La France finance un ambitieux projet de centrale nucléaire flottante mené par son nouveau champion : newcleo

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Après avoir voulu recycler les déchets nucléaires et fournir les États-Unis en combustible, le franco-italien newcleo veut désormais faire flotter ses réacteurs sur l’eau. 

Le 28 août 2026, un consortium mené par newcleo, la jeune pousse du réacteur avancé installée à Paris, a décroché un financement de la banque publique Bpifrance pour concevoir une centrale nucléaire flottante.

Le projet, baptisé n-Floating, prévoit une barge sans moteur capable d’accueillir plusieurs petits réacteurs de 200 mégawatts.

Une idée qui peut sembler farfelue, mais qui pourrait bien répondre à quelques-uns des casse-tête énergétiques les plus coriaces de la décennie.

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Le franco-italien newcleo reçoit un financement de la banque Bpifrance pour concevoir une centrale nucléaire flottante

Pourquoi mettre un réacteur sur une barge ?

Construire une centrale nucléaire classique, c’est des années de chantier, des surcoûts à répétition et des sites bétonnés introuvables. À l’inverse, une centrale flottante se fabrique en série dans un chantier naval, comme un navire, puis se remorque là où on en a besoin. On standardise, on industrialise, on livre clé en main.

Cet élément vaut 14 000 euros la dose et seul le Canada sait en produire dans une centrale nucléaire en fonctionnement, grâce à un savoir-faire français

Les débouchés ne manquent pas. Une barge nucléaire peut alimenter une région isolée mal reliée au réseau, un port et sa zone industrielle, une usine de dessalement assoiffée d’énergie, ou encore les data centers dont l’appétit électrique explose. newcleo cite aussi la production d’hydrogène et les industries lourdes comme la sidérurgie ou le ciment. L’entreprise s’appuie ici sur un savoir-faire éprouvé : celui de l’industrie pétrolière offshore, qui construit depuis des décennies des plateformes flottantes de production et de stockage en pleine mer.

Marier ces techniques maritimes matures avec le nucléaire de nouvelle génération, voilà tout le pari.

Vue en coupe du Réacteur LFR-AS-30 de newlceo.
Vue en coupe du Réacteur LFR-AS-30 de newlceo.
Le projet n-Floating Données clés
Concept Barge non automotrice accueillant plusieurs réacteurs
Réacteur LFR-AS-200, réacteur rapide au plomb de 200 MWe
Chef de file newcleo (franco-italien), avec Bureau Veritas et ABMI
Financement Près d’un million d’euros (Bpifrance)
Calendrier 18 mois d’études, déploiement visé « d’ici 2036 »
Usages visés Sites isolés, ports, dessalement, data centers, hydrogène

La Russie a dix ans d’avance

Voilà pour l’ambition. La réalité, elle, impose un peu d’humilité, car la France n’invente rien : elle arrive sur un terrain que la Russie occupe déjà seule. Depuis 2020, l’Akademik Lomonosov de Rosatom fournit électricité et chaleur à Pevek, un port perdu de l’Arctique sibérien, grâce à deux réacteurs montés sur une barge, soit environ 70 mégawatts. C’est à ce jour la seule centrale nucléaire flottante commerciale au monde.

L'Akademik Lomonosov est la première centrale nucléaire flottante russe, mise en service en 2020 à Pevek, en Tchoukotka.
L’Akademik Lomonosov est la première centrale nucléaire flottante russe, mise en service en 2020 à Pevek, en Tchoukotka.

L’engin a mis treize ans à voir le jour, contre quatre prévus, pour un coût d’environ 700 millions de dollars (près de 595 millions d’euros), trois fois le budget initial. Greenpeace l’avait surnommé le « Tchernobyl flottant ». Rosatom construit néanmoins déjà la génération suivante pour alimenter une mine arctique. La Chine, de son côté, étudie jusqu’à une vingtaine d’unités pour la mer de Chine méridionale, dans des eaux disputées avec ses voisins, tandis que la Corée du Sud, le Danemark et les États-Unis avancent leurs propres concepts. Au total, on recense près de 118 projets de réacteurs flottants dans le monde. La France, avec n-Floating, entre donc tard dans une course déjà lancée.

