On croyait la pluie de printemps bénéfique aux arbres mais une vaste étude française révèle un indice de plus que nos forêts meurent d’un mal bien plus sournois qu’une simple canicule.
La mortalité des arbres s’emballe dans les forêts françaises. Depuis 2015, elle a été multipliée par 1,5 à 4 chez les espèces les plus communes, d’après une étude coordonnée par le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), avec l’institut suisse WSL et AgroParisTech-INRAE, parue dans Nature Communications le 26 juin 2026.
En passant au crible plus de 500 000 arbres de l’Inventaire forestier national, les chercheurs ont surtout mis le doigt sur un coupable inattendu : non pas un événement extrême isolé, mais une accumulation d’anomalies saisonnières, dont certaines qu’on aurait crues inoffensives.
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En forêt, même un printemps pluvieux peut désormais condamner un arbre
Une mortalité qui a parfois quadruplé
Le constat, d’abord, a de quoi inquiéter. Chez les neuf essences les plus répandues, chêne pédonculé et épicéa commun en tête, la mortalité naturelle (qui exclut les coupes, les incendies et les tempêtes) a été multipliée par 1,5 à 4 entre 2015 et 2023, avec une accélération nette depuis 2020. Le hêtre, plus de 9 % des arbres du pays à lui tout seul, a vu sa mortalité plus que doubler entre 2019 et 2023.
Près de la moitié des 52 espèces étudiées sont touchées. Les foyers les plus sombres se concentrent à l’est : Jura, Vosges, Grand Est, des régions où le thermomètre grimpe et les pluies se raréfient depuis 1980. C’est la première fois qu’un tel bilan est dressé à l’échelle nationale, et il confirme ce que les forestiers observaient déjà sur le terrain.
L’enjeu dépasse le paysage. Les forêts couvrent près d’un tiers du territoire français, absorbent une partie de notre carbone et alimentent toute une filière du bois. Les voir dépérir est donc un véritable drame qui ne doit pas être sous-estimé.
Pas un coup de chaud, mais une accumulation
Pour démêler les causes, l’équipe a nourri des modèles d’intelligence artificielle avec plus de 180 variables, avant de les laisser hiérarchiser les facteurs de mortalité.
Verdict : après la taille des arbres et la concurrence entre voisins, ce sont les anomalies climatiques des saisons qui pèsent le plus lourd. La mort ne vient pas d’un unique épisode brutal, mais d’un enchaînement de mauvaises combinaisons au fil de l’année. Comme le résume le directeur de recherche Philippe Ciais, c’est cette accumulation de stress : hivers doux, printemps déréglés, étés secs de plusieurs natures etc qui fragilise durablement l’arbre.
Le tableau ci-dessous détaille comment chaque saison peut porter un coup :
| Anomalie saisonnière | Ce qui se passe | Conséquence pour l’arbre |
|---|---|---|
| Hiver trop doux | les insectes ravageurs survivent en masse et la physiologie de l’arbre se dérègle | arbre affaibli, plus vulnérable aux attaques |
| Printemps trop humide | le feuillage (le houppier) pousse trop vite | surtout chez les grands arbres, il encaisse mal la sécheresse d’été qui suit |
| Printemps trop sec | stress lié au manque d’eau dès le départ | l’arbre aborde l’été déjà fragilisé |
| Sécheresse d’été (longue, modérée, ou sans pluie ensuite) | déficit d’eau selon trois mécanismes distincts | dépérissement, voire mort du peuplement |
Le paradoxe du printemps trop humide
Voilà le résultat qui a le plus surpris les chercheurs. Un printemps anormalement pluvieux, qu’on associe spontanément à une belle pousse, peut en réalité augmenter le risque de mort, en particulier chez les grands arbres. L’explication tient à une forme de gourmandise végétale : gavé d’eau, l’arbre développe son houppier, sa couronne de feuilles, trop vite et trop large. Arrive l’été et sa sécheresse : ce feuillage surdimensionné réclame plus d’eau que les racines ne peuvent en tirer, et l’arbre se retrouve piégé par sa propre croissance. La chercheuse Agnès Pellissier-Tanon y voit un signal fort : des périodes en apparence favorables peuvent préparer le terrain d’un effondrement différé.
Les autres saisons ne sont pas en reste. Un hiver trop doux laisse survivre quantité d’insectes ravageurs, qui s’attaquent ensuite à des peuplements affaiblis, tout en déréglant l’horloge interne des arbres. Quant aux sécheresses estivales, les chercheurs en distinguent trois formes : longue, modérée, ou aggravée par l’absence de pluie une fois l’épisode passé, chacune frappant selon un mécanisme propre.
Repenser la forêt de demain
Ce que révèle l’étude, au fond, c’est que les vieilles règles de bon sens ne suffisent plus et il est désormais impossible de simplement dire : « de la pluie au printemps ? tant mieux pour les arbres ! ».
Gérer une forêt ne consistera donc plus seulement à redouter les canicules, mais à anticiper les effets retardés d’un climat qui brouille toutes les cartes. Les chercheurs pointent quelques leviers : éclaircir les parcelles au bon moment pour réduire la concurrence, diversifier essences et structures, ou encore miser sur des espèces plus endurantes.
Reste que la cible ne cesse de bouger. Les vagues de chaleur exceptionnelles de l’été 2026 devraient, selon les autrices, faire encore grimper la mortalité d’ici un à deux ans… Autant dire que la forêt française n’a pas fini de nous déjouer !
Résumé sur l’état des forêts françaises en 2026 :
Sources :
- CEA / LSCE, Forêts françaises : la mortalité des arbres s’emballe (juillet 2026) https://www.cea.fr/presse/Pages/actualites-communiques/environnement/For%C3%AAts-fran%C3%A7aises-la-mortalit%C3%A9-des-arbres-s%E2%80%99emballe.aspx
Communiqué présentant l’étude ci-dessous, la méthode et les citations des chercheurs. - Actu-Environnement, Forêt : la mortalité des arbres explose sous l’effet d’un cumul d’anomalies climatiques (9 juillet 2026)
https://www.actu-environnement.com/ae/news/mortalite-arbres-forets-anomalies-climatiques-48283.php4
Synthèse détaillée des foyers géographiques, des espèces touchées et des mécanismes saisonniers. - L’Info durable / AFP, La mortalité naturelle des arbres a fortement augmenté en France en moins de dix ans (juillet 2026)
https://www.linfodurable.fr/environnement/la-mortalite-naturelle-des-arbres-augmente-en-france-en-moins-de-dix-ans-57944
Chiffres par espèce (hêtre, châtaignier) et effet attendu des canicules de 2026 sur la mortalité future.
L’étude à l’origine de cet article : Schneider, P., Pellissier-Tanon, A., Zhou, C. et al. Rising tree mortality in France is associated with distinct seasonal climate anomalies. Nat Commun (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-74613-9
Image de mise en avant : Vue sur le paysage d’Argonne depuis Beaulieu-en-Argonne (canton de Seuil-d’Argonne, département de la Meuse, région Lorraine, France) – crédit : Vincent van Zeijst




