validation des systèmes magnétiques du réacteur de fusion.

Image de mise en avant :
La mise en place du module de 1 400 tonnes (composants et câblage) dans le puits du tokamak a nécessité des manœuvres méticuleuses – crédit : ITER

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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