Un cadre juridique encore à inventer

Reste un obstacle que personne ne peut contourner : le droit. Que se passe-t-il quand un réacteur est construit et chargé en combustible dans un pays, puis remorqué et exploité dans les eaux d’un autre, voire en pleine mer internationale ? Quelle autorité en assure le contrôle, la sûreté, la responsabilité en cas d’accident ? Ces questions n’ont pas encore de réponse claire.

Signe que le sujet mûrit vite, l’Agence internationale de l’énergie atomique a lancé fin août 2026 une initiative baptisée ATLAS, précisément destinée à bâtir un cadre réglementaire international pour le nucléaire civil en mer. Car les risques sont réels et spécifiques : une tempête, une collision, un naufrage, sans oublier l’épineuse gestion du combustible usé qu’il faudra bien ramener à terre. Faire flotter un cœur nucléaire, c’est ajouter aux défis du nucléaire ceux, tout aussi redoutables, de la haute mer.

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Beaucoup de promesses, un concept sur le papier

Le financement obtenu par newcleo, moins d’un million d’euros, ne paie que des études de concept, pas un chantier. Surtout, l’entreprise n’a pas encore construit son réacteur terrestre : son premier prototype non nucléaire est attendu cette année en Italie, et son premier vrai réacteur pas avant 2032. Promettre une version flottante « d’ici 2036 » relève donc d’un pari sur un pari. La prudence commande de voir dans cette annonce une exploration prometteuse, pas une centrale à quai.

Cela dit, la démarche a du sens dans la trajectoire de newcleo, qu’on a déjà vu multiplier les initiatives, du recyclage des déchets en combustible MOX aux projets américains, en passant par des accords avec le constructeur naval Fincantieri et le pétrolier Saipem. L’entreprise défriche méthodiquement tous les marchés possibles du réacteur au plomb, quitte à en tenter beaucoup pour en réussir quelques-uns.

Alors, gadget de laboratoire ou avenir de l’énergie en mer ? Sans doute ni l’un ni l’autre pour l’instant. Ce qui est sûr, c’est que le nucléaire flottant est passé, en quelques années, du statut de curiosité russe à celui de frontière que se disputent désormais une poignée de nations.

La France vient d’y planter son drapeau, avec un concept et un million d’euros. Rendez-vous dans dix-huit mois pour savoir si le radeau tient la mer… au moins sur le papier !

Sources :

  • World Nuclear News, Newcleo-led consortium to develop floating nuclear plant (28 août 2026)
    https://www.world-nuclear-news.org/articles/newcleo-led-consortium-to-develop-floating-nuclear-plant
    Projet n-Floating, barge accueillant des réacteurs LFR-AS-200, financement Bpifrance (près d’un million d’euros), partenaires Bureau Veritas et ABMI, ambition de déploiement d’ici 2036, collaborations existantes avec Fincantieri et Saipem.
  • Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Floating Nuclear Power Plants: Benefits and Challenges discussed at IAEA Symposium (avril 2026)
    https://www.iaea.org/newscenter/news/floating-nuclear-power-plants-benefits-and-challenges-discussed-at-iaea-symposium
    Fabrication en chantier naval, pays développant des réacteurs marins (Canada, Chine, Danemark, Corée du Sud, Russie, États-Unis), défis réglementaires du franchissement des frontières.
  • Bellona, Floating nuclear power was a Russian curiosity. Now others want to give it a shot (août 2026)

    Floating nuclear power was a Russian curiosity. Now others want to give it a shot


    Historique de l’Akademik Lomonosov (13 ans de construction, dépassements de coûts), lancement de l’initiative ATLAS de l’AIEA, critiques environnementales et enjeux de sûreté.

  • Power Magazine, Floating Nuclear Power Buoyant on New Prospects
    https://www.powermag.com/floating-nuclear-power-buoyant-on-new-prospects /
    Panorama technologique (réacteurs à eau pressurisée, sels fondus, spectre rapide), projets russes et chinois, concept CMSR de Seaborg et Samsung Heavy Industries.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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