Ce géant français de l’énergie joue une partie d’échecs en Europe de l’Est en vendant 50% d’un spécialiste polonais du biogaz

Date:

Partager:

La grande manœuvre autour du biogaz de TotalEnergies en Europe de l’Est ressemble à une partie de jeu de Go. 

En cédant la moitié de Polska Grupa Biogazowa (PGB), fleuron du biogaz polonais à la société norvégienne HitecVision, pour une valorisation à 190 millions d’euros, TotalEnergies ne se retire pas, il prépare le terrain en Europe de l’Est. Loin des projecteurs, un autre récit se déroule : celui d’un pari européen sur un gaz qui ne vient pas de Sibérie, mais des champs, des fermes, des stations d’épuration.

Lire aussi :

TotalEnergies cède 50% de ses parts d’un champion polonais du biogaz avec une idée en tête

Nous sommes à 640 kilomètres à l’est de Berlin, quelque part entre les plaines agricoles de Mazovie et les souvenirs de l’industrie houillère. Ici, le charbon règne encore, mais le biogaz s’installe.

En 2023, TotalEnergies fait un premier geste : il achète 100 % de PGB, entreprise polonaise spécialisée dans la production de biogaz à partir de déchets organiques. À l’époque, c’est déjà une petite machine bien huilée : 20 unités en service, 23 MW de capacité électrique, et plus de 15 % du marché polonais. De quoi faire de l’ombre aux vieilles cheminées.

Mais en un an, les choses s’accélèrent. 450 GWh de biométhane équivalent sont produits en 2024, ce qui correspond à la consommation de 75 000 habitants. Deux nouvelles usines sont en chantier. Et à l’horizon 2030 : 2 TWh par an. Une ambition claire et un calendrier serré.

Et soudain : HitecVision entre dans la danse. Un investisseur venu de Norvège, spécialiste des énergies propres pour un partenariat stratégique et un mouvement qui ressemble à une partie d’échecs.

La France a une solution pour transformer les 250 000 tonnes de déchets nucléaires en une manne économique et écologique

Une méthode éprouvée et une mécanique bien huilée

Chez TotalEnergies, ce genre de transaction suit une logique bien rôdée. On achète entièrement un acteur spécialiste dans son domaine (principalement dans les énergies vertes), on développe à grande vitesse, puis on revend une part à un partenaire choisi. On garde le volant, mais on partage les coûts, les risques, les ambitions.

Ce modèle permet de continuer à grandir sans s’exposer seul, surtout sur un marché comme celui de la Pologne, prometteur mais encore structurant. Car si le potentiel y est immense, les infrastructures doivent encore suivre. Les réseaux, les stations d’injection, les soutiens publics… tout est en mouvement. Tout reste à faire.

Et TotalEnergies veut être là au moment où tout bascule.

Pourquoi la Pologne ?

Pourquoi investir ici ? Pourquoi maintenant ?

La réponse est dans l’air du temps. L’Union européenne cherche à se libérer du gaz russe, et à trouver des sources locales, propres, stables. Le biométhane est une piste. Il permet de valoriser les déchets, d’aider les agriculteurs, de produire du gaz sans importer ni extraire.

La Pologne, avec sa forte activité agricole, ses déchets organiques abondants et sa dépendance au charbon, coche toutes les cases. Le plan REPowerEU de la Commission pousse dans cette direction. Le biogaz est devenu un outil géopolitique, un vecteur industriel, un levier climatique.

Et pour une entreprise comme TotalEnergies, l’implantation de PGB, déjà bien avancée, est une porte d’entrée idéale.

L’ambition : un biogaz européen, massif, local

TotalEnergies affiche la couleur. À l’échelle du groupe, l’objectif est de produire 10 TWh de biométhane par an d’ici 2030. Cela correspond à la consommation moyenne de 1,6 million d’habitants. Et surtout, à 1,6 million de tonnes de CO₂ évitées.

En France, le groupe dispose déjà de 800 GWh installés. Il a racheté NovEnergia et VSB, deux entreprises actives dans les énergies renouvelables. Aux États-Unis, il s’allie à Clean Energy et Vanguard Renewables. L’approche est globale. Le biogaz n’est plus une expérimentation : c’est une brique de l’édifice énergétique de demain.

Et l’Europe de l’Est devient, petit à petit, un nouveau terrain d’expansion. Plus brut, plus technique, mais aussi plus stratégique.

HitecVision, le Norvégien discret mais puissant

HitecVision n’est pas une inconnue. Cette société basée à Stavanger gère près de 9 milliards d’euros d’actifs. Elle s’est spécialisée dans l’investissement énergétique, notamment dans le cadre de son programme « New Energy », qui cible le biogaz, l’hydrogène, les réseaux décarbonés.

Avec cette alliance, elle pose un pied solide en Europe centrale, et pas n’importe où : aux côtés d’un partenaire qui dispose déjà :

  • de 30 stations AS24 en Pologne ;
  • de 7 usines via Hutchinson ;
  • de 435 MW d’énergies renouvelables, dont 189 MW en développement.

Les deux entreprises se répartissent les rôles. À TotalEnergies, l’ancrage industriel. À HitecVision, l’agilité financière. Ensemble, elles visent un objectif : faire de PGB un leader du biogaz en Europe centrale.

La France est désormais au coeur du plus grand aéroport du monde dont les 108 millions de passagers annuels prendront la nouvelle navette high-tech d’Alstom

Chiffres clés de PGB

Indicateur Valeur
Capacité actuelle PGB 450 GWh/an
Objectif 2030 2 TWh/an
Valeur d’entreprise estimée 190 millions €
Capacité installée électrique 23 MW
Part de marché en Pologne 15 %
Nombre d’unités en fonctionnement 20
Usines en construction 2
Objectif global TotalEnergies 10 TWh/an

 

Source : Communiqué de presse de TotalEnergies

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

1 COMMENTAIRE

  1. Enfin on reparle positivement du biogaz.
    Nous produisons plus de déchets que de substances utiles…
    Regardez le contenu de votre assiette après avoir mangé un artichaud, vous aurez une bonne image de la différence entre la colline utile et la montagne de déchets que vous générez pour bénéficier de la colline.

Répondre à Serge Rochain Annuler la réponse

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Les scientifiques viennent de créer un « plastique vivant » qui peut s’autodétruire sur commande comme solution aux 430 millions de tonnes produites chaque...

Ce plastique peut se suicider sur commande… et il pourrait bien changer toute l’industrie mondiale. Pendant des décennies, on...

La Suisse creuse un trou de la taille d’un immeuble de huit étages pour accueillir ce monstre record de 2,1 GWh : la batterie...

À 27 mètres sous le sol d'une petite ville rhénane, une start-up suisse est en train de construire...

Ces 36 projets français peuvent prétendre aux 600 millions d’euros de subventions du CEF Energy destinés à redessiner en profondeur la carte énergétique de...

L'Europe rebranche ses prises : 235 projets pour ne plus dépendre des autres L’Union européenne vient de publier une...

Cette pièce présente à l’intérieur des turbines à gaz ou des moteurs d’avion est l’un des plus gros goulets d’étranglement de l’industrie moderne en...

La pièce industrielle la plus stratégique du monde dont personne ne parle. En 1943, les stratèges américains avaient une...