700 précommandes et un moteur signé Safran : l’avion régional hybride-électrique français ERA devient de plus en plus une réalité.
Safran Helicopter Engines et la jeune pousse toulousaine Aura Aero ont signé ce 27 juillet un accord ferme pour développer et intégrer les turbogénératrices qui feront voler l’ERA, un avion régional électrique de 19 places qui affiche déjà 700 précommandes au compteur. Trois ans après un premier protocole d’accord, le géant français de la motorisation s’engage cette fois pour de bon, jusqu’au premier vol !
Derrière ce partenariat, il y a un pari : celui de décarboner l’aviation régionale, les vols courts qui relient les villes moyennes, désenclavent les îles ou remplacent la voiture sur 500 kilomètres. Un segment délaissé par les grands avionneurs, et que deux Français comptent bien s’approprier !
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Safran et Aura Aero signent un partenariat pour autour des turbogénératrices qui feront voler l’ERA
Aura Aero, la startup toulousaine qui monte
Commençons par présenter le petit qui rêve grand. Aura Aero a été fondée en 2018 à Toulouse par Jérémy Caussade et Wilfried Dufaud, deux anciens d’Airbus qui ont claqué la porte du géant pour monter leur propre avionneur. Le genre de pari un peu fou qu’on croyait réservé aux Américains de la Silicon Valley et pourtant… Sept ans plus tard, l’entreprise emploie plusieurs centaines de personnes, et développe deux appareils en parallèle.
Le premier, baptisé INTEGRAL, est un petit avion biplace ou triplace de voltige et de formation, déjà en vol, décliné en version thermique et en version 100 % électrique.
Le second, c’est l’ERA, pour Electric Regional Aircraft, l’ambition maîtresse de la maison : un avion de ligne régional de 19 places à propulsion hybride-électrique. Un appareil taillé pour les liaisons courtes, capable de parcourir 1 500 kilomètres et de réduire les émissions de CO₂ jusqu’à 80 % par rapport à un avion thermique équivalent. Rien que ça.
Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ERA ne laisse pas le marché indifférent puisqu’Aura Aero revendique déjà 700 précommandes et intentions d’achat, émanant de 16 opérateurs à travers le monde, pour un potentiel valorisé à 12 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d’euros).

En mars 2026, la compagnie française Pan Européenne Air Service, spécialisée dans l’aviation d’affaires et basée à Chambéry et Lyon-Bron, a même signé la première commande ferme. De quoi donner de la crédibilité à un dossier qui, comme tous les programmes d’avions en développement, doit encore transformer l’essai.
Le cœur du système : deux turbogénératrices pour huit moteurs
L’ERA n’est pas un avion électrique à batteries comme une voiture Tesla. Les batteries, aujourd’hui, sont bien trop lourdes pour faire voler un avion de ligne sur 1 500 kilomètres. Aura Aero a donc choisi une architecture plus appropriée dite hybride-série.
Le principe ? L’avion est propulsé par huit moteurs électriques répartis sur les ailes, qui entraînent les hélices. Ces moteurs électriques sont les ENGINeUS de Safran Electrical & Power, les premiers moteurs d’avion électriques certifiés au monde.

Le courant pour les alimenter vient lui des deux turbogénératrices TG600, installées à bord, qui produisent chacune 600 kilowatts d’électricité.
Une turbogénératrice, c’est une petite turbine thermique dont le seul rôle n’est pas de faire tourner une hélice, mais de générer de l’électricité, exactement comme le groupe électrogène qui alimente un chantier ou un hôpital en cas de coupure. Sauf qu’ici, elle est miniaturisée, optimisée et embarquée. La TG600 de Safran est bâtie sur la base de l’Arrano, un moteur d’hélicoptère de dernière génération qui équipe déjà le H160 d’Airbus Helicopters, couplé à deux générateurs électriques GENeUS maison. Cela permet un ensemble compact qui transforme du carburant, y compris du carburant durable (SAF), en électricité pour alimenter les huit moteurs.
L’astuce de cette architecture, c’est sa souplesse. Au décollage et en montée, quand l’avion réclame beaucoup de puissance, les turbogénératrices tournent à plein régime. En croisière, quand la demande baisse, le système peut basculer partiellement ou totalement en mode électrique, en puisant dans des batteries tampons. L’avion adapte en permanence sa source d’énergie à la phase de vol, comme une voiture hybride qui alterne entre moteur thermique et électrique selon qu’elle roule en ville ou sur l’autoroute.
