Avec cette première mondiale, la Chine va créer un nouveau marché promis à un bel avenir : le transfert de stock de CO2 dans le fret maritime

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Un échange de CO2 entre deux géants des mers sans tuyau et sans quai.

Au large de Shanghai, deux navires se sont transmis du dioxyde de carbone liquide en pleine mer, comme s’il s’agissait de cargaison ordinaire.

Le porte-conteneurs EVER TOP, pavillon panaméen, a remis son CO₂ capturé au Dejin, un autre navire ravitailleur, sans s’amarrer à un port, ni utiliser le moindre tuyau terrestre.

Ce type d’opération, une première mondiale, pose les bases d’un changement radical dans la gestion des émissions maritimes.

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Pour comprendre cette prouesse, il faut remonter à la technologie embarquée à bord de l’EVER TOP. Le navire est équipé d’un système de captage et stockage du carbone embarqué, ou OCCS pour les intimes. Développé par l’Institut de recherche en moteurs diesel marins de Shanghai, ce système permet de filtrer directement les gaz d’échappement du navire.

Plus de 80 % des émissions de CO₂ sont ainsi capturées, à une pureté impressionnante de 99,9 %. Le tout pendant que le navire navigue tranquillement avec ses 14 000 conteneurs. C’est comme si votre voiture piégeait son propre CO₂ à l’intérieur du coffre… sauf qu’ici, le coffre flotte et pèse plus de 100 000 tonnes !

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Un coût qui change la donne

Ce système coûte environ 9,3 millions d’euros à installer, soit deux fois moins cher que de convertir le navire au méthanol ou à l’ammoniac. C’est une voie médiane entre inaction coûteuse et conversion radicale, qui allonge la durée de vie des navires existants tout en répondant aux exigences environnementales.

À l’heure où l’Organisation maritime internationale (OMI) impose des normes de plus en plus strictes, les armateurs doivent choisir entre dépenser ou innover. L’OCCS offre une troisième voie : faire des économies tout en transformant les émissions en ressource vendable.

Un marché du CO2 qui flotte

Ce CO2 capturé n’est pas voué à l’oubli. Il peut être revendu à l’industrie, pour produire du méthanol, des engrais ou encore du béton à faible empreinte carbone. Un seul navire équipé comme l’EVER TOP pourrait générer jusqu’à 7,5 millions d’euros de revenus par an, rien qu’en vendant son dioxyde de carbone.

Un obstacle devait encore être franchi : comment livrer ce CO₂ à des clients situés dans des petits ports que les porte-conteneurs géants ne peuvent pas atteindre ? Le transfert navire à navire, en mer, apporte la réponse logistique attendue. On peut désormais imaginer une flotte de petits navires spécialisés qui récupèrent le CO₂ en route, comme des taxis maritimes du carbone.

Une logistique en boucle, pensée comme un écosystème

Le processus est fluide : le navire capte, stocke, transfère, et d’autres plus petits assurent la livraison. Plus besoin d’un port gigantesque ou d’une infrastructure dédiée. L’échange se fait au large, dans une zone abritée, comme une station-service flottante mais pour les gaz d’échappement piégés.

Cette méthode n’est pas seulement ingénieuse, elle est beaucoup plus économique que le transport terrestre. Un seul navire transporteur peut remplacer des dizaines, voire des centaines de camions-citernes. Moins de bouchons, moins d’émissions secondaires, plus de fluidité dans la chaîne logistique du CO2.

Shanghai s’impose comme pionnière du carbone maritime

Avec cette opération, Shanghai se place en tête de la course à la décarbonation du transport maritime. La ville n’en est pas à son coup d’essai : en 2023, l’EVER TOP avait déjà réalisé le premier transfert navire-quai de CO₂ capturé, toujours au port en eaux profondes de Yangshan. Cette fois, elle boucle la chaîne : capturer, transférer, réutiliser — tout en mer.

Les experts du projet ont été invités à rejoindre un nouveau groupe de travail de l’OMI, pour aider à définir les futurs protocoles internationaux de captage carbone maritime.

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Une industrie à 1 milliard de tonnes d’émissions

Pour mémoire, le transport maritime mondial émet environ 1 milliard de tonnes de CO₂ chaque année, soit près de 3 % des émissions planétaires. Si la méthode chinoise se répand, cela ouvre une porte vers une réduction significative de cette empreinte, sans devoir attendre le renouvellement complet de la flotte mondiale.

Un échange de CO₂ en pleine mer. Sans quai, sans port, sans tuyau. C’est discret, presque poétique. Mais c’est surtout redoutablement efficace. Et peut-être, une des clés pour faire respirer un peu mieux notre atmosphère.

Source : https://maritime-executive.com/article/shanghai-demonstrates-ship-to-ship-transfer-for-captured-co2

Image : Vue aérienne du cargo avec conteneur de fret en mer (Freepik)

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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