Avec cette première mondiale, la Chine va créer un nouveau marché promis à un bel avenir : le transfert de stock de CO2 dans le fret maritime

Date:

Un échange de CO2 entre deux géants des mers sans tuyau et sans quai.

Au large de Shanghai, deux navires se sont transmis du dioxyde de carbone liquide en pleine mer, comme s’il s’agissait de cargaison ordinaire.

Le porte-conteneurs EVER TOP, pavillon panaméen, a remis son CO₂ capturé au Dejin, un autre navire ravitailleur, sans s’amarrer à un port, ni utiliser le moindre tuyau terrestre.

Ce type d’opération, une première mondiale, pose les bases d’un changement radical dans la gestion des émissions maritimes.

Lire aussi :

Du CO2 transféré en pleine mer : l’exploit maritime qui pourrait bouleverser le transport mondial

Pour comprendre cette prouesse, il faut remonter à la technologie embarquée à bord de l’EVER TOP. Le navire est équipé d’un système de captage et stockage du carbone embarqué, ou OCCS pour les intimes. Développé par l’Institut de recherche en moteurs diesel marins de Shanghai, ce système permet de filtrer directement les gaz d’échappement du navire.

Plus de 80 % des émissions de CO₂ sont ainsi capturées, à une pureté impressionnante de 99,9 %. Le tout pendant que le navire navigue tranquillement avec ses 14 000 conteneurs. C’est comme si votre voiture piégeait son propre CO₂ à l’intérieur du coffre… sauf qu’ici, le coffre flotte et pèse plus de 100 000 tonnes !

La France possède 33% de la flotte mondiale d’un type de navires particulièrement stratégiques et objet de toutes les attentions en 2025 : les câbliers

Un coût qui change la donne

Ce système coûte environ 9,3 millions d’euros à installer, soit deux fois moins cher que de convertir le navire au méthanol ou à l’ammoniac. C’est une voie médiane entre inaction coûteuse et conversion radicale, qui allonge la durée de vie des navires existants tout en répondant aux exigences environnementales.

À l’heure où l’Organisation maritime internationale (OMI) impose des normes de plus en plus strictes, les armateurs doivent choisir entre dépenser ou innover. L’OCCS offre une troisième voie : faire des économies tout en transformant les émissions en ressource vendable.

Un marché du CO2 qui flotte

Ce CO2 capturé n’est pas voué à l’oubli. Il peut être revendu à l’industrie, pour produire du méthanol, des engrais ou encore du béton à faible empreinte carbone. Un seul navire équipé comme l’EVER TOP pourrait générer jusqu’à 7,5 millions d’euros de revenus par an, rien qu’en vendant son dioxyde de carbone.

Un obstacle devait encore être franchi : comment livrer ce CO₂ à des clients situés dans des petits ports que les porte-conteneurs géants ne peuvent pas atteindre ? Le transfert navire à navire, en mer, apporte la réponse logistique attendue. On peut désormais imaginer une flotte de petits navires spécialisés qui récupèrent le CO₂ en route, comme des taxis maritimes du carbone.

Une logistique en boucle, pensée comme un écosystème

Le processus est fluide : le navire capte, stocke, transfère, et d’autres plus petits assurent la livraison. Plus besoin d’un port gigantesque ou d’une infrastructure dédiée. L’échange se fait au large, dans une zone abritée, comme une station-service flottante mais pour les gaz d’échappement piégés.

Cette méthode n’est pas seulement ingénieuse, elle est beaucoup plus économique que le transport terrestre. Un seul navire transporteur peut remplacer des dizaines, voire des centaines de camions-citernes. Moins de bouchons, moins d’émissions secondaires, plus de fluidité dans la chaîne logistique du CO2.

Shanghai s’impose comme pionnière du carbone maritime

Avec cette opération, Shanghai se place en tête de la course à la décarbonation du transport maritime. La ville n’en est pas à son coup d’essai : en 2023, l’EVER TOP avait déjà réalisé le premier transfert navire-quai de CO₂ capturé, toujours au port en eaux profondes de Yangshan. Cette fois, elle boucle la chaîne : capturer, transférer, réutiliser — tout en mer.

Les experts du projet ont été invités à rejoindre un nouveau groupe de travail de l’OMI, pour aider à définir les futurs protocoles internationaux de captage carbone maritime.

Après 600 ans, la France va remplacer un élément indispensable à la navigation des bateaux grâce à cette technologie bientôt employée sur 130 navires

Une industrie à 1 milliard de tonnes d’émissions

Pour mémoire, le transport maritime mondial émet environ 1 milliard de tonnes de CO₂ chaque année, soit près de 3 % des émissions planétaires. Si la méthode chinoise se répand, cela ouvre une porte vers une réduction significative de cette empreinte, sans devoir attendre le renouvellement complet de la flotte mondiale.

Un échange de CO₂ en pleine mer. Sans quai, sans port, sans tuyau. C’est discret, presque poétique. Mais c’est surtout redoutablement efficace. Et peut-être, une des clés pour faire respirer un peu mieux notre atmosphère.

Source : https://maritime-executive.com/article/shanghai-demonstrates-ship-to-ship-transfer-for-captured-co2

Image : Vue aérienne du cargo avec conteneur de fret en mer (Freepik)

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Avec ce contrat d’un milliard d’euros, la France vient remettre de l’ordre sur le plus grand fiasco de l’histoire du Royaume-Uni : le HS2

Au moment où les Britanniques se demandent encore s'ils auront un jour leur train à grande vitesse, ce...

30 ans que les géologues menaient l’enquête et on sait désormais pourquoi la faille de Gofar créait des séismes tous les cinq ans

Pendant trois décennies, une faille perdue au milieu du Pacifique a produit des séismes avec une régularité d'horloge...

Le 29 avril 2026 a marqué l’histoire de l’aviation à jamais avec le test réussi de ce moteur de Rolls Royce de deux tonnes...

Quatre ans pour transformer un moteur de jet d'affaires en banc d'essai. Le 29 avril 2026 va marquer l'histoire...

Un mois après la France, la Chine bat un record avec son ordinateur quantique Jiuzhang 4.0 mais qui n’a pas la même vocation première...

Le nouvel ordinateur quantique chinois détecte jusqu'à 3 050 photons simultanément, contre 255 pour la version précédente sortie...