Voici la fiche technique de l’ERA telle qu’annoncée à ce jour par Aura Aero :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Constructeur | Aura Aero (Toulouse-Francazal) |
| Type | Avion régional hybride-électrique |
| Capacité | Jusqu’à 19 passagers (ou 1,9 tonne de fret) |
| Propulsion | 8 moteurs électriques ENGINeUS + 2 turbogénératrices TG600 (600 kW chacune) |
| Base des turbogénératrices | Moteur Arrano (Safran) + générateurs GENeUS |
| Rayon d’action | Environ 1 500 km (900 milles nautiques) |
| Réduction de CO₂ | Jusqu’à 80 % par rapport à un avion thermique équivalent |
| Carburant compatible | Carburants d’aviation durables (SAF) |
| Cabine | Pressurisée, hauteur 1,88 m, versions Regional, Business et Lounge |
| Précommandes | Environ 700 (16 opérateurs), valorisées à 12 milliards de dollars |
| Premier vol prévu | 2027 (essais du prototype dès fin 2026) |
| Mise en service visée | Avant 2030 |
Safran a tout intérêt à voir le projet avancer
Pour une startup, décrocher l’engagement ferme d’un motoriste de la stature de Safran, c’est un peu comme obtenir la bénédiction d’un parrain… Il signifie qu’un grand motoriste européen accepte de s’engager au-delà du simple démonstrateur, dans une logique de préindustrialisation. Safran croit ainsi assez au projet pour y consacrer des équipes, des bancs d’essai et des moyens jusqu’à la certification.
Pour Safran, l’ERA est un formidable terrain de jeu pour valider en conditions réelles ses briques technologiques d’aviation électrique : les moteurs ENGINeUS, les générateurs GENeUS, les turbogénératrices TG600. Autant de technologies que le groupe pourra ensuite décliner sur d’autres appareils, plus gros, à mesure que l’aviation se décarbone. En s’associant à un petit avionneur agile, Safran teste grandeur nature ce qui équipera peut-être un jour les avions de ligne classiques. Cédric Goubet, président de Safran Helicopter Engines, parle d’une « étape importante » et promet que ses équipes travailleront désormais main dans la main avec celles d’Aura Aero pour préparer le premier vol.
Le partenariat va même au-delà de l’ERA. Safran Electrical & Power a profité de l’occasion pour renforcer sa collaboration sur la propulsion tout-électrique, avec l’intégration des moteurs ENGINeUS sur l’INTEGRAL E, le petit avion de formation électrique d’Aura Aero. Une manière de tisser des liens durables entre le mastodonte et la jeune pousse.
Le pari de l’aviation régionale décarbonée
Reste la grande inconnue : l’ERA volera-t-il vraiment, et à temps ? Le calendrier annoncé est ambitieux. Les essais du premier prototype doivent commencer d’ici la fin 2026, pour un premier vol en 2027 et une mise en service avant 2030. C’est demain, à l’échelle d’un programme aéronautique où les retards sont la règle plutôt que l’exception. Aura Aero devra tenir la cadence, financer un développement coûteux, et surtout franchir l’obstacle le plus redouté de tous : la certification par l’Agence européenne de la sécurité aérienne, encore inédite pour un avion commercial à propulsion hybride-électrique de cette taille.
Mais le pari a du sens. L’aviation régionale roule aujourd’hui sur des appareils vieillissants, souvent des turbopropulseurs conçus dans les années 1980, gourmands et polluants. Les remplacer par des avions décarbonés répond à une vraie demande, portée par la pression réglementaire européenne et par l’appétit des compagnies pour des coûts d’exploitation réduits. Si Aura Aero réussit son coup, la France se retrouvera avec un nouvel avionneur, capable de titiller sur ce créneau les ATR, De Havilland et autres Embraer. Un exploit qu’aucune startup aéronautique européenne n’a réalisé depuis des décennies.
Rendez-vous en 2027, quand l’ERA quittera pour la première fois le plancher des vaches, quelque part au-dessus de la Haute-Garonne !
Sources :
Safran, Safran et Aura Aero renforcent leur partenariat stratégique pour le développement des turbogénératrices qui équiperont l’avion régional hybride-électrique ERA (27 juillet 2026)
https://www.safran-group.com/fr/espace-presse/safran-signe-accord-aura-aero-developper-turbogeneratrice-propulsion-avion-regional-hybride-2026-07-27-0 /
Communiqué officiel de l’accord entre Safran Helicopter Engines et Aura Aero, architecture propulsive (8 moteurs ENGINeUS, 2 turbogénératrices TG600 sur base Arrano et GENeUS), et déclarations de Cédric Goubet et Jérémy Caussade.
Le Journal de l’Aviation, Aura Aero va s’appuyer sur les turbogénératrices de Safran Helicopter Engines pour motoriser l’ERA (27 juillet 2026)
https://www.journal-aviation.com/actualites-industrie-aeronautique/moteurs-propulsion/aura-aero-va-sappuyer-sur-les-turbogeneratrices-de-safran-helicopter-engines-pour-motoriser-lera-20260727.html /
Détails techniques sur les turbogénératrices TG600 (600 kW, base Arrano, générateurs GENeUS) et lien avec les moteurs ENGINeUS partagés avec l’INTEGRAL E.
Air Journal, ERA : Safran et Aura Aero préparent la montée en puissance de l’avion régional hybride-électrique (28 juillet 2026)
https://www.air-journal.fr/2026-07-28-era-safran-et-aura-aero-preparent-la-montee-en-puissance-de-lavion-regional-hybride-electrique-5276574.html /
Analyse du calendrier (essais fin 2026, premier vol 2027, mise en service avant 2030), lecture prudente des 700 précommandes et signification industrielle de l’engagement de Safran.
Image de mise en avant : le moteur électrique ENGINeUS™ XL sur le stand de Safran lors du Salon du Bourget 2